Comment ne pas subir sa transformation numérique ?

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Yaël Questions d'asso, le podcast part et pour les asso.

Karl Depuis le Covid, la transformation numérique est devenue un passage obligé pour nombre d'associations. Pour maintenir le lien avec les bénéficiaires, mais aussi entre membres, les services et plateformes numériques apparaissent comme la solution. Pourtant, l'adoption de solutions numériques n'a rien d'anodin. Perte d'expertise due à une mauvaise maîtrise des outils déployés, réorganisation des services, redéfinition des missions et des rôles de chacune et chacun, réagencement des relations sociales, les bouleversements que peut causer l'arrivée du numérique dans une structure sont rarement anticipés. Comment ne pas subir sa transformation et faire du numérique une opportunité de repenser collectivement son organisation ? Ce sont ces questions que nous vous proposons d'aborder dans ce 17e épisode de Questions d'asso, le podcast par et pour les asso, en partenariat avec la MAIF et la Métropole de Lyon. Pour aborder cette thématique, nous recevons aujourd'hui Arnaud, président de l'association Mine de Rien, association d'éducation populaire basée à Vannes. Bonjour Arnaud. Bonjour. Nous sommes également accompagnés de Imadeddine Hassani, chargé de mission numérique au Mouvement associatif, qui a produit récemment un état des lieux sur les pratiques numériques des associations. On a hâte d'en savoir plus. Bonjour Imadeddine. Bonjour. Pour animer ce podcast, j'ai moi-même le plaisir d'accompagner Yael. Salut Yael. Salut Karl. Et cet épisode de Questions d'Assos est réalisé par Guillaume Desjardins de Synchrone TV sur une musique de Sounds of Nowhere. Vous pouvez vous abonner à Questions d'Assos sur votre plateforme de podcast préférée sur Apple Music, Google Podcast, mais également Spotify, Deezer, SoundCloud et Peertube puisqu'on essaie de faire cet effort libriste vous pouvez également écouter ce podcast directement sur notre site web www.questions-asso.com où vous retrouverez une version textuelle de celui-ci nous sommes très heureux d'être avec vous pour ce nouvel épisode de Questions Assos installez-vous confortablement et c'est parti Et nous, on va aller pour les mythos

Yaël Merci beaucoup Karl Alors, ça fait longtemps qu'on nous demande de faire un épisode sur le numérique Et pour être plus précis, la demande vient plutôt de structures nationales qui accompagnent les associations. Avant d'être soutenue par la MAIF, c'était même une condition qu'on s'est vu opposer de manière assez récurrente par les potentiels financeurs et partenaires qu'on est allés rencontrer. On vous soutient si et seulement si dans votre podcast vous parlez de la transfo numérique des assos. Je pense que maintenant on peut le dire, on était assez gênés. D'ailleurs c'est une condition qu'on a systématiquement refusée. On ne voulait pas se restreindre à cette seule question qui nous semblait bien réductrice par rapport à l'ensemble des enjeux que pouvaient connaître les assos. Et cette injonction qu'on se voyait imposer nous semblait faire écho à l'injonction que les associations ont de se moderniser, de passer au numérique. Je me souviens d'une association de librairies indépendantes qui nous avait confié qu'une collectivité leur avait annoncé qu'elle allait retirer sa subvention si l'association n'innovait pas. La subvention en question permettait à l'association d'assurer la maintenance d'une plateforme de mutualisation des stocks de librairies, enfin des librairies qui étaient membres. Concrètement, le retrait de la subvention pouvait signifier l'arrêt de la plateforme. Pourtant, l'association estimait ne pas avoir besoin de nouveaux services sur cette plateforme, et l'innovation proposée par la collectivité, qui était un service de paiement en ligne, était tout simplement inacceptable pour l'association. Pour les librairies membres, l'ajout d'un service de paiement en ligne, ça se traduisait dans la vraie vie par la création de deux files d'attente dans la librairie : les personnes qui ont payé et qui viennent juste retirer leurs livres, et les autres. Voir la création d'un poste entièrement consacré à la gestion du retrait des commandes payées. Poste bien éloigné du métier de libraire qui repose sur le conseil, l'accompagnement des clients qui déambulent dans la librairie, etc. Cette transformation métier, on la retrouve souvent lors de l'introduction d'une nouvelle technologie. d'un nouveau service ou d'une nouvelle plateforme. Mais le plus souvent, ce sont des transformations subies. La technologie est introduite et ensuite c'est aux équipes, aux bénéficiaires de s'adapter, sans que l'organisation ne soit vraiment repensée. Ce qui peut provoquer à plus ou moins court terme des injonctions contradictoires. Ce qui est fait ne correspond plus aux attentes, à la vision que les personnes ont d'un travail bien fait ou de qualité, et in fine de la souffrance. Alors comment Comment est-ce qu'on inverse la tendance ? Grande question. Dans la lignée des travaux sur la démocratisation des choix technologiques, c'est-à-dire l'ouverture des débats et des prises de décisions liées aux sciences et aux techniques à des publics dits de non-experts, donc les publics non-experts c'est des citoyens, des collectifs organisés, etc. L'ANACT, qui est l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail, met en place un certain nombre d'expérimentations en faveur de ce qu'ils appellent le dialogue technologique. Le dialogue technologique, qu'est-ce que c'est ? Très rapidement, c'est l'organisation de discussions collectives autour de l'introduction de technologies ou de services numériques dans une organisation. Ces discussions peuvent prendre place dans les IRP, les instances représentatives du personnel, pour les structures qui ont plus de 10 salariés, donc quand même des grosses structures parmi le monde associatif. D'ailleurs, dans ce cadre, un expert extérieur peut être sollicité pour évaluer les grands projets technologiques, dits les projets de transformation, et en identifier les risques socio-organisationnels. Mais elles peuvent aussi avoir lieu entre groupes professionnels de structures différentes. Et par exemple, aujourd'hui, la numérisation des services publics donne lieu à beaucoup de groupes de travail et de groupes de réflexion pour repenser les référentiels métiers, la création de formations ad hoc, etc. Au niveau européen, l'IA Act est aussi l'occasion de mobiliser les syndicats sur la régulation de ces nouvelles technologies. Dans les petites organisations de moins de 10 salariés, c'est nettement plus compliqué. Rien n'est envisagé légalement et les structures ont souvent peu de poids et aussi peu de financement, on va sûrement y revenir dans l'épisode, pour définir leur propre cahier des charges en fonction des besoins exprimés sur le terrain. La gestion quotidienne prend le pas sur les discussions stratégiques, les équipes sont peu mobilisées d'ailleurs dans ces discussions, et si l'obtention de nouveaux services il y a, ça va souvent être dans l'urgence, de manière non anticipée, avec les services les plus visibles et les moins chers. D'ailleurs, on doit bien vous avouer quelque chose avec Karl, alors qu'on a des assos qui sont très critiques sur la manière dont j'en suis conçu les services numériques, on doit vous avouer qu'on n'échappe pas à ces choix faits par facilité et dans l'urgence. on dépend encore de services propriétaires pour ne pas citer les grands méchants et je me souviens d'un tableur qu'on a fait en tout cas au mouton numérique pendant le Covid sur les technologies de surveillance qui fleurissaient, on a commencé sur un Google Sheet par facilité, on est vite passé sur d'autres services en ligne qui étaient plus libres et je vous avoue qu'on a dû en essayer 4, 5 différents et même pour les plus robustes on avait des lignes qui sautaient, on avait une membre qui chaque jour repassaient toutes les lignes une à une pour vérifier qu'il n'y en avait pas qui avaient sauté, qui enregistraient, enfin bref, c'était un boulot démentiel, surtout quand on est tous bénévoles et qu'il n'y a pas de salariés dans l'histoire. Sans compter tous les framapades et les framaphormes qu'on a perdus, ça nous a donné quand même quelques petites sueurs froides. Bref, discuter collectivement de ce que font les technologies au travail, ce n'est pas simple, ça demande des organisations, des accompagnements spécifiques, Partir du travail réel et de l'activité réelle pour définir ses besoins en termes d'outils numériques, c'est pas simple non plus. Et trouver les outils correspondants, ça l'est encore moins. Tout ça pour dire qu'on est très heureux de recevoir Arnaud et Ima d'aujourd'hui pour donner quelques billes et permettre aux assos qui nous écoutent de prendre un peu de hauteur sur ces sujets qui peuvent vite paraître très techniques.

Karl Et donc on est très heureux de recevoir notamment Arnaud pour nous raconter aujourd'hui la mue numérique de l'association Mine de Rien. Et donc on te propose comme à toutes les associations qui viennent à notre micro de commencer par la carte d'identité, c'est-à-dire les trois questions que l'on pose à toutes les associations. Est-ce que tu es prêt ?

Arnaud Oui.

Karl Oui. Et bien alors Arnaud, est-ce que tu peux nous décrire l'activité de l'association Mine de Rien ? Qu'est-ce que vous faites en fait ?

Arnaud Mine de Rien est une association d'éducation populaire d'une petite taille, puisqu'en fait il y a deux salariés et entre 30 et 40 bénévoles. qui est focalisé sur un quartier prioritaire de la ville, QPV. On parle de cité ou de quartier sensible. C'est vrai qu'il est sensible, mais comme beaucoup d'autres quartiers d'ailleurs. Alors nous avons deux champs d'activité. On a le champ qui est orienté lien social et un autre champ qui est orienté parentalité. Et donc les activités, c'est principalement du collectif, c'est-à-dire c'est à base d'ateliers d'échange. Alors ça peut être un atelier d'échange sur le tricot, la couture. Ça peut être des moments, des groupes de parole, par exemple un groupe de parole de mamans, d'ados. Il y a d'autres groupes de parole où ça peut être des mamans, d'ados, de langues maternelles différentes, donc de l'interculturelle. Il y a du théâtre forum orienté sur la relation à l'intérieur de la famille. Il y a des sorties culturelles. Il y a une bateau cadeau. En fait, il y a une quarantaine d'activités. Cette association a 17 ans et je n'en suis pas le président, j'en suis le co-président. Et c'est la nuance, je pense, qu'on abordera à un moment donné. Cette question de tiens, mais qu'est-ce qui fait qu'en termes d'organisation, il y a eu du changement ? Oui, je pense que c'est un des thèmes qu'on abordera tout à l'heure. Oui, autre chose que je voulais dire par rapport à cette association. à cette structure dans laquelle je suis engagé depuis maintenant dix ans, pas forcément tout le temps en tant que président d'ailleurs. Je voulais dire que cette orientation éducation populaire nous a permis, entre nous, d'avoir des moments de réflexion de comment on fonctionne et quel est le sens de notre engagement. C'est aussi quelque chose qu'on retrouvera au cours de notre échange, parce que cette question de « est-ce qu'on prend du temps pour échanger sur le sens ? » on l'a aussi abordé dans le cadre de l'évolution de notre fonctionnement. Dernière chose que je voulais dire, Le quartier dans lequel nous sommes, ce n'est pas un quartier qui explose comme certains quartiers de Marseille où tout de suite, on a des représentations de... C'est l'enfer. En fait, c'est vrai que c'est des barres d'immeubles dont certains apparts ne sont pas toujours... Par exemple, en termes d'isolation, quelquefois, ce n'est pas terrible. Mais en fait, ce n'est pas la zone. C'est une cité, mais ce n'est pas la zone.

Karl Et alors, ça c'est ce que vous faites effectivement, peut-être avant d'en arriver à comment est-ce que vous êtes organisé, est-ce que tu peux nous décrire comment est-ce que vous êtes financé, c'est quoi votre budget, de quels éléments il est composé ?

Arnaud On a... Alors ça, c'est une question intéressante parce que quand on parle de budget, c'est très pertinent de se dire est-ce que j'inclus dans mon budget la partie de la valorisation des heures de bénévolat ?

Karl Ah oui, ça c'est sûr. On a fait un épisode d'ailleurs dessus. On renvoie à cet épisode.

Arnaud Lamentablement, si on ne compte pas le bénévolat, on a un budget aux alentours de 65 000 euros. Deux postes de travail. Il y en a un qui est financé sous la forme d'un poste adulte relais. Donc, en fait, c'est un poste de médiation sociale très classique. Et l'autre poste, c'est un poste de conseillère numérique, donc également financé par des subventions. Les subventions représentent sur les 65 000, ça représente 60 000. En fait, la partie d'auto-financement, c'est un petit peu de dons, principalement les kilomètres qui ne sont pas remboursés. et c'est la participation des personnes dans les activités. En fait, nous ne vendons pas de services à l'extérieur puisque nous négocions avec la ville, l'État, le département, la CAF, nous négocions le fait que nous rendons un service. Pour l'instant, ce service est reconnu, donc on a des subventions. Les 5000 sont donc en partie ce que payent les participants. Par exemple, quand on organise un séjour de vacances dans un centre de vacances au bord de la mer, les participants payent quelque chose. Il paye beaucoup moins que le prix de revient, parce qu'on est subventionné, mais il paye quelque chose. Il y a un principe de don contre don. Alors le financement, il n'est pas forcément important. Ça peut être 1 euro, 2 euros, 3 euros en fonction des ressources de la personne. Petite remarque, d'ailleurs, nous n'avons pas de cotisation obligatoire. La personne, elle peut venir une fois ou dix fois ou tous les jours. Et on ne va jamais lui demander obligatoirement de payer financièrement quelque chose.

Karl Et pour finir, est-ce que tu peux nous expliquer comment est-ce que vous êtes organisé ?

Arnaud Alors, l'organisation, en fait, on a évolué petit à petit et on a cherché à mettre en place un principe de pyramide inversée. C'est-à-dire, en fait, on s'est dit, mais dans une structure qui veut faire du soutien, qui veut faire de l'aide, parce qu'il ne faut pas tourner au du pot, Il y a quand même aussi une partie de... Quand les participants font des choses quasiment gratuitement, c'est quand même une façon de les aider. On s'est posé la question de dire, mais qui est au centre ? Qui est au centre au sens de décision ? Est-ce que c'est... On va utiliser un peu d'éléments de langage. Est-ce que c'est la gouvernance ? Est-ce que c'est le président, le bureau, etc. qui décide de ce qu'on va faire ? Et on s'est dit à un moment donné, mais non, les experts en fait des besoins, c'est les habitants du quartier. Ce n'est pas les militants associatifs. Et donc, depuis longtemps, on a dit, par exemple, on a une structure qu'on appelle le comité terrain, qui est en fait un rassemblement d'une dizaine, douzaine, quinzaine de personnes, non formelles, ce ne sont pas toujours les mêmes, qui viennent une fois par mois ou tous les deux mois dire ce qu'ils veulent, ce qu'ils apprécient, ce qu'ils n'apprécient pas, ce qu'ils voudraient faire. Bon, c'est donc pas un conseil d'administration, ça. Puisque c'est quand même... Les gens, ils viennent ou ils n'aiment pas. Ils sont libres, en fait, de rentrer dans ce groupe. Mais bien sûr, on a quand même un conseil d'administration. d'une douzaine de personnes, et on souhaite deux choses. La première chose, c'est qu'il y ait des habitants du quartier qui soient au conseil d'administration. Et on souhaite que ce conseil d'administration ne soit pas qu'un élément d'administration, mais aussi que les gens du conseil d'administration soient partie prenante dans les activités albanes. C'est-à-dire qu'il n'y ait pas de distance entre des entités un petit peu au-dessus de la réalité.

Yaël Et d'autres qui seraient opérationnelles.

Arnaud Ce qui peut être le cas quand on a des structures où il y a beaucoup de salariés et où on a un conseil d'administration qui finalement n'est pas trop au courant de ce qui se passe.

Yaël Et du coup, parce que tout à l'heure, tu nous disais que, du coup, si j'entends bien, les habitants qui viennent dans votre lieu et qui bénéficient des activités que vous menez ne sont pas forcément membres de l'association. Est-ce que pour faire partie du comité de terrain dont tu parlais, en revanche, il faut être membre officiel de l'association ?

Arnaud Alors ça, c'est un terrain qui est intéressant et qu'on va, je pense, réaborder au cours de... C'est la question de la liberté que l'on donne à quelqu'un de... Comment dire ? D'appartenir ou de ne pas appartenir de façon, on va dire, administrative. Alors moi, je vais l'étudier avec mes mots, de façon un petit peu, j'allais dire, technocratique. T'as signé ou t'as pas signé ? Est-ce que je pousse quelqu'un à prendre des responsabilités, à développer sa maturité en l'obligeant à signer quelque chose ? Pas forcément. Le pousser à prendre des responsabilités, c'est intéressant. Est-ce que c'est en signant quelque chose, quelqu'un par exemple qui a une compréhension de la langue, pas forcément parce qu'il est étranger, il peut être français de souge, etc. Mais qui n'a pas une compréhension de la langue et de l'écriture et de la lecture aussi fluide que toi, Yael, tu es obligé de lui faire signer un papier dans lequel il y a des trucs qu'il va pas comprendre. C'est ambigu, en fait. On respecte l'interlocuteur, mais en même temps, on lui demande de rentrer dans nos propres cases. Donc, c'est pour ça qu'il y a une liberté qui peut poser problème en termes d'organisation, parce que du coup, c'est un peu je viens, je ne viens pas, etc. C'est vrai.

Yaël Et peut-être juste pour finir après sur cette partie, on rentrera dans le cœur de la thématique d'aujourd'hui, mais tu disais aussi tout à l'heure que vous faisiez de la valorisation du bénévolat.

Arnaud Oui.

Yaël Je crois que tu ne nous as pas donné le montant de cette valorisation. Donc peut-être déjà, qu'est-ce que ça représente ? Et s'il y a cette liberté en laquelle vous tenez, comment est-ce que vous comptabilisez ces heures de bénévolat, ou de travail, ou d'activité au sein de la structure ?

Arnaud Le bénévolat a légèrement baissé, mais pas trop, avec le Covid. Avant le Covid, le bénévolat, c'était de l'ordre de 100 000 euros. donc c'est ça qui est intéressant c'est que soit à l'époque 100 000 euros on n'avait pas le poste de conseil numérique donc on avait un budget qui était de 40 000 en comptabilité on va dire classique 100 000 en bénévolat on voit tout de suite l'impact

Karl c'est 3 ETP en fait

Arnaud exactement et c'est une des négo qu'on a avec la puissance publique c'est-à-dire une asso qui fonctionne avec du bénévolat c'est en fait du fric gagné mais oui c'est ça par la collectivité alors c'est sûr qu'en même temps on comprend que l'asso qui fonctionne comme ça cherche une certaine indépendance en fait une interdépendance On le valorise au SMIC et certains postes, par exemple, trésorier, certains postes d'intervenants. Quand on fait intervenir un sophrologue, on le valorise. C'est SMIC plus 1%. Donc c'est bien en dessous de la réalité.

Karl Oui, donc en fait, c'est beaucoup plus que 3 équivalents en plein. C'est plutôt 5-6 équivalents en plein.

Arnaud Si on devait maintenant basculer avec que du salariat ou du paiement d'intervenants comme un expert comptable, etc., effectivement, tu as raison, Karl, ça serait plus 5-6 postes.

Yaël Merci beaucoup Arnaud pour ce premier aperçu de mine de rien. Et du coup, ce que je vous propose maintenant, c'est que tu nous racontes un peu comment s'est passée la période du Covid pour vous. Parce qu'en plus, de ce que tu nous as dit, quand même, la structure, mine de rien, repose sur le lien social dans un quartier un peu sensible, comme tu nous l'as dit. Donc, comment ça s'est passé ? Comment vous avez vécu le confinement ?

Arnaud Alors, on a une caractéristique, nous, sur le Morbihan, c'est qu'on a été en confinement 15 jours avant tout le monde. Parce qu'il y a eu des clusters. Et très concrètement, ça se passe de la façon suivante. C'est qu'un dimanche, il y a un arrêté préfectoral. Je vais exagérer, donc excusez-moi, je vais être un peu provoque, mais qui nous dit stop, vous arrêtez, c'est terminé. Plus d'échanges physiques, plus de réunions. Et avec le confinement, vous ne pouvez plus vous déplacer. Donc, vous pouvez imaginer ce qu'un ordre... On est quand même des démocrates légitimistes. Bon, ça fout les boules, mais un arrêté préfectoral, il faut quand même en tenir compte. Donc du jour au lendemain, on ferme le local. À l'époque, il y avait qu'une salariée. Elle reste chez elle. Les bénévoles restent chez eux. Et il y a un écriteau sur le local en disant, suite confinement, je ne me souviens plus exactement quelle est l'adresse, la formulation, mais pour l'instant, il ne se passe rien. Et vous pouvez imaginer ce que cette rupture quasiment instantanée de la relation peut faire sur à la fois les habitants qui, pour un certain nombre, disaient « Mais mine de rien, c'est un peu comme notre famille. Donc on vient dire bonjour et prendre le café trois fois par semaine. » Ou on participe à telle et telle activité. Hop, on n'a plus le droit. Et pareil pour la trentaine de bénévoles. Tout d'un coup, on réalise qu'il nous manque quelque chose. Et quelque chose qui est finalement fondamental, qui nous paraissait naturel. On va serrer la main, on va dire à toi ça va et moi ça va, etc. Tiens, qu'est-ce qu'on va faire la semaine prochaine ? Bon, il claque tout d'un coup, le vide.

Karl Et donc, vous passez au numérique.

Arnaud Et alors, tu es trop rapide, mais en fait, c'est quand même un peu ça aussi. C'est quand même un peu ça. Je ne vais pas rentrer dans le détail de comment on a... Je ne devrais pas le dire, mais on n'a pas complètement respecté.

Karl On peut le dire et la prescription, c'est ça ?

Arnaud Par exemple, on a une activité d'accompagnement des parents à l'aide aux devoirs. On n'accompagne pas les enfants, on accompagne les parents. Donc dans cette activité, les parents viennent avec leurs enfants et on voit comment les parents peuvent prendre en main petit à petit cette activité. Très concrètement, il y a trois bénévoles qui sont allés chez les gens faire cet accompagnement. Parce que je ne vous raconte pas, je ne sais pas si vous avez des enfants, vous allez très vite comprendre que pendant le confinement, avec les applis des parents qui n'ont pas d'ordi et qui doivent suivre les demandes des instituts, qui font leur boulot, et qui disent, moi, il faut quand même que je continue à instruire les élèves. Là, effectivement, on s'est déplacé chez les parents.

Yaël Et comment vous avez pris cette décision ? C'est parce qu'il y avait des habitants qui vous ont demandé ou c'est les salariés qui ont...

Arnaud C'est...

Yaël Les bénévoles, pardon, qui ont...

Arnaud Alors, je ne me souviens plus précisément, mais il me semble qu'à un moment donné, il y a une maman qui est venue. En fait, comme nous, on a des locaux dans le quartier, c'était quand même relativement facile à un moment donné de sortir de sa tour et d'aller à 40-50 mètres au local, et puis de voir. Et comme la salariée, à un moment donné, venait, parce qu'il y a eu tout un travail de la salariée et de deux bénévoles, de rester en contact téléphonique avec les gens. On a pris les bases de données, puis on téléphonait, bonjour, ça va ? Alors qu'est-ce que tu deviens, etc., mets ton gamin, etc. Et à un moment donné, on a continué à avoir du bien. Et il y a une maman qui est venue et qui s'est un petit peu effondrée en disant « Mais moi, j'arrive pas à remplir mon devoir de mère. » C'est intéressant de voir que nous, on a beaucoup de familles monoparentales, qui est quand même une formule un peu élément de langage, pour dire des mamans seules. C'est ça, famille monoparentale, dans 9 cas sur 10, c'est des mères. Elles ont une volonté extrême d'éduquer leurs enfants. Donc l'école, c'est très très important pour elles. Et donc, quand il y en a une qui est venue pour dire j'y arrive pas, on s'est dit, là il faut qu'on fasse quelque chose. Donc, ce moment du confinement est un coup de poing que nous recevons, nous, militants associatifs, mais pareil pour les habitants. Et alors ça, c'est intéressant, et je reviens à ce que tu disais, Karl, c'est du coup, on se dit, on ne peut pas continuer comme ça. Quels sont les moyens qu'on a ? Et un des premiers moyens qu'on a, c'est de dire, est-ce qu'on peut échanger autrement que physiquement ?

Yaël Et que par téléphone ? Parce que tu disais que c'est ce que vous faisiez.

Arnaud Par téléphone avec les habitants. Mais nous, on s'est dit, entre nous, militants, associatifs, comment on s'organise ? Et c'est là qu'est arrivé, mais quelles sont les solutions qui existent de visio, quoi. Et là, on a commencé à utiliser de la visio.

Karl Et donc précisément, vous commencez la visio et c'est peut-être à ce moment-là qu'on peut revenir avec toi Imadeddine sur la question d'experts et donc savoir qu'est-ce qui s'est passé pour les associations au moment du Covid et depuis le Covid en termes de pratiques de transformation numérique. Tu as précisément mené une étude avec le mouvement associatif sur ces sujets-là. Est-ce que tu peux nous expliquer quels ont été les constats que vous avez menés sur ce sujet ? Et si finalement la situation vécue par Mine de Rien est partagée par les associations que vous avez suivies ?

Imadeddine Oui, tout à fait. Tu fais référence à l'étude qui s'intitule « La place du numérique dans le projet associatif ». C'est une étude triennale qui est menée par Recherche et Solidarité et Solidatech et qui est également co-portée sur l'édition 2022 par le mouvement associatif dans le cadre du centre de ressources DLA. Mais ça, peut-être qu'on en parlera un petit peu à la fin quand on parlera des solutions d'accompagnement. Cette étude, elle interroge les pratiques du numérique au sein des associations sur leurs difficultés et leurs besoins en la matière. En 2022, pour sa quatrième édition, on a interrogé 2800 responsables associatifs, ce qui permet d'avoir une base de données assez représentative pour comprendre les enjeux de la transition numérique des associations en fonction de leur secteur d'activité, en fonction de leur taille et aussi de leur implantation géographique. Ceci étant dit, l'un des premiers enseignements de la dernière édition en 2022, ça a été effectivement le fait que la crise Covid a été un accélérateur des pratiques numériques au sein des associations. Assez intuitivement, on aurait pu arriver à ce constat-là parce qu'on a, je pense, tous ces souvenirs d'apéro pour garder du lien avec la famille ou les amis. Pour les associations, ça a été pareil. Pour beaucoup, on a cherché à garder du lien avec les membres, que ce soit des adhérents, des bénévoles, des bénéficiaires ou des administrateurs. Et pour les associations employeuses, elles se sont retrouvées à devoir gérer leur activité à distance, donc transformer des réunions qui avant étaient en présentiel, les faire basculer en visio, et partager des documents de travail, sécuriser de la donnée. Donc pour tous ces outils, enfin pour tous ces usages, les outils numériques ont été fortement publicités à ce moment-là. En termes de chiffres, l'étude nous apprend qu'en gros, c'est 26% des associations qui ont été interrogées ont vu leur pratique s'accélérer avec le numérique. et 19% des associations qui se sont lancées à cette occasion. Donc déjà, on peut se dire que forcément, c'est quelque chose d'assez remarquable. Donc 30% des associations, la prise de décision a été... Elles trouvent que la prise de décision a été facilitée par justement le numérique. Et pour revenir un petit peu au témoignage d'Arnaud, on remarque bien ça, C'est-à-dire que c'est la nécessité de garder du lien avec les bénéficiaires de l'asso qui fait qu'on va aller vers les solutions numériques sur différents axes, soit de la visioconférence, soit de la gestion d'activité.

Karl Et précisément, quels sont finalement les enjeux qu'identifient les associations aujourd'hui dans ce domaine du numérique ? Est-ce que le libre est quelque chose qu'elles essayent d'explorer, où en fait finalement les GAFAM restent dominants ? Est-ce qu'il y a un financement de la transformation numérique qui est aisé, qui s'opère ou pas du tout ? Est-ce que les outils collaboratifs sont quelque chose qui est développé ?

Imadeddine En fait, de manière assez surprenante, malgré l'accélération de la pratique des usages numériques après la crise Covid, les objectifs pour lesquels les associations vont utiliser des outils numériques restent à peu près les mêmes sur les trois premiers objectifs. Le premier objectif, c'est communiquer sur ces actions et donner de la visibilité. Pour ça, 74% des associations identifient le numérique comme une manière de rendre visible leur action auprès de l'extérieur. Ensuite, en deuxième point, c'est l'objectif d'améliorer l'animation du réseau et des parties prenantes de l'association. Donc là, c'est plutôt un objectif de communication interne où là, c'est 70% des associations qui identifient le numérique pour ça. Et en troisième lieu, c'est sur la gestion de l'association. On parlait tout à l'heure de partage de documents et d'organisation de visio. Et c'est que le quatrième objectif, par contre, ce qu'on peut dire, c'est ça, c'est le fait de travailler plus facilement ensemble. Ça, c'est un quatrième objectif qui a pris 11%. entre 2019 et 2022, il y a plus 11% d'associations qui utilisent le numérique pour travailler plus efficacement entre eux.

Karl Est-ce que ça sous-entend que finalement, en fait, elles considèrent ces associations que le numérique est facilitateur dans leur travail du quotidien ? Est-ce que c'est comme ça que tu l'interprètes ?

Imadeddine Pour une grande part, oui, le numérique a été, notamment depuis 2019, quelque chose qui leur a permis de garder du lien. Et ça se reflète aussi dans les outils qui sont utilisés. 71% des associations ont un site internet ou une présence sur les réseaux sociaux. Ensuite, 59% des associations utilisent un outil de visioconférence, qu'il soit libre ou un outil propriétaire. Et 43% des associations utilisent des outils pour partager et stocker de la donnée. C'est quand même quelque chose qui, en gros, est en constante augmentation même depuis 2016. Finalement, tu parlais tout à l'heure du libre, le libre reste dans le milieu associatif quelque chose d'assez constant parce que c'est un coût d'entrée relativement faible, même un coût financier relativement faible et même il y a une compatibilité éthique avec certains projets associatifs qui est non négligeable. Par contre, ce qu'on constate, c'est que depuis 2016, cette part d'utilisation des logiciels libres reste stable. Elle stagne autour de 40%. Alors, vous évoquiez ça en introduction, c'est peut-être la compatibilité avec les logiciels qui sont utilisés par les autres partenaires. C'est également une formation des bénévoles à l'utilisation de certains de ces outils libres. Ce qui fait qu'on arrive globalement, l'utilisation des logiciels libres vient illustrer les quatre difficultés principales que ont les associations. Et c'est l'humain en premier lieu, la technique, le financier et le stratégique. Pour venir un petit peu, peut-être pour définir un peu plus, la difficulté humaine, c'est lever les appréhensions que certaines personnes peuvent avoir avec le numérique. c'est leur trouver des compétences, les faire monter en compétences par de la formation. Ça, 48% des associations qui ont des pratiques numériques sont confrontées à ces difficultés. Sur la technique, c'est par exemple le fait d'avoir des outils cohérents, disposés d'une bonne connexion. Ça, 34% des associations qui rencontrent des difficultés sur les outils numériques identifient cette difficulté-là. Et on parlait tout à l'heure de financement. il y a une problématique de financement également parce que 30% des associations disent avoir du mal à s'équiper, à former leurs salariés, donc trouver des fonds pour les faire monter en compétences. Et en dernier lieu, c'est la difficulté stratégique qui est là, comment rendre compatibles les outils numériques développés au service du projet de l'association. En 2022, cette difficulté a été identifiée dans 24% des cas, qui est la difficulté qui a le plus augmenté parce que justement il y a eu cette prise en considération de peut-être qu'avant on n'était pas très spécialisé dans le numérique et qu'aujourd'hui on voit un enjeu un peu plus présent de s'investir et de rendre cohérents les outils numériques avec la stratégie de l'association.

Arnaud Je renforce ce que tu dis Imadeddine par exemple sur l'aspect du libre. On a eu des discussions à l'intérieur de l'asso entre ceux qui disaient, puisqu'on est en train de changer, mettons directement en œuvre des outils éthiques, ouverts, libres, etc. Ça, c'est les intellos.

Karl On le prend pour nous.

Arnaud Mais ce que je peux comprendre, parce que j'en faisais partie.

Karl Bienvenue au club.

Arnaud qui, eux, utilisaient déjà des logiciels, on va dire quoi, pas ouverts ? Propriétaires. Et donc on s'est dit à un moment donné, est-ce qu'on utilise l'énergie de ces deux personnes pour former le reste, pour montrer ? Et on s'est dit, peut-être. C'est peut-être eux aussi, à l'intérieur, qui vont nous pousser, qui vont nous forcer, c'est beaucoup dire, parce qu'eux, ils vont mettre les mains dans le cambouis dès le début, puisqu'ils les ont déjà dans le cambouis chez eux. Et donc, il y a eu un choix à un moment donné. Bon, moi, ça m'a un peu déchiré le cœur, mais OK. Par souci de rapidité, de mise en œuvre et d'efficacité, on a utilisé des outils que certains utilisaient déjà.

Yaël Plutôt que de tout se recommencer à zéro sur les personnes de base. douillet alors peut-être avant que tu nous écoutes de nous raconte un peu cette transition et surtout l'accompagnement que vous avez que vous avez eu moi j'avais juste une question pour toi Imadeddine sur parce que là du coup tu nous as dit que il y avait un nombre quand même important d'associations qui soit ont accéléré leur développement ou leur utilisation d'outils numériques et genre quasiment 20% qui s'y sont carrément mis pour la première fois et je me disais est-ce que vous avez observé que ces outils numériques se superposent avec en fait des pratiques plus anciennes et traditionnelles qui finalement restent ou est-ce qu'en fait elles les remplacent et si je te demande ça c'est parce que j'ai eu un témoignage d'un centre social qui finalement a vécu un peu ce que tu as vécu, Arnaud, enfin, ce que tu décris à Bagnolet. Et alors, lui, ce qu'il nous disait, c'est que d'un côté, en fait, il y avait aussi les personnes et les habitants qu'ils accompagnaient, qui, clairement, eux aussi, ont évolué et ont bougé pendant la période du Covid et ont commencé à avoir des adresses mail qu'ils n'avaient pas du tout avant et du coup, qu'ils étaient preneurs avec, enfin, voilà, d'avoir des listes de diffusion, de recevoir les mails et d'être informés, enfin, d'être sur ces canaux d'information. mais qu'en revanche, ils se sont très vite rendus compte qu'ils ne pouvaient pas supprimer le papier. Et du coup, finalement, ça a double la charge de travail plutôt que de la simplifier. Je voulais savoir s'il y a des choses que vous aviez réussi à capter dans votre enquête.

Imadeddine C'est quelque chose qu'on a pu identifier en analysant les transitions numériques par secteur d'activité. Parce qu'il y a des associations qui, par la nature de leur activité, ne pouvaient pas se lancer dans le tout numérique. Et de fait, le numérique n'est pas venu remplacer certaines pratiques associatives, mais est venu peut-être les appuyer, en faciliter l'organisation et alléger parfois la vie des salariés ou des bénévoles. Donc si ta question, enfin si je récapitule, c'était est-ce que c'est venu renforcer certaines pratiques ou c'est venu parfois les remplacer d'une activité à l'autre, d'un secteur d'activité à un autre, ça pourrait changer. Une association sportive, par exemple, aura du mal à faire en sorte que le numérique vienne remplacer son activité parce que tout se fédère autour de la compétition, peut-être des entraînements et des rencontres. Mais sur une gestion d'activité, le numérique est venu plutôt faciliter, voire créer des passerelles qu'il n'y avait pas, d'organiser des formations à un public qui est plus large parce qu'on peut avoir des formats un peu plus hybrides. Et réponse un peu de normand, ça dépend. Ça dépend de la taille de la structure. Et pour ça, on aime bien creuser au fur et à mesure en fonction de chaque association qui veut se lancer dans un projet de transition numérique, de se dire, bon, en fonction de ce que vous faites et qui vous êtes déjà, un projet de transition numérique sera le vôtre. Et il n'y en a pas. Enfin, il est unique à chaque association.

Yaël Merci, Imadeddine. Du coup, je vois que Arnaud, si vous voulez, réagir.

Arnaud Imadeddine a raison de dire, ça dépend. Je vais donner un exemple. Nous, on avait l'habitude de distribuer des flyers par un système qui s'appelle l'argent de poche. En fait, c'est des jeunes qui sont payés pour distribuer ces flyers dans les tours d'immeubles. Ils ont d'ailleurs d'autres activités, ils ne font pas que distribuer des flyers. Au moment du Covid, ça s'est arrêté. De fait. On s'est dit, on continue à faire des flyers. C'est-à-dire un document papier. Eh bien oui, on a continué à le faire. Alors, vous me direz, mais alors à quoi ils ont servi ces flyers, etc. ? En fait, nous avons assez rapidement conçu et renforcé toutes les activités dites HLM. Il a dit, attends, lui, il est en train de dire... HLM, c'est hors les murs. En fait, une des interdictions, c'était le nombre de personnes dans une pièce fermée. Donc on a dit...

Karl Il sort de la pièce.

Arnaud Il dit, exactement! En fait, on parle de menace opportunitaire. On s'est dit, si on change les neurones, on trouve une solution. C'est de sortir. Donc en fait, c'est plus les jeunes qui distribuaient des flyers dans les boîtes aux lettres. C'était le groupe de bénévoles, de salariés, ou d'intervénés extérieurs, qui organisait des animations à l'extérieur, qui rencontrait des gens et qui, éventuellement pour certaines personnes, donnaient un papier. Mais il m'a raison de dire aussi, au même moment, on s'est dit, ok, le téléphone ça bouffe quand même du temps, il faut qu'on augmente notre communication par mail. Et effectivement, on a vu des gens relativement peu. Ça a explosé après le Covid. Dire qu'il me faudrait une boîte aux lettres.

Karl Une adresse mail, tu veux dire ?

Arnaud Oui. Parce que tu parlais de Flyer. Ah d'accord. Oui, oui, oui. Tu parles bien de la version numérique. D'accord. Oui, une boîte mail. Il me faut une adresse mail. Donc, ce moment de bouleversement, effectivement, à un moment donné, a été aussi un moment où il y avait double travail. C'est vrai, c'est vrai. Mais de toi à moi, Imadeddine, pour un certain nombre de personnes, ils n'avaient pas l'impression d'être en double travail. Pourquoi ? Parce qu'ils travaillaient. Enfin, là, je parle des militants. Effectivement, en termes de présence, dès que le confinement a été un petit peu élargi, alors là aussi, je dois dire quelque chose, c'est que nous avons considéré, nous, que nous avions un devoir, des tâches à remplir en termes d'aide. Et dans le confinement, il y avait une case 1. Dans le formulaire 2. Dans le formulaire. On remplissait nous-mêmes. OK. Et là, on l'a énormément remplie. Et l'autorisation de sortir. L'autorisation de sortir. OK. Et pour être très honnête, on ne nous a jamais tapé sur les doigts. Mais aussi, ça c'est intéressant, là on parle du Covid. En fait on a négocié avec ce cadre, ces interdictions. Et on s'est aperçu, nous on s'est aperçu que quand on négociait des marges de liberté, ça permettait aussi de rendre les gens responsables en termes de gestes barrières. Quand vous interdisez tout, on a un problème après de résistance par rapport à "zut, on nous interdit tout, donc on fait plus rien, on a envie de faire des choses, donc on va avoir tendance à quoi ? À sortir du cadre, quelque part, on va dire à désobéir. Pour beaucoup de personnes, la question de l'obéissance et de la désobéissance, je veux dire, c'est compliqué, surtout quand on travaille sur la parentalité. Et donc, en fait, pour résumer, cette question de donner des marges de liberté, elle permet aussi de prendre conscience de certaines choses et donc de rendre responsable.

Yaël Et de remettre les gens en position d'acteur.

Arnaud Exactement. Il y a aussi autre chose que je voulais dire par rapport au numérique. C'est que je pense qu'on a été facilité, et on reviendra tout à l'heure sur le fait qu'on a eu des intervenants extérieurs, et on a aussi été facilité parce qu'on s'était posé la question de la communication. Je rebondus sur ce qu'il disait Imaï tout à l'heure. En termes de... Mais est-ce qu'on communique... Je parle de ça bien avant le Covid, c'est-à-dire deux ans. Finalement, est-ce qu'on continue à communiquer exactement comme avant ? Et là, il y a eu une discussion au niveau du CA, parce que dans le CA, il y a quand même beaucoup de gens qui sont retraités, comme moi. Et donc, moi, je sais ce que c'est qu'un timbre. Et donc, on a commencé à se poser des questions avant le Covid. On n'a pas répondu, mais on a commencé à se poser des questions. Donc, c'est comme s'il y avait une maturation qui était en train de se faire. Et une autre source, c'est qu'on a eu la possibilité d'avoir six étudiants de l'IUT, section informatique, qui sont venus en stage chez nous, une fois par semaine pendant six mois. Et eux, ils nous ont un petit peu cassé la tête. Gentiment. Mais ils nous ont fait comprendre qu'il y avait autre chose. Et donc, en fait, on s'aperçoit qu'il y a de multiples sources qui facilitent qu'à un moment donné, on s'engage, on avance et on met en place.

Yaël Ça fait, je pense, assez bien le lien justement avec la prochaine partie pour que tu nous racontes un peu cette transformation numérique. Et du coup, là, ce qui est intéressant aussi dans ce que tu as dit, c'est qu'en fait, déjà avant le Covid, vous avez eu des sortes de petits pics extérieurs, donc là, avec ces étudiants, par exemple. Et du coup, est-ce que tu peux revenir un peu sur comment vous en êtes venu à intégrer le programme Transfoasso ? Alors, je crois qu'il ne s'appelait pas comme ça à l'époque, mais on va dire l'expérimentation qu'a mené le mouvement associatif breton. Est-ce que tu peux un peu nous raconter ça ? Parce que tu t'es arrêté tout à l'heure avec le Covid est arrivé et on a mis en place des instruments de visio. Ça, c'était avant l'expérimentation.

Arnaud Et à peu près au même moment, je ne me souviens plus très précisément, mais on est contacté par le pôle E2S du Morbihan, E2S Économie sociale et solidaire, qui dit « Ah, on a un programme de transformation numérique ». Et moi parmi d'autres, je fais "ouaouh" enfin pas motivé quoi. Et puis finalement on en parle en visio, on zoom comme on dit, et il y en a d'autres qui disent "bah c'est quand même peut-être intéressant de voir ce qu'ils proposent" Parce qu'on est quand même en train de galérer aujourd'hui. Et très concrètement, ce qui s'est passé, c'est qu'on a dit, ok, on veut bien voir, mais en fait, c'était un petit peu, on n'est pas très motivé, mais on veut bien goûter. Et ce qui a fait qu'on est rentré dans le système, c'est la pertinence de l'intervenant. Très concrètement, sa pertinence a été de dire « je ne viens pas mettre la révolution, en fait je ne viens pas changer votre asso ». Et ça a été un soulagement pour certaines personnes qui, petite parenthèse comme moi, avaient vécu des transformations numériques dans le monde professionnel, pas toujours très faciles. Même quelquefois galère. Où on vous impose quelque chose qui supprime, ou vous avez l'impression qu'on supprime votre autonomie. Votre marge de décision. Et ça, c'est des empreintes qui restent. Et donc, il a eu l'habileté de partir sur, en fait, quels sont vos besoins, vous, aujourd'hui. Qu'est-ce que vous faites ? Comment vous faites ? Et vous voudriez améliorer quoi ? Et finalement, on est tous rentrés dans, on voudrait que ça, ça nous prenne moins de temps, on voudrait avoir plus de visibilité extérieure, on voudrait par exemple que certaines informations soient partagées, mais pas forcément oralement, écrites aussi. Parce que c'est bien de faire blablabla, mais bon. Et en fait, on est en train de rédiger un cahier des charges qui est pile poil un cahier des charges pertinent pour la transformation numérique. Mais on ne parle pas de transformation numérique. Non, on parle de quels sont vos besoins et comment vous voulez améliorer votre fonctionnement.

Karl Et par exemple, sur cette question de la communication, est-ce que la communication numérique, comment est-ce que vous l'avez mise en place cette communication numérique ? Parce que dans le cadre de l'activité de ton association, vous êtes focalisé sur un quartier. Est-ce qu'une communication en ligne est finalement plus efficace ? Est-ce que tu as un retour d'expérience sur l'efficacité de la communication que vous avez mise en place ?

Arnaud Deux niveaux, il y a le niveau interne et le niveau externe. Le niveau interne, il y a eu un travail sur les besoins personnels des gens. Je prends un exemple. Toi, Karl, quand tu vas à une réunion, tu veux avoir un compte-rendu de la réunion précédente ? Ouais, ça c'est un peu classique, mais bon, le compte-rendu, tout le monde s'en fout parce que personne ne le lit. Enfin, ouais, ouais, ouais, on est d'accord, on le sait. Tu vas vers un ordre du jour. Hein ?

Karl C'est bien.

Arnaud OK ? Et puis il y a des personnes qui disent, non, non, moi je veux plus qu'un ordre du jour. C'est sur tel thème, sur tel thème, sur tel thème, moi je veux avoir les informations. On me demande de prendre une décision sur l'embauche de quelqu'un. OK ? Ou de lancer telle nouvelle activité. Moi je veux avoir les informations avant. Je veux réfléchir. avant, et pas simplement me faire balader par ceux qui parlent le mieux au cours de la réunion. Donc, ça c'est un besoin, certaines personnes ont dit, moi j'ai besoin d'avoir l'information avant. Ah oui, mais on fait comment là ? Et donc, cette recherche de besoins personnels, Elle a été un élément de cohésion à l'intérieur du groupe Conseil d'administration, Bureau Conseil d'administration. Donc, pour répondre à ta question, en fait, on a travaillé sur quoi ? On a travaillé sur le pouvoir. Et le fait d'avoir exprimé des besoins personnels, d'avoir quelquefois un peu fritté entre nous sur certains trucs, a fait que le groupe bénévolat n'a pas explosé. C'est-à-dire qu'il y a une re-motivation parce que les personnes se sentaient plus investies. Parce que quand vous parlez de vos propres besoins, vous vous découvrez aussi un peu. Vous vous rendez public quelque chose qui peut être des faiblesses. Par exemple, il y a des personnes qui disent « Toi Arnaud, quand tu parles, je ne comprends pas ce que tu dis ». Le fait qu'on se dise ça, on n'est plus comme avant. Ce n'est pas vraiment la transformation numérique, c'est la transformation de l'association au travers de la transformation des personnes. En fait, la transition numérique, elle peut être la flèche qui va te piquer et qui va dire « ok, on va réfléchir sur, et on va se parler ».

Yaël Et du coup, de ce que tu dis, ça veut dire que vous n'avez pas uniquement réfléchi avec les dizaines de personnes qui sont au CA, mais avec aussi les 30 bénévoles tout à l'heure.

Arnaud Alors, à l'époque, j'étais sorti du CA, puisque j'avais laissé ma place, il y avait une autre présidente, etc. Et je me suis retrouvé à un moment donné invité avec d'autres personnes qui n'étaient pas du CA, à réfléchir sur, c'était quelque chose sur la quantification des activités. Il y avait des responsables d'activité qui n'étaient pas au CA, des bénévoles responsables d'activité qui n'étaient pas au CA, sur comment on peut améliorer ce truc-là. Parce qu'il faut quand même, à un moment donné, faire du rendu compte au niveau des financeurs. et un des besoins c'était de diminuer le temps administratif de gestion, de suivi, etc. Et bien on s'est retrouvé avec, il y avait deux ou trois membres qui n'étaient pas le CERN. Alors, ça aussi c'est intéressant, c'est qu'en fait on se rend compte qu'il y a une possibilité d'augmenter la visibilité des bénévoles sur l'ensemble des activités de l'asso. Quand une asso, elle a souvent plusieurs activités, alors même un club sportif, il y a la compète, il y a des entraînements, il y a des sorties, il y a la formation des éducateurs, etc. Bon, OK. Il y a une tendance dans certaines associations à dire, OK, moi en tant que bénévole, je suis responsable de ce truc-là. Et puis, c'est mon précaré. je vais être très grossier me faites pas chier et puis toi t'as ton domaine oui mais c'est aussi intéressant de pouvoir à un moment donné faire du transverse et on s'est retrouvé à faire du transverse ok donc au théâtre forum mais tu fais comment toi pour communiquer les scénarios des sénettes. Ok ? Et toi, dans le groupe de parole avec tes mamans, tu fais comment ? Et donc, du coup, il y a de nouveau de la cohésion qui se crée ou pas.

Karl Oui. Et très concrètement, ça a appris quelle forme numérique ? Vous aviez un... Vous échangez par mail ? Vous aviez un forum ? Vous documentiez dans des documents en ligne ?

Arnaud Oui. Alors il y a un système qui a été mis en œuvre sur le... D'abord WhatsApp. Il y a une ouverture de WhatsApp qui d'ailleurs pose un petit problème. C'est que... Est-ce qu'elle est totale l'ouverture ? Est-ce que, par exemple, en dehors du conseil d'administration, on ne mette personne ? Mais ça aussi, c'est des discussions. Finalement, est-ce qu'on réduit ce niveau d'information aux gens qui sont officiellement au conseil d'administration ? Et les responsables d'activité qui sont pas au conseil d'administration ? OK ? Il y a eu toute une discussion qui pour l'instant n'est pas encore mise en œuvre sur le fait d'accélérer au travers de... c'est Timesheet ? De Google.

Karl Spreadsheet ?

Arnaud Non. De pouvoir saisir de l'information prévisionnelle sur les activités et en même temps de mesurer le temps des activités.

Karl Je ne savais pas qu'il y avait un service de Google qui faisait ça, mais peut-être, d'accord. En fait, de pouvoir dire j'ai travaillé tant de temps sur tel aspect.

Arnaud Oui, c'est... Vous prévoyez votre planning. Donc, mardi matin, c'est telle activité. Mercredi après-midi, c'est animation hors les murs, etc. C'est 2h30, 3h. Et vous pouvez quantifier le temps de préparation, le temps de débriefing, etc. Donc, vous pouvez quantifier du temps.

Yaël J'allais dire, c'était Trello qui faisait ça. C'est le plus petit chien. Au lieu d'ici, en fait on a eu un problème

Arnaud c'est qu'on a changé de salarié et c'était l'ancien salarié qui le faisait et là on a bugué parce que parce que dans la transformation numérique la question de la mise à jour des informations avec le turnover on va dire que ce soit au niveau des bénévoles ou des salariés alors là poum on va dans le mur là on n'a pas fait gaffe Et donc du coup, cette mise en œuvre qui facilitait, parce qu'on avait des éléments très très rapides de saisie, c'était l'animatrice qui le faisait, c'était la médiatrice qui le faisait. Mais bon, ça, on ne l'a pas fait. On a eu des éléments, par exemple, sur qui rédige les comptes rendus. Alors vous me direz, ce n'est pas exactement la transformation numérique. De toute façon, à un moment donné, on va bien utiliser Word. On a décidé d'avoir un secrétariat tournant. Donc ça veut dire former tout le monde à la prise de note, à Word, avec les modifications, on est d'accord ou pas d'accord sur les modifications, etc. Et la décision était de dire, c'est deux personnes qui rédigent. Ce n'est pas une personne, c'est deux personnes. Donc ça, c'est plutôt l'interne. L'externe, assez rapidement, on s'est aperçu que c'était les réseaux qui étaient plus pertinents que la page web. Que les pages web. On avait du mal à mettre à jour, etc. fleur que le reste tu balances des photos tu as des réactions tout de suite ça c'est vivant oui et là dessus finalement le site web il y a ce bide on n'a pas la mise à jour qu'on a sur les réseaux

Karl donc ça veut dire que les gens du quartier finalement vous trouvent plus sur ces réseaux que ce que pouvait être la situation avant via le papier

Arnaud exactement alors je ne sais pas Quelle est l'influence du smartphone par rapport à l'ordinateur ?

Karl On imagine que le smartphone est plus présent.

Arnaud Parce qu'on le voit, en fait, nous, la deuxième salariée, c'est une conseillère numérique. Donc là aussi, on va pouvoir parler si ça vous intéresse. Et on s'aperçoit que pour une majorité, l'utilisation numérique, c'est le smartphone, c'est pas l'ordinateur. Ça, c'est... Alors, ça évolue en général quand les enfants sont étudiants. Mais avant, il n'y a pas forcément d'ordinateur. On le sait parce que les gens, ils viennent. Ils viennent chez nous quand ils ont besoin d'avoir des démarches, etc. où l'ordinateur est plus intéressant que le smartphone.

Yaël Merci Arnaud de cette présentation. Et oui, est-ce que tu pourrais quand même revenir sur le choix que vous avez fait de demander un dispositif de conseiller ou conseillère numérique ? Parce que peut-être du coup pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c'est quand même quelque chose qui est tout récent. Enfin c'est un poste qui a... Oui. Est-ce que tu veux peut-être nous en parler rapidement et aussi en termes de choix que vous avez fait ?

Arnaud Alors la décision de prendre un poste de constitution numérique est directement liée à la notion transition numérique. Pour deux raisons. La première, c'est qu'il nous a semblé cohérents que, vu les besoins des bénévoles, des gens du quartier, en fait, de notre public sur le numérique, eh bien on réponde à ce besoin. Et donc on a eu l'opportunité de pouvoir ouvrir ce poste qui était quasiment financé à 100% par l'État. Ça, c'est la première raison. Et puis la deuxième...

Yaël Peut-être juste pour préciser pour les personnes qui ne connaissent pas ce dispositif, du coup, les conseillers et conseillères numériques, qui effectivement sont financés par la NCT, donc c'est l'Agence Nationale de la Cohésion des Territoires, enfin ont été financés, et maintenant c'est un peu dégressif. Mais l'idée, c'était d'arriver en soutien des médiateurs numériques sur les territoires, notamment face à l'augmentation des demandes et d'accompagnement numérique, bien sûr liées au Covid, mais liées à la numérisation. Tu parlais tout à l'heure de la parentalité, donc des services liés à Pronote, aux dématérialisations des services de l'État, etc.

Arnaud Donc, première raison, ça répond à des besoins internes et externes. Et deuxièmement, c'est un excellent exemple de la différenciation entre ce qui est de l'ordre de l'apprentissage de contenu. Par exemple, en numérique, on apprend à un moment donné à utiliser les fonctionnalités d'un logiciel. Là, on est dans le contenu, on est dans l'info. Et puis, nous, en tant qu'êtres humains, on a aussi des besoins de relations. Et donc, une association d'éducation populaire dans un quartier, en fait, elle joue sur les deux tableaux parce qu'elle cherche à diffuser des connaissances, du savoir, de l'échange, etc. Mais en même temps, elle veut créer ou développer de la relation. Et le poste de conseiller numérique, là-dessus, ça on pourra en faire une autre émission. On est vraiment sur ces deux pôles, sur ces deux champs. Un autre bénéfice secondaire. Je pense que la transition numérique a été indirectement la raison de la transformation de notre gouvernance en présidence collégiale. Deuxièmement, la raison où le moment où on a sauvé une grande partie du bénébola, parce que justement on a commencé à se parler d'une façon plus pertinente et donc plus motivante en termes de relation. Et je pense que cette période a permis aussi de travailler sur le développement de la motivation et de la mise en action d'un individu. En fait, juste 15 secondes. Quand on est dans la relation d'aide, soit on est un sauveur et on fait à la place de l'autre et on ne fait pas notre boulot. Soit on est un détecteur de quelque chose, un faciliteur et l'autre se prend en charge, donc prend des décisions. Donc met en action quelque chose. Et ce moment d'échange entre nous, entre bénévoles, et également avec les responsables d'activité et les participants, a fait qu'on a traité cette question, mais qu'est-ce qui fait qu'en tant qu'individu personnel, à un moment donné, on passe à l'action ? On agit. On n'est pas simplement à se dire, « Ouais, on a des problèmes, c'est pas évident, etc. » Et donc, on a travaillé sur ce sujet aussi. Alors, on démarre, simplement. Il y a aussi autre chose, c'est qu'on s'est rendu compte, et là, on démarre un autre projet, que la transition numérique nous a permis, nous a autorisé, j'allais dire, à travailler beaucoup plus la vidéo. Alors ça, ce sera encore une autre histoire.

Karl En tout cas, ça nous montre bien, d'une certaine manière, à quel point la qualité de l'accompagnement que vous avez eue a joué un rôle essentiel dans cette transformation numérique. Et ce qui me permet de me retourner vers Imadeddine pour te demander justement si tu pourrais nous indiquer des acteurs, nous conseiller des acteurs des dispositifs qui existent aujourd'hui, précisément pour accompagner ces assos de façon la plus qualitative, ou en tout cas pour suivre l'exemple que Arnaud décrivait.

Imadeddine En fait, l'accompagnement numérique des structures associatives, on pourrait le regrouper en trois grandes familles. La première, c'est la pratique de l'automédication. La plupart du temps, les associations se retournent, soit peut être un administrateur ou un bénévole, mais vers des proches qui s'y connaissent particulièrement sur Internet. Enfin, pardon, qui s'y connaissent particulièrement sur les questions du numérique. Tiens, je veux avoir un outil de communication avec mes autres salariés. Est-ce que tu n'en es pas une solution qui pourrait être libre et en plus à la fois gratuite ? Bref, l'automédication ou alors la simple recherche sur le moteur de recherche le plus classique avec les biais que ça peut comporter aussi de l'autre côté. Il y a un deuxième axe qui est les acteurs classiques de l'accompagnement associatif. Là-dessus, les têtes de réseau associative par secteur font un travail parce qu'elles doivent, Enfin parce qu'elles recensent aussi les initiatives un peu innovantes sur un territoire ou un autre sur la question numérique et qui les recensent, en fait des fiches ressources et les repartagent après aux membres de leur réseau. Il y a d'autres dispositifs d'accompagnement classique comme peut l'être Guide Assault qui permet de réorienter les structures associatives sur les questions d'accompagnement spécifique mais aussi peut-être à terme avec une question sur l'entrée numérique. Et il y a les acteurs, on va dire, de la médiation numérique. Et c'est intéressant le témoignage qu'Arnaud fait là parce qu'on parle de transition numérique d'une structure associative et à la fois on est sur un poste de médiateur numérique, enfin une personne qui fait du conseil numérique, mais qui en gros s'adresse aux bénéficiaires, au public. Et on se rend bien compte qu'en France, actuellement, on est peut-être, et je voulais un peu conclure là-dessus, mais se dire qu'il y a quand même un petit yatus et qu'on accompagne la transition numérique des usagers. Mais par contre, sur les structures collectives comme peut être l'association, on n'est pas encore au max des capacités d'accompagnement. et on fait un peu sur la bonne volonté des bénévoles qui ont réussi à se former sur le tas ou en demandant à des gens. Et peut-être pas assez sur les accompagnements, on va dire, collectifs des structures de l'économie sociale et solidaire, et en particulier des associations. Donc ça, voilà, c'est l'accompagnement classique des associations fait partie des acteurs vers lesquels on peut se tourner pour les accompagnements au numérique. Et après, on va dire, il y a des accompagnements plus spécifiques au numérique. la tech notamment on peut se tourner vers le privé il ya différentes solutions pour ne pas les nommer à l'eau à so et l'eau à so pardon à ce connecte fantastic bazaar qui justement ce dont le coeur de métier c'est même la cible ce sont les associations en proposant des solutions qui soit l'ergonomie qu'à différents égards il ya également des structures associatives qui sont qui se sont liées pour faire des cartographies comme le point d'appui au numérique associatif qui s'appelle PANA, qui est une initiative qui est portée par à la fois des structures qui se sont identifiées en disant « Nous, on est en capacité d'accompagner des acteurs associatifs sur les questions de leur transition numérique. » Et une cartographie qui est faite et qui leur permet d'être sollicitée. Et après, il y a d'autres dispositifs qui sont peut-être plus locaux, comme le dispositif Numérisassos, qui est un dispositif qui se passe dans les Hauts-de-France, qui est en parallèle de Guide Assault. Il y a des initiatives plus locales, comme on parlait d'Emancipasso tout à l'heure, mais effectivement, ça, ce sont des accompagnements qui sont vraiment à la destination des associations sur les questions du numérique, avec cette entrée de questions, est-ce qu'on va sur de l'éthique, est-ce qu'on va sur des solutions qui sont faciles d'accès, mais avec le souci de l'adapter au projet de chaque asso. Et également, il peut y avoir d'autres structures le dispositif local d'accompagnement sur lequel les associations employées peuvent se tourner vers le dispositif local d'accompagnement sur des questions qui sont liées au numérique. D'ailleurs, le mouvement associatif et Solidatech comportent le centre de ressources DLA numérique qui vient au soutien des accompagnateurs de ces structures qui demandent un DLA.

Karl Et j'en profite pour le mentionner puisque tu parlais des logiciels qui permettent de gérer la vie associative. Donc, le podcast d'asso est mené en partenariat avec la MAIF qui nous aide énormément sur ce projet et dans l'offre de services que développe la MAIF à destination des associations. En plus donc de notre podcast, la MAIF a mis en ligne un service qui s'appelle Mon Asso Facile et qui est aussi un logiciel qui permet de favoriser la gestion associative de vos associations. Et donc, on le mentionne en même temps que l'ensemble de ces services.

Yaël Merci, Karl, pour cette petite précision. Et surtout, merci, Matt, pour ce panorama. Et je trouve que c'est assez intéressant ce que tu viens de dire, notamment par rapport à ce que tu disais, Arnaud, au tout début, sur, par exemple, le choix que vous avez fait de WhatsApp. Parce qu'en fait, par facilité, en interne, vous aviez déjà des gens qui savaient utiliser l'outil. et donc ça va sur ce que tu dis, Imadeddine, ce côté de automédication, et effectivement moi je sais qu'on marche vraiment comme ça au mouton numérique, et d'ailleurs quand quelqu'un a installé quelque chose et qu'il s'en va, on l'appelle toujours six mois après, voire un an après, parce qu'on ne retrouve plus les mots de passe et qu'on ne sait plus comment ça fonctionne, donc bref, ça c'est un vrai sujet, ce manque d'accompagnement un peu plus général, comme tu l'as mentionné, et aussi peut-être juste pour conclure, ce que je trouve aussi intéressant dans ce que tu as présenté Arnaud, c'est vraiment de montrer comment le numérique peut être l'occasion, en parlant de la circulation de l'information, de parler des structures de pouvoir. Et ça, tu l'as très bien démontré, à la fois en interne et en externe, avec à qui tu ouvres l'info, à qui tu ne l'ouvres pas, comment tu la rends facile d'accès, comment tu la rends intelligible par tous, comment tu ne crées pas... En tout cas, tu organises la discussion pour que tout le monde soit à l'aise et qu'il n'y ait pas des poids symboliques qui peuvent s'organiser, comme tu le disais. Et ça, c'est chouette parce que ça ne se fait pas souvent dans les assos. Donc, c'était hyper intéressant.

Karl Merci Arnaud. Merci Imane de nous avoir accompagnés et d'avoir répondu à nos questions pour ce nouvel épisode de Questions d'Assos. Le podcast part et pour les assos. Et puis, merci à vous de nous avoir écoutés. On espère que cet épisode vous aura été utile et que vous aurez pris plaisir à l'écouter. Si notre discussion a pu faire écho à des situations que vous avez pu vivre, notamment dans le cadre de cette transformation numérique, nous vous invitons chaleureusement à nous le dire en nous envoyant vos témoignages par mail à l'adresse hello-question-asso.com que vous trouverez dans la description de cet épisode. Pour rappel, vous pouvez nous suivre sur votre plateforme de podcast préférée sur Soundcloud, Spotify, Deezer, Apple Music ou Google Podcasts et également Peertube. Vous pouvez également vous abonner à notre newsletter pour ne manquer aucun épisode et vous retrouverez toutes les informations, les liens et les ressources que nous avons évoqués durant notre discussion sur notre site web. Cet épisode a été réalisé avec le soutien de la MAIF et de la Métropole de Lyon. Aujourd'hui, c'était Guillaume Desjardins de Synchron TV qui était à la réalisation. Et la jolie musique que vous allez maintenant entendre est l'oeuvre de Sounds of Nowhere. Merci de nous avoir écoutés et rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode de Questions d'asso.