Au fil des ans, comment évolue une association ?
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Yaël Questions d'asso, le podcast par et pour les assos. Il y a quelques mois, nous vous proposions un épisode spécial où nous faisions le bilan des trois années du podcast. Et en trois ans, il s'en passe des choses dans la vie d'une association : renouvellement des membres, évolution du positionnement, évolution du projet. Mais il est souvent difficile de le mesurer et de l'objectiver lorsqu'on n'a pas de point de référence. Alors aujourd'hui, nous vous proposons de retrouver la toute première association que nous avions interviewée à ce micro il y a trois ans et demi : Fable Lab. Comment a évolué l'association ? Aussi bien dans son positionnement, son modèle organisationnel, et puis bien sûr, puisque c'était l'objet de notre épisode initial, comment son modèle économique – très lié au système de la subvention et du mécénat à l'époque – a évolué. Ce sont ces questions que nous vous proposons d'aborder dans ce 24e épisode de Questions d'asso, le podcast par et pour les assos, en partenariat avec la MAIF.
Yaël Pour aborder cette thématique, on retrouve Domitille. Hello Domitille !
Domitille Salut !
Yaël Donc tu es cofondatrice de Fable Lab et tu pourras aussi nous parler de l'évolution de ton statut, parce que je crois que ça a pas mal évolué aussi ces trois dernières années. Et on reçoit également Fanny Binot. Hello Fanny !
Fanny Bonjour à tous !
Yaël Donc tu es experte-comptable associée au cabinet Fideliance, en charge du secteur non marchand. Et on t'a déjà reçue à ce micro lors du premier épisode de cette saison, et tu vas aujourd'hui nous parler de la rémunération des dirigeants associatifs. Et pour animer ce podcast, j'ai moi-même le plaisir d'accompagner Karl.
Karl Salut Yaël.
Yaël Hello Karl. Et il y aura aussi Ludo dans le coin. Salut Yaël. Cet épisode de Questions d'asso est réalisé par Guillaume Desjardins de Synchrone TV, sur une musique de Sounds of Nowhere. Vous pouvez vous abonner à Questions d'asso sur votre plateforme de podcast préférée : Apple Podcasts, Spotify, Deezer, SoundCloud et Peertube. Vous pouvez également écouter ce podcast directement sur notre site web questions-asso.com, où vous retrouvez une version textuelle de ce podcast. On est très heureux d'être avec vous pour ce nouvel épisode de Questions d'asso. Installez-vous confortablement et c'est parti ! Et nous retrouvons Karl pour l'édito.
Karl Merci Yaël. Effectivement, Fable Lab est la première association que nous avons reçue à ce micro il y a maintenant 3 ans et demi. À l'époque, c'était ton premier édito, Yaël, et tu nous avais présenté les problématiques liées aux subventions dans le secteur associatif, notamment en repartant des travaux de la fameuse Viviane Tchernonog, que l'on cite souvent à ce micro. On avait même dit qu'on en ferait un petit update des chiffres que nous donnions à l'époque. Pour rappel, la dernière étude de 2017 indiquait ainsi que les cotisations des membres représentaient à peu près 9 % des ressources des associations, les dons quant à eux, c'était 5 %, les recettes d'activité, qu'elles soient publiques ou privées, c'était 66 % – en soi, l'écrasante majorité des revenus des associations – et les subventions, 20 %.
Karl Les chiffres actualisés sont maintenant ceux de 2020, puisque l'étude se fait avec trois années de décalage. Et il est intéressant de constater qu'ils sont quasi stables, notamment en ce qui est relatif aux subventions publiques : alors que leur part ne cessait de diminuer dans le budget des associations depuis 15 ans, elle est maintenant relativement stable. Alors, s'agit-il de s'en féliciter ? Je ne sais pas. En tout cas, il me semble que cette période de forte évolution de la structure du budget des associations est un petit peu en train de s'achever, tout du moins à une échelle macro. Nous constatons que la part des recettes d'activité représente à présent les deux tiers du budget des associations de façon tendancielle. Et nous constatons aussi que les subventions ne représentent plus qu'une part marginale du budget des associations. Alors bien sûr, en rentrant dans le détail de l'analyse, on comprend bien que cette répartition macro des recettes ne représente pas vraiment la réalité associative, et que selon la typologie d'association, on va trouver une forme de budget très différente – comme on le documente au fur et à mesure des épisodes de ce podcast depuis trois ans maintenant.
Karl Alors, quel rapport entre ces chiffres et notre épisode du jour sur l'évolution de l'association Fable Lab ? Il y a trois ans, nous consacrions notre épisode au sujet de la subvention, et spécifiquement à travers cette question un peu provocatrice : peut-on devenir dépendant à la subvention ? D'ailleurs, je me souviens d'une discussion un peu compliquée, quelques semaines plus tard, avec un agent d'une collectivité territoriale responsable de la distribution des subventions dans sa collectivité, qui avait vu passer l'épisode et qui avait voulu m'expliquer par A plus B que non, on ne pouvait pas devenir dépendant à la subvention, puisqu'il existe tout un tas de mécanismes prévenant des situations où les subventions seraient trop importantes dans une association. Ce qui illustrait quand même le décalage de compréhension des mécaniques associatives et des injonctions contradictoires envoyées aux associations. Parce que justement, une dépendance stricte d'une association à un financeur, ce n'était pas tellement ça qu'on voulait montrer. Il s'agissait plus d'interroger les injonctions contradictoires envoyées au secteur associatif – comme le fait de considérer qu'une asso qui développe une activité économique classique se met en dehors du champ de l'intérêt général, puisque dès qu'elle va commencer à avoir une activité lucrative qui est significative, elle ne peut plus toucher les avantages spécifiques et souvent nécessaires au monde associatif. Et ce alors même que la posture de l'État, c'est d'éloigner les associations de l'autre forme majeure de financement, à savoir la subvention. C'est un petit peu paradoxal.
Karl Il s'agissait également d'interroger la posture de l'État dans la délégation de services publics opérés à certaines associations, qui peuvent être subventionnées à 100 %, mais qui coûtent quand même moins cher qu'un service géré directement par la puissance publique. Et enfin, il s'agissait d'évoquer les stratégies que mettent en œuvre les associations pour ne pas devenir dépendantes à la subvention, au-delà de la part que représente cette subvention dans leur budget. Et c'est ça qui était vraiment le cœur de l'épisode, et c'est ça qu'on va continuer à creuser aujourd'hui. Quelques exemples qui parleront sans doute à vous, nos auditeurs : est-ce qu'il est viable de candidater à un appel à projet qui ferait 1 000, 2 000, 3 000 euros quand il va nécessiter une semaine de travail ? Comment est-ce qu'on finance les coûts de structure de l'association quand tout le monde ne finance que du projet ? Comment est-ce qu'on gère la trésorerie quand les processus d'attribution et de mise en paiement durent parfois des années ? J'imagine que ce sont des questions que vous vous êtes déjà posées dans vos structures, parce que c'est finalement celles que nous, nous nous posons régulièrement dans les nôtres.
Karl Finalement, cet épisode était un peu fondateur dans la construction de nos discours sur le fait associatif. Alors pourquoi le poursuivre trois ans après ? Eh bien précisément parce que l'équipe de Fable Lab semble avoir trouvé les bons ressorts pour arbitrer ses choix stratégiques d'un modèle économique largement basé sur la commande publique – soit publique, soit de fondation – que ça s'exprime par subvention ou par prestation. Donc voilà, si vous qui nous écoutez cherchez des pistes de solutions pour améliorer le modèle de développement de votre structure, cet épisode est fait pour vous. Et c'est pour ça qu'on est très heureux d'accueillir Domitille de Fable Lab. À ce micro, rebonjour Domitille.
Yaël Bonjour à tous. Hello Domitille, la pression que t'as. Tu vas résoudre le problème de toutes les assos.
Domitille Non, bon, blague à part, on est quand même très contents de reprendre ce sujet avec toi parce qu'effectivement, vous avez beaucoup cheminé sur cette question en trois ans et c'est ce parcours-là qui va être intéressant de retracer avec toi.
Yaël Et ce qu'on vous propose, alors une fois n'est pas coutume, c'est de ne pas faire de carte d'identité parce qu'on t'a déjà reçue et donc je renvoie les auditeurs et les auditrices au premier épisode de Questions d'asso. Mais en revanche, l'objet, ça va précisément être de décliner ces grandes questions qu'on pose dans la carte d'identité – c'est-à-dire l'évolution de votre fonctionnement, l'évolution du modèle économique et l'évolution des modes de gouvernance. Alors, pour commencer, et peut-être aussi pour nous remettre dans le bain parce que tout le monde n'a peut-être pas en tête le premier épisode, est-ce que tu peux nous redire qu'est-ce que vous faites à Fable Lab et comment ça a évolué depuis trois ans ?
Domitille Et peut-être même avant de commencer, on est encore en train de cheminer sur notre modèle.
Karl Vos réponses ne sont pas parfaites.
Domitille Elles s'améliorent de jour en jour. Et donc, Fable Lab, notre mission, c'est de rendre chacun et chacune d'entre nous plus libres grâce au mot. Et pour ça, on va s'appuyer sur deux piliers. La médiation linguistique : regarder comment la langue peut être un frein à l'accès aux droits, à la santé, au numérique, aux loisirs, à l'emploi – on va aller regarder sujet par sujet la place de la langue. Et l'autre pilier, c'est la médiation littéraire : on va essayer d'inventer, de découvrir de nouveaux moyens d'amener tout le monde à lire et à écrire, de cesser d'en faire des pratiques élitistes. Et en fait, ce qui va lier ces deux points, c'est les mots, la langue et la notion d'insécurité linguistique – ce sentiment qu'on n'est pas légitime à parler parce qu'on n'a pas le bon accent, pas le bon niveau de vocabulaire, pas le bon niveau en français, parce qu'on parle d'autres langues, etc.
Yaël Merci. Et du coup, très concrètement, est-ce que tu peux peut-être nous donner des exemples de projets, et peut-être à mettre au regard avec des projets que vous aviez il y a trois ans ?
Domitille Alors, il y a trois ans, j'en avais parlé dans l'épisode, on avait un gros projet qui s'appelle Cache-Caché, qui sont des itinéraires littéraires – c'est comme une chasse au trésor à la découverte d'une histoire. Et c'était un projet qui était financé par des fonds politique de la ville. Donc c'est super intéressant, parce qu'on a vraiment beaucoup évolué sur ce projet. Les fonds politique de la ville, ils sont vraiment dédiés à l'animation auprès des publics en quartier politique de la ville. Et donc, nous, on était essentiellement financés sur ça. Et les financeurs nous tiraient vers animer le plus possible d'ateliers auprès des publics.
Domitille Et en fait, pour essayer de faire grossir nos subventions – comme on partait de villes qui n'ont pas forcément les mêmes moyens – peut-être que je fais un petit point sur la politique de la ville : le financement, c'est que vous déposez des dossiers auprès de chacune des villes, et puis vous avez de l'argent de la ville, puis de l'agglomération, puis de la préfecture. Donc il y a plusieurs strates de financement. Et donc, soit vous avez une ville qui a beaucoup de moyens parce que c'est une grosse ville, soit si c'est des petites villes, ou si vous avez vraiment besoin de faire grossir ce budget, il faut que vous soyez sur plein de villes différentes. Et donc, pour une association comme nous, qui n'était pas ancrée sur un territoire, c'était un travail très, très chronophage, parce qu'on avait besoin de nouer de nouveaux partenariats sur chaque ville pour mener nos ateliers. Et en plus, il fallait qu'on en anime le plus possible. Donc, il y avait un côté un peu…
Karl La logique du nombre.
Domitille Oui, voilà, c'est ça. Et en fait, on a eu cette réflexion, de se rendre compte qu'en fait, ce n'était pas forcément notre rôle de prendre Cache-Caché – qui est un superbe projet pour amener les gens à lire, à découvrir que la lecture peut être quelque chose de collectif, d'amusant, qui peut se faire en extérieur, de se réapproprier son espace via cette activité – et de l'animer nous-mêmes. Mais peut-être c'était plutôt de déployer Cache-Caché en donnant la possibilité à d'autres acteurs de le faire sans nous, en fait. Que nous, on leur donne juste tous les dispositifs et qu'ils s'en saisissent. Et donc, ce qui s'est passé, c'est que l'année dernière, on a décidé de se donner un an de pause sur les fonds politique de la ville sur ce projet et d'aller réfléchir à comment on pouvait déployer Cache-Caché, potentiellement en allant chercher d'autres fonds.
Yaël Et ça a donné quoi ?
Domitille Déjà, on clôture le projet en finissant les derniers ateliers – parce qu'en fait, on prend toujours du retard, pour plein de raisons, sur la question des partenariats associatifs. Et on a eu des financements d'une fondation pour documenter le projet. Et l'idée, c'est que – et c'était aussi une autre révolution de l'association – on a décidé aussi de mettre sous forme de commun tout ce qu'on crée, toutes les ressources qu'on crée. Donc, en licence Creative Commons CC-BY-SA, qui est très, très libre, ce qui permet aux personnes de les utiliser gratuitement, de les modifier, tant qu'elles citent les créateurs et les créatrices.
Karl Et qu'elles les repartagent dans les mêmes conditions, qui est le SA – Share Alike. Est-ce que peut-être tu pourrais expliquer concrètement ce que ça change par rapport à la façon dont vous meniez vos projets avant ? C'est-à-dire le fait de passer sur des licences libres : est-ce que ça a changé la façon dont se diffusent vos projets ? Est-ce que finalement, c'est plus quelque chose qui est de l'ordre de l'éthique de vos projets, mais que dans la réalité matérielle de ces projets, ça ne change finalement pas grand-chose ?
Domitille En fait, ça va changer notre tranquillité vis-à-vis de notre éthique. Déjà, première chose, je pense que c'est vraiment très important. Cache-Caché, c'est en cours de documentation. On a d'autres projets qui sont déjà sur notre site – vous pouvez télécharger les outils librement. Et donc, on a vu que ça amenait des personnes vers nous. Mais nous aussi, ça nous permet d'être beaucoup plus dans une position de diffusion. On n'est pas très doués en communication, en valorisation, en diffusion, parce qu'on n'a pas d'espace pour le faire, parce qu'il n'y a pas grand monde qui nous finance cet espace. Mais les quelques fois où on prend le temps de le faire, on a un beau répondant. Et c'est beaucoup plus facile d'aller voir les gens en leur disant « coucou, on a cette superbe ressource pour lire autrement » ou « cette superbe ressource pour parler de numérique à des personnes qui découvrent le numérique, c'est tout sur notre site, c'est gratuit, et puis on verra si on peut travailler ensemble ». Et peut-être que ça va apporter un modèle économique, soit par la formation, soit par la création de nouveaux projets. Mais disons qu'en fait, c'est intéressant éthiquement, et puis ça nous donne plus de force pour aller diffuser, parce qu'on se dit qu'on n'est pas en train de se lancer d'abord dans une relation commerciale avec les personnes.
Yaël Et de ce que tu dis, c'est même un changement de posture et un changement stratégique.
Domitille Oui, c'est ça. Parce qu'il y a deux choses. Déjà, dans le changement stratégique, on va cesser de se dire qu'on s'adresse directement aux publics qui vont utiliser nos ressources. Je le savais un peu depuis le début, mais là, on a réussi à le formaliser grâce à cette question des communs : c'est-à-dire qu'on ne s'adresse pas directement aux publics bénéficiaires finaux de nos ressources, mais on va s'adresser aux intermédiaires, qui sont les professionnels ou les bénévoles. Donc, on va parler aux profs de FLE – Français Langue Étrangère –, aux médiateurs et médiatrices en santé ou en numérique, aux animateurs dans des centres socioculturels, etc. Ça nous a permis d'officialiser le fait qu'on cessait de penser d'abord « publics finaux », mais d'abord ces publics intermédiaires, professionnels et bénévoles.
Yaël Et du coup, ça vous positionne, de ce que tu dis, plutôt en ressourcerie.
Domitille C'est ça. Et ce qui légitime aussi – alors peut-être qu'on y reviendra, on peut faire une petite incise maintenant – la taille de vos équipes. Parce que tu as dit que vous n'étiez pas ancrés localement, mais en fait, vous avez quand même un ancrage local.
Yaël Est-ce que tu peux peut-être revenir là-dessus et peut-être dire quelques mots de la taille de l'équipe ?
Domitille Oui, alors ce n'était pas très précis. Donc on est six personnes aujourd'hui, réparties sur deux antennes : une en Île-de-France et une en Auvergne-Rhône-Alpes, et plus précisément en Haute-Loire, dans un petit village. On a une association, on va ouvrir en plus une bibliothèque avec une délégation de service public. Donc là, on a un vrai ancrage local. Mais ce qui était compliqué, par exemple pour faire la boucle, c'est que souvent quand tu réponds à un certain fonds, à une certaine demande de subvention, les gens s'attendent à ce que tu t'adresses à un public qui est ton public associatif. Je ne sais pas si c'est vraiment ça quand tu as…
Karl La cible de ton association au sens classique.
Domitille Exactement. Et en fait, ils ont un peu du mal à comprendre le positionnement de nos associations. Certes, on a un ancrage local, par exemple en Île-de-France – on a des bureaux, on a beaucoup d'actions sur cette région-là. Mais on n'a pas un public qui nous est propre, comme aurait une association de quartier qui voit toujours les mêmes personnes passer parce qu'elles ont un local. Nous, on va plutôt travailler avec l'association de quartier. C'est eux notre public, en fait.
Yaël Oui, complètement. Est-ce que tu veux revenir sur comment vous avez fait ce switch ? Cette évolution ? En week-end associatif ?
Karl C'est bien, parce que toutes les assos que nous interrogeons ces derniers mois nous disent qu'elles ont toutes des week-ends associatifs structurants. Donc, si vous nous écoutez et que vous n'avez pas de week-end associatif, vous devriez envisager d'en faire un.
Domitille Et faites-en un à Chavagnac-Lafayette, on connaît des superbes endroits.
Yaël D'accord, on mettra ça dans les notes de l'épisode. C'est le petit village en Haute-Loire.
Domitille Exactement. C'était vraiment super et c'était la première fois qu'on le faisait. On a toujours essayé de le faire – on pourrait accuser le Covid, mais je pense que c'est aussi qu'on n'a pas pris le temps, parce que comme tout le monde dans les associations, on court après le temps. Mais donc, on a pris le temps de faire ça. Et on a rassemblé une grosse partie de l'équipe salariée, ou en tout cas qui bossait pour l'asso, et quasiment tout le CA et quelques membres bénévoles. Et on a passé deux jours et demi tous ensemble. Et en plus, on a eu un accompagnement. C'est les fonds… Le DLA – Dispositif Local d'Accompagnement. Voilà.
Yaël J'allais dire, on a fait un épisode dessus en plus. Oui, le dernier épisode de la deuxième saison. Exactement.
Domitille Et donc on a pu déclencher ce DLA parce qu'on avait salarié quelqu'un sur l'antenne de Haute-Loire, qui est l'autre cofondatrice de l'association. L'objectif du DLA, c'était de penser notre modèle économique. Donc, il y a quelqu'un qui nous a accompagnés et qui nous a aidés à réfléchir à qui on était, comment on se positionnait. Et c'est là, en fait, vraiment qu'on a pu formaliser – même si c'étaient des choses qu'on avait pu dire de temps en temps – on a pu prendre cette décision. Et en plus, c'était super parce qu'on avait ce temps avec les équipes, avec le CA, pour dire : OK, on officialise ça. Et ça nous a énormément aidés, déjà pour nous positionner. Et en plus, ça nous a aidés pour tout le reste de l'année après. On s'est dit : ce n'est pas ce projet, on n'y répond pas parce qu'on ne rentre plus dedans.
Yaël Et ce qui est intéressant, parce que du coup, j'ai été à ce week-end associatif…
Karl Précisons-le : tu es maintenant au conseil d'administration de Fable Lab – c'est peut-être le bon moment pour le dire.
Yaël C'était à ce titre que j'étais au week-end associatif. Et du coup, là, c'est vrai que sur les derniers épisodes, on a fait une troisième saison – je ne sais pas si on peut dire qu'elle a été un peu auto-centrée, mais on va dire que c'était aussi un bilan du podcast et de ce que peut-être ça nous a appris dans nos engagements associatifs. Donc bref, cet épisode rentre aussi dans ce cadre. Et tout ça pour dire que ce qui est intéressant avec le témoignage que tu apportes, c'est que la personne qui vous a accompagnée, typiquement sur cette question des communs, elle était complètement à l'ouest. Et quand je dis à l'ouest, c'est que vraiment, elle ne connaissait pas le terme de commun, ni même les questions de sobriété ou de frugalité dans le modèle économique – c'étaient des choses qui étaient complètement… Elle était imperméable. Et pourtant, ça a quand même été structurant. Et le fait de sacraliser ce moment-là était clé dans la suite.
Yaël Donc, je trouve que ça remet un peu en perspective la question de faire intervenir des experts dans nos assos : en fait, parfois, juste un tiers suffit, même s'il ne s'y connaît pas forcément sur tous les sujets. Parce qu'il maîtrisait quand même très bien à la fois le territoire de Haute-Loire et le fonctionnement des assos plus classiques. Donc il avait bien sûr apporté une vraie expertise de ce point de vue-là. Mais en tout cas, il ne répondait pas à votre problématique qui était : comment invente-t-on un modèle économique autour des communs ? Et c'est vrai que pour le moment, personne n'a vraiment bien la réponse. Si quelqu'un sait, on veut savoir. Mais voilà, c'était juste pour ouvrir ça – qui était quand même, je trouve, en termes de démarche, assez intéressant.
Domitille Vraiment, il nous a permis de sacraliser ce temps. C'est ça qui était très important. Il a rythmé le temps aussi, parce que forcément, on se retrouve tous ensemble, on est contents et on peut tourner en rond. Non, mais c'est vrai, il nous a vraiment aidés. Et on est ressortis avec beaucoup de force du week-end sur comment on avançait.
Karl Et donc, vous vous êtes repositionnés. J'ai l'impression que ce que tu dis, c'est que vous avez aussi fait évoluer la raison d'être de votre association en considérant que ce que vous cherchiez à atteindre, ce n'était plus nécessairement des bénéficiaires finaux, ceux de vos projets, mais en fait les professionnels qui se chargent de toucher eux-mêmes ces bénéficiaires.
Domitille Oui, parce qu'en fait, on se dit que nous, ce qu'on fait, c'est qu'on crée des ressources et des outils. Et donc, il y a un moment, si on les garde pour nous – c'est-à-dire si c'est seulement nous qui les diffusons ou les utilisons –, on serait très, très limités, parce qu'on a une petite force de frappe. Et il n'y a aucun d'entre nous aujourd'hui, que ce soit dans l'équipe ou dans le CA, qui a une vision de l'association qui dit qu'on va être mille, partout sur le territoire, en France, en Europe. En fait, l'autre solution qui nous reste et qui nous porte beaucoup plus, c'est de tout ouvrir et plutôt de porter la bonne parole de ce qu'on fait – c'est-à-dire de penser la langue comme lien entre les personnes, comme levier à activer pour lever des freins, parler du plurilinguisme comme une richesse pour notre société. Et on a intérêt à le faire en commun avec d'autres associations et d'autres personnes.
Yaël Et là, de ce que tu dis, je pense à deux choses. La première, c'est peut-être que tu peux revenir sur une diversification des types de projets que vous menez aujourd'hui. Je pense notamment aux projets de recherche-action qui, pour le coup, étaient complètement absents il y a trois ans si je ne me trompe pas.
Domitille Alors pas tout à fait, on en avait déjà un premier. C'est juste que maintenant, on pense beaucoup mieux nos projets par briques modulables. Et c'est là où c'est vraiment très intéressant, les projets de recherche-action : on a le côté recherche, on a le côté action, et on peut aller voir les financeurs avec ce qui leur parle. Peut-être comme exemple : en ce moment, on a un très gros projet de recherche-action autour de la santé des femmes allophones – dont le français n'est pas la langue maternelle. L'idée, c'était de voir comment le fait de ne pas parler français est un frein dans leur accès aux soins et dans leur parcours de santé plus largement. Et en fait, on a d'abord commencé à déposer un projet un peu global avec de la recherche et une partie terrain. Et là, les financeurs n'ont pas réagi, on n'a eu que des refus. Et puis, par des financements locaux, où là, on allait voir directement les bénéficiaires finaux, on a déposé une partie atelier. Et à partir de là, on a pu construire aussi une partie recherche. Et donc, c'est cette logique de briques modulables, où on va avoir les financeurs avec des morceaux de projets qui les intéressent, et on peut construire des projets plus larges. Ça a l'air d'être un peu à l'envers, dit comme ça, parce qu'on commence par du terrain, puis on fait de la recherche. Mais c'est aussi une manière d'être plus flexible pour faire en sorte que les projets voient le jour derrière.
Karl Mais en fait, ce qui est intéressant dans ce que tu décris, c'est le fait que maintenant, vous pensez des grands projets avec des phases, des séquences, des actions, et que vous allez chercher des financements par action de projet et pas par projet entier, si je résume bien.
Domitille C'est ça, parce qu'on s'est rendu compte qu'on perdait une énergie très importante dans plein de petits projets. Plein de petits projets, ça veut dire plein de petits financements, des temporalités qui ne marchent pas forcément entre elles, et on se disperse aussi son temps de travail. Et on n'arrivait pas à construire des choses. Toujours dans cette logique : on veut construire des outils et des ressources. Pour avoir le temps et les moyens de les construire, on a besoin de gros projets. Donc, on a essayé de ramasser nos projets autour de grands axes. Donc on a la médiation linguistique, où on va se diviser à chaque fois sur des sujets : on a la santé des femmes, on a le numérique, on a l'accès aux droits – qui sont nos trois grandes actions du moment. Et sur la médiation littéraire, on va travailler sur Cache-Caché, et puis sur tout un concept qu'on essaie de porter, les arts littéraires. Et ça aussi, c'est un outil de prise de décision – vérifier qu'on n'est pas en train d'ouvrir un nouveau petit projet. C'est une vraie question.
Yaël Et ce que je trouve aussi intéressant, là, dans ce que tu dis, et pour faire le lien avec ton édito, Karl, c'est ce que pointent les travaux de Viviane Tchernonog : justement la difficulté de passer de petites assos à assos intermédiaires, et d'arriver à consolider son modèle économique et même à le stabiliser, et donc à assurer la pérennité de ces structures assos intermédiaires qui portent l'innovation sociale. Et là, je trouve que c'est intéressant parce que tu montres précisément peut-être comment en tordant les choses, vous êtes arrivés à changer d'échelle. Et ce qui peut paraître paradoxal d'un point de vue extérieur, puisque souvent quand on parle de passer à l'échelle, c'est faire pareil en plus. Alors que là, en fait, vous avez changé d'échelle en vous décentrant, en changeant de bénéficiaire, et en trouvant un autre positionnement.
Yaël Et du coup, peut-être pour rendre ça un peu plus tangible, est-ce que tu peux nous dire un peu aujourd'hui combien de salariés vous êtes ? Du coup, quelle place vous avez, toi et Léa ? Parce qu'il y a trois ans, vous étiez en freelance.
Karl Tu vas sur la dernière partie, mais c'est pas grave.
Yaël C'est pas grave. C'est flexible.
Karl On est flexible. Vas-y, Domitille.
Domitille Alors, je crois que quand je suis venue – il y a trois ans –, il y avait une salariée qui était en plus en contrat aidé. Je pense que c'est ça.
Karl Exactement.
Domitille Et après, on était un certain nombre de personnes en freelance autour. Et aujourd'hui, on est six personnes salariées, dont un alternant et deux personnes à temps partiel, sachant que tout le monde est sur quatre jours à 32 heures. Et donc, Léa et moi qui sommes les deux cofondatrices de l'association, on a juste un statut de cadre par rapport aux autres, d'un point de vue très formel.
Yaël Et pourquoi faire ce choix de différence de statut ? C'est qu'il y a une différence de…
Domitille Parce qu'il n'y a pas de différence de salaire – à part pour la personne qui est en formation. On est tous au même niveau de salaire.
Karl Et quand on échangeait hier pour préparer cet épisode, je reviens sur la partie projet, qui finalement va être liée à ça. Tu disais que vous aviez notamment mis en place toute une stratégie pour choisir les financements sur lesquels vous vouliez aller, notamment pour que ça corresponde à vos projets, et que vous avez mis en place une sorte de matrice de décision des financements. Est-ce que tu pourrais nous la présenter et pourquoi vous êtes allée sur ça ?
Domitille Alors, elle est en cours de construction. Pourquoi on a fait ça ? Parce qu'on s'est rendu compte qu'on prenait beaucoup de temps à décider si on répondait à un appel à projet ou pas. En fait, c'est Léa et moi et une troisième personne en freelance quelques jours qui répondent en majorité aux appels à projet. Et parfois, on va chercher quelques personnes dans l'équipe pour nous appuyer. Mais donc, à trois personnes, on se rendait compte qu'on mettait parfois beaucoup de temps à décider si on y allait ou pas. Et on a vu la Surfrider Foundation qui avait un arbre de décision pour ça, et on s'est dit que ce serait pas mal de s'inspirer de ça pour essayer de faire les choses de manière un peu plus systématique. Donc on a essayé de déterminer des critères : l'éthique – est-ce que le financement nous convient d'un point de vue éthique ? –, l'alignement par rapport à notre projet associatif, l'envie – est-ce qu'on a envie de faire ce projet ? –, la probabilité – est-ce qu'on croit qu'on va avoir ce financement ? –, et la durabilité – est-ce que ce projet va aider l'association à être stable, à durer dans le temps. Et en fait, on essaie de faire des notes de 0 à 5, de faire une moyenne. Si on a un 0 ou un 1 sur l'un des critères, on ne part pas. Très concrètement, par exemple, ce matin, on a dû se décider sur une fondation liée à un aéroport. On a décidé de ne pas partir parce que ça ne nous allait pas d'un point de vue écologique.
Yaël Et du coup, ça fait le lien un peu avec comment vous prenez vos décisions. Vous le discutez avec quelle instance ? Très concrètement, c'est une personne qui fait sa petite matrice et qui la discute à d'autres ?
Domitille Très concrètement, elle a été faite par… deux d'entre nous ont essayé de la faire. Et là, on est en train de la tester. Je pense qu'un jour, ça remontera au CA ou en AG quand on aura suffisamment éprouvé le sujet.
Yaël OK. Mais du coup, là, ça pose une question de temporalité.
Domitille Dans quel sens la temporalité ? Du coup, étant au CA…
Yaël Tu découvres ! Non, c'est pas ça. C'est que si t'attends un mois… Et même, c'est pas tous les mois. C'est-à-dire que tu peux pas faire remonter…
Domitille Non, mais nous, on teste la matrice là. On ne demande pas à chaque fois au CA si on dépose ou pas, les pauvres. Je confirme. En fait, plutôt ce qu'on va faire vis-à-vis du CA, c'est qu'on les informe de la situation économique – surtout de notre trésorerie. On n'a pas de problème de solvabilité. Par contre, on a un problème de trésorerie, vu le temps qu'il faut entre le moment où on dépose un dossier, le moment où on a la réponse et le moment où on a les fonds. C'est très long. Donc, on va plutôt informer le CA de ça, et de ce qu'on est en train de faire : quels sont les gros appels à projet auxquels on répond, quelles sont les grosses prestations qu'on est en train de mener.
Domitille Alors ça, c'est plutôt notre tambouille en interne pour essayer de gagner du temps et arrêter de se poser la question. Pour certains appels à projet, on a dit oui, puis non, puis on recommence, puis on commence à écrire, puis finalement on met à la poubelle. Parce qu'il y a aussi la question – j'ai parlé un peu d'éthique –, mais quelquefois, on doit tordre des projets pour les faire rentrer. Nous, il y avait la question de tordre pour faire passer le côté qu'on ne s'adresse pas à des publics finaux, mais à des professionnels ou des bénévoles. Et puis il y a cette question : quelquefois notre projet rentre à peu près dedans, mais pas vraiment. Donc on débat quatre fois. Et on se dit, au moins, on prend une décision une bonne fois pour toutes en prenant tous les critères. C'était un peu pour ça – pour gagner ce temps.
Yaël Et là, en t'écoutant, je me dis : vous n'allez pas sur des logiques de coalition ou de consortium, ce qui peut du coup faciliter le côté bénéficiaire final / intermédiaire ?
Domitille Si, on fait ça. Et je pense que c'est aussi une de nos évolutions. On a construit de plus en plus de partenariats. Parce que de toute façon, c'est quelque chose qui est demandé aux assos. Et nous, sur plein de sujets, ça marche très très bien. Par exemple, sur la médiation linguistique, c'est là où on a des consortiums peut-être les plus complets. Nous, on arrive avec notre expertise de médiation linguistique, mais on a besoin d'un partenaire qui a d'autres compétences. On a un très gros projet sur médiation linguistique et médiation numérique, et là, nous, on n'a pas spécialement une expertise sur comment faire de la médiation numérique. Et donc, on a travaillé avec le COPNUM et le réseau PIMMS Médiation pour mener un projet de recherche-action. Et c'est parce qu'on était tous les trois qu'on a pu aller chercher l'ANCT – l'Agence Nationale de la Cohésion des Territoires – pour financer le projet. Et donc, là, le partenariat était très, très structurant. Et en plus, ce qui était super avec un réseau comme PIMMS Médiation, c'est que la diffusion, elle va se faire presque naturellement. C'était très, très porteur.
Karl Et alors, tu cites toi-même le titre de cet épisode d'il y a trois ans : « Est-on dépendant à la subvention ? » Il y a trois ans, tu nous avais dit notamment que vous étiez un petit peu refroidis par les relations que vous pouviez avoir avec des fondations. Aujourd'hui, en termes de typologie d'acteurs qui vous financent, est-ce que vous avez finalement fait le choix d'aller plutôt sur des financeurs publics ? Est-ce que vous financez encore auprès d'acteurs privés ? Comment a évolué votre financement ?
Domitille Alors, il change d'année en année. C'est assez amusant parce qu'en fait, parfois, on est très financés par le public et parfois très par le privé. En ce moment, on a beaucoup de financements privés – par exemple, sur la santé des femmes, on a eu un très gros financement de la Fondation de France, et sur la documentation, de la Fondation Orange. Et en fait, je pense que, il y a trois ans, on ne savait pas leur parler aux fondations. Et parfois, on se demande comment on apprend. Je pense que ce qu'on a beaucoup appris, c'est comment on s'adresse mieux aux acteurs et comment on leur parle, chacun comme ils ont besoin qu'on leur parle.
Karl Alors ça, je suis sûr que ça va intéresser des tonnes d'associations, ce que tu nous dis là.
Domitille Alors, on n'est pas encore très doués, je pense. Mais surtout, ce qui est important de dire, c'est qu'il n'y a pas plus gros mensonge que quand on a un dossier prêt, de le copier-coller partout. Parce que ça ne marche pas. Il y a toujours des questions différentes, il y a toujours une manière différente de présenter le projet. De toute façon, il faut refaire votre budget parce que vous ne mettez pas exactement la même chose. Donc, il faut un peu se rassurer sur le fait que ça prend plein de temps – c'est normal parce qu'on ne peut pas copier-coller, parce qu'on leur parle différemment et en plus, on ne présente jamais exactement le même projet. Et je pense que ce qui nous avait refroidis il y a trois ans, c'est qu'on n'avait pas encore accès à des financements importants de fondations privées. Et on s'épuisait en ne leur parlant pas comme il faut, mais en plus, on savait que derrière, les financements auxquels on aurait accès ne seraient pas forcément suffisamment conséquents pour arriver à ce qu'on voulait, qui était de salarier les personnes qui étaient en freelance pour l'asso. Mais malgré tout, quand même pour leur rendre justice, c'est quand même des financements privés qui ont permis de lancer Fable Lab. Ce sont deux fondations privées qui nous ont fait confiance en premier.
Karl Et alors, tu dis qu'ils vous ont permis de vous financer. De ce que je comprends, vous avez quand même largement grossi depuis trois ans. Je sais que dans mon association Designers Éthiques, on a à un moment bénéficié d'une subvention publique structurelle qui nous a vraiment permis de nous développer, parce qu'en fait, ça nous a fait du cash de trésorerie qui est arrivé vite et qui nous a permis d'aller plus loin. Est-ce qu'il y a eu un moment comme ça aussi dans votre vie d'association, où vous avez bénéficié de financements qui ont vraiment fait une différence ?
Domitille Oui, alors je pense qu'avant le premier épisode qu'on a fait, on a eu ce premier financement qui était un financement public aussi, qui nous avait donné de l'espace pour lancer vraiment l'activité en y consacrant du temps, sans avoir besoin de nous-mêmes nous mettre en freelance pour tout le reste. Donc ça, c'était le premier point avec les deux financements privés. Et le deuxième, je pense que c'était l'année dernière. Donc, l'année dernière, à la même époque, on ne devait avoir que trois personnes salariées. On a eu plein de financements privés et publics qui sont arrivés parce qu'on avait un certain nombre de projets. Et on avait gardé des réserves de trésorerie pour pouvoir embaucher. Et d'un coup, on a eu plein de personnes qui nous ont fait confiance sur des projets différents, et on a pu embaucher les personnes qui étaient là depuis un moment. Donc, il y a vraiment des paliers. Et donc, maintenant, la question, c'est comment est-ce qu'on montre aux gens qui nous connaissent depuis longtemps que, certes, on a le même nombre de personnes, mais ce n'est pas pareil parce que tout le monde est salarié – on a des coûts plus importants et il va falloir suivre un petit peu.
Karl Et alors, justement, vos futurs enjeux d'un point de vue financier : qu'est-ce que vous envisagez à l'avenir de faire en termes de recherche de subvention ? Tu parlais notamment de l'échelon européen. Comment est-ce que ça va évoluer ? Qu'est-ce que ça change pour vous en ce moment ?
Yaël Et peut-être, est-ce que tu peux donner aussi l'ordre de grandeur de là où vous en êtes aujourd'hui ?
Karl D'un point de vue de budget ? Oui, d'un point de vue de budget.
Domitille Alors, l'année dernière, on avait un budget d'un peu moins de 180 000 euros. On n'a pas encore nos comptes. On va avoir à peu près ça. Et par contre, cette année, on va tourner autour de 300 000 euros. Donc, on va avoir un gros gap. Et donc, l'enjeu, c'est que pour 2024, c'est bon, on a nos projets. Mais pour 2025, c'est notre prochain enjeu. Alors, je ne sais pas où sont les gens qui nous écoutent, mais nous, c'est une grande victoire de ne pas avoir que six mois de vision. Et puis, c'est très reposant pour les personnes qui portent la direction d'une association d'avoir un peu de marge. Alors, ce qu'on imagine, c'est qu'on continue à faire nos recherches de subventions auprès de fondations privées, sur les sujets qui nous portent. Et effectivement, on pense beaucoup à l'échelon européen. Parce que, déjà, dans cette logique de commun, ça nous porte vers ça puisqu'il y a toujours cet enjeu de diffusion. Et surtout que nous, on est sur la valorisation des langues et du plurilinguisme. Donc, sortir de France, ça fait aussi sens. Et parce qu'on nous a bien orientés sur ça, nous disant qu'il y avait des fonds européens là aussi pour construire des ressources. Donc ça fait vraiment sens pour nous.
Yaël Vous n'avez pas encore déposé votre premier projet ?
Domitille On n'a pas encore déposé. C'est pour octobre. Quand les gens nous écouteront, on aura déposé. On parle des fonds Erasmus+, parce que tout le monde nous a dit que c'était faisable d'un point de vue administratif. À un moment, avec des consortiums, on pensait déposer du FSE – du Fonds Social Européen. Et l'enjeu du Fonds Social Européen, c'est que tu as un administratif énorme et des délais de paiement. Quand je connaissais des gens qui le faisaient, c'était deux ans.
Karl Oui.
Domitille C'est toujours deux ans.
Karl Non, je dis pour dire : OK, c'est important, mais je ne sais pas si c'est deux ans.
Domitille Et ce ne sont pas des petits montants. Donc, si tu n'as pas une banque qui te suit pour ta trésorerie, je ne sais pas comment tu fais.
Karl Et donc, vous, justement, en termes de trésorerie, tu disais qu'à un moment, ça avait été compliqué.
Domitille Oui, l'année dernière, au début, on a cru qu'on allait avoir un mur vers le printemps. Et alors, on a réussi à repousser le mur en faisant ce que font les gens habituellement : tu réduis tes coûts et tu vas chercher des prestations. Et c'est là, je pense, qu'on avait déjà pris cette décision de mettre ce qu'on pouvait en commun. Et c'est vrai que je pense que ça a facilité tout le positionnement des personnes dans l'association de se dire : OK, on va faire un travail qu'on pourrait dire de commercial, mais dans une éthique différente, parce qu'on va aller chercher des gens en leur disant « regardez, on a ça, qu'est-ce qu'on peut faire ensemble ? » Et en fait, ça nous a ouvert des portes. Les choses se sont enclenchées, ce qui fait que maintenant, on est sur une autre pente.
Karl OK. Autre question : les coûts de structure. Vous financez par appel à projet, vous montez des projets. Comment est-ce que vous arrivez à gérer vos coûts de structure et comment est-ce que vous arrivez à les faire payer par vos financeurs ?
Domitille On a eu deux fois des fonds sur des coûts de structure, des frais structurels, des fonds de fonctionnement. Deux fois, c'était bien. Cette année, on s'est fait retoquer sur l'appel à projet là-dessus. C'est une vraie question. C'est vraiment un manque qui est pointé. Je crois que le CESE a fait une consultation auprès des assos. Il y a plein d'assos qui disent que ce n'est pas possible, on ne peut pas tenir.
Yaël Ils ont lancé une alerte il y a quelques semaines ou mois.
Karl Oui, c'est forcément daté, pour ceux qui nous écouteront.
Domitille Déjà, on a un peu de prestations. L'année dernière, on avait presque 25 % de revenus issus des prestations. Donc, ça nous donne de la marge pour financer nos coûts de structure. Et on met dans nos appels à projets une ligne frais fixes, qui est plus ou moins bien reçue.
Karl Alors, je suis preneur des discussions sur le « moins bien reçue ».
Domitille J'ai assisté à un jury – ce n'était pas nous qui nous sommes fait allumer, mais des personnes qui se sont fait allumer parce qu'ils avaient mis 5 % de frais de structure. J'étais un peu embêtée, parce que moi aussi, j'avais une petite ligne.
Karl Oui, pour témoigner : dans mon association, l'autre jour, je soumettais un appel à financement auprès d'une métropole. La personne m'appelle et me dit, « ah oui, je suis embêté parce que vous avez mis 15 % de frais de fonctionnement ». Et la personne me dit : « nous, on ne finance que du projet. » Donc moi, je commence à la titiller un peu en lui expliquant que nos locaux, nos frais de fonctionnement généraux, la comptabilité, ne se financent pas tout seuls. Et la personne, embêtée, me dit qu'il y a des financements spécifiques pour ça, etc. Et en fait, effectivement, c'est quelque chose d'absolument récurrent que vivent toutes les associations. Non, il n'y a pas de financement spécifique pour ça. En tout cas, ils sont extrêmement compliqués à aller chercher. Donc oui, c'est plutôt hypocrite que de considérer que les appels à projets ne doivent pas inclure les parties de financement de coûts structurels, parce que toute asso doit financer son comptable, ses fiches de paie, et tous les coûts évidemment qui ne sont pas spécifiques à un projet. Bref, c'était le petit coup de gueule.
Yaël Mais ce qui est peut-être un petit point positif, c'est qu'il y a quand même pas mal d'acteurs – je pense notamment philanthropiques – qui sont en train de réfléchir à cette question. Alors, je ne sais pas jusqu'à quel point ils vont trouver des solutions rapidement, mais c'est quand même une sorte de…
Karl Comment dire : c'est un système qui pallie à une politique associative qui cherche le moindre coût. Et donc, quand en plus on rentre mal dans les dispositifs des acteurs de la philanthropie, là c'est la double peine.
Yaël Tu veux nous en parler deux secondes ?
Karl On a fait un épisode le mois dernier sur cette question de la philanthropie.
Yaël Je ne sais pas si on a parlé spécifiquement de ce point-là.
Karl Non, on n'a pas dû parler de ce point-là. On refera un épisode. Peut-être un dernier point dont tu ne nous as pas encore parlé : la problématique du rescrit fiscal d'intérêt général, qui visiblement a l'air d'être un sujet pour vous parce que vous n'avez jamais osé le demander.
Domitille Ah non, ça, ça va. Mais par contre, pour moi, il ne fallait pas le demander. C'est ce que j'avais compris du premier épisode.
Karl Très bien. Si vous avez une chose à retenir de ce podcast…
Domitille Ne demandez pas le rescrit fiscal. Par contre, c'est vrai qu'il faut surveiller. C'est-à-dire qu'en fait, c'est un enjeu de rester bien dans l'intérêt général parce que ce sont des règles. Il faut rester dans ces règles. Après, on n'a pas d'interrogation sur le fait que notre mission et notre fonctionnement soient d'intérêt général. Mais par exemple, tu vois, je te parlais de prestations : il ne faut pas dépasser certains niveaux, ou alors il faut commencer à sectoriser. Voilà, il faut qu'on surveille notre niveau de prestations pour qu'il ne dépasse pas certains seuils. Et c'est aussi pour revenir sur les communs – dès que tu mets les choses en commun, que tu produis des choses, que tu ne les gardes pas pour toi, que tu mets une licence libre, comment tu peux ne pas être d'intérêt général ? Et par ailleurs, c'est quelque chose qu'on va surveiller parce qu'on se le doit un peu de façon éthique au sein de l'association. On est une association d'intérêt général, donc on va vérifier que nos actions sont bien alignées avec cet objectif. Et après, il y a des choses très formelles, par exemple le niveau de prestation, la rémunération des dirigeants – mais ça, ça ne se pose pas trop chez nous comme question.
Yaël Disons que ça se posait plus. Et peut-être pour un dernier point sur l'évolution du modèle : il y a trois ans, vous étiez quand même sur finalement pas beaucoup, avec cette grande question de comment on se sécurise en tant que fondatrice. Avec aussi beaucoup de questions sur votre positionnement dans l'asso. Et j'ai l'impression que là, trois ans après, non seulement vous vous êtes super stabilisés – on l'a bien vu –, mais vous avez aussi réussi à embarquer plein de gens de manière beaucoup plus forte, à la fois dans le bureau, dans le CA, les salariés que vous avez. La dimension de professionnalisation, qui il y a trois ans était plus une question de survie individuelle – comment on vit chaque mois –, s'est complètement transformée avec la structuration de l'asso.
Domitille Alors, c'est vrai que l'association a été fondée d'abord par deux personnes, Léa et moi, et donc on est allées chercher autour de notre premier cercle pour construire le CA. Je pense que c'est assez classique dans nos associations. Et en fait, on a fait ce travail de trois ans – et je pense qu'il est encore en cours –, de transition aussi de notre gouvernance. On passe de notre premier cercle, qui sont des gens intéressés par ce qu'on fait mais qui sont des gens proches de nous, à des personnes qui viennent beaucoup plus parce qu'elles ont une expertise à apporter à l'association. C'est cette transition qui est en cours et qui travaille sur cette professionnalisation de l'association, et qui est aussi en lien avec l'intérêt général, parce qu'il y a cet organe de gouvernance de l'association qui se met bien en place.
Yaël Et qui vous ancre aussi dans des réseaux.
Domitille Oui, et qui nous ancre dans des réseaux, qui nous permettent aussi de diffuser, mais aussi de monter des projets liés à ces réseaux. Par exemple, sur notre projet « Santé des femmes, médiation linguistique et santé », on a aussi quelqu'un qui est une experte en santé publique. Et c'est super intéressant d'avoir son regard d'experte sur ce projet. C'est un exemple parmi d'autres.
Yaël Et d'ailleurs, typiquement, plus globalement sur ce sujet-là, vous avez aussi une sorte de comité ad hoc de suivi, avec d'autres personnes expertes qui peuvent…
Domitille C'est ça. En fait, ce projet rassemble tous les membres du CA qui veulent. Donc Yaël, tu viens parfois, on a d'autres membres du CA…
Yaël Parfois. Ah non, non, elle vient presque tous les…
Domitille J'ai raté le dernier. Désolée, mais c'était pas du tout… Et donc, tous les gens du CA sont invités, on invite tous les partenaires du projet, et on travaille avec deux anthropologues. Ça nous permet de faire des points d'étape. C'est vraiment quelque chose où le CA peut décider de s'investir sur certains projets en particulier, soit parce que ça les intéresse, soit parce qu'ils ont une expertise particulière à apporter, que ce soit en termes purement opérationnels ou stratégiques. Et peut-être aussi ce qui est intéressant – moi je suis très contente –, c'est qu'on a eu une alternante qui est rentrée au CA de Fable Lab. Et je trouve que c'est super. Des personnes qui étaient un jour salariées de l'association et qui rentrent au CA derrière, je trouve que c'est très, très riche. Parce que ça permet d'apporter un point de vue très ancré dans le quotidien. Ça fait de beaux liens.
Karl Donc, tu veux dire qu'elle était alternante, elle a fini son alternance et elle est ensuite rentrée au conseil d'administration.
Yaël Et pas un petit poste, parce que c'est au secrétariat général.
Domitille C'est ça.
Karl Est-ce que, justement, vous voulez continuer à faire évoluer ce conseil d'administration ? Est-ce que l'objectif, c'est d'aller de… Est-ce que vous allez jarter Yaël ?
Domitille J'allais le dire.
Karl On veut la réponse.
Domitille Yaël, on te garde. S'il te plaît, reste.
Karl Non, mais justement, Yaël mentionnait bien cet enjeu stratégique à bien choisir les membres de son conseil d'administration. Et c'est un point qu'on n'a pas vraiment encore évoqué dans les épisodes de Questions d'asso.
Yaël Et d'ailleurs, j'en profite parce que je sais que je vous embête à chaque fois que je participe au CR en disant « Et quand est-ce que vous faites un CS ? » – donc un conseil scientifique –, toujours dans une logique un peu stratégique d'ancrage dans d'autres réseaux.
Karl Et effectivement, les conseils d'administration ont certes ce rôle d'orienter l'association, de contrôle de l'association dans son activité, mais aussi d'être finalement un lieu de réseau où on peut étendre les possibilités de l'association.
Yaël Et d'interconnaissance.
Karl Et d'interconnaissance, tout à fait. Tu citais le fait que vous avez intégré de plus en plus d'experts dans ce conseil d'administration. Est-ce qu'aujourd'hui, vous pensez que vous avez atteint une sorte de seuil de stabilité de ce conseil d'administration par rapport à ce qu'il vous apporte, c'est-à-dire avec des personnes proches qui ont un lien d'attachement fort à votre association, et des personnes expertes qui vont pouvoir vous apporter ces opportunités ? Ou est-ce que vous voulez encore le faire évoluer, et dans quelle direction ?
Domitille Alors, je pense qu'on peut encore faire rentrer d'autres experts. Par exemple, pas typiquement sur les financements européens, mais avoir quelqu'un qui a une meilleure connaissance de l'Europe, ou en tout cas cette vision internationale – ça pourrait être quelque chose de très intéressant. On a en ce moment un gros projet sur l'accès aux droits. Et on a aussi une grosse partie autour du développement web. Donc, sur chaque sujet d'expertise, on pourrait avoir une référence au CA. En tout cas, je ne sais plus dans nos statuts, je crois qu'il y a une limite.
Karl Deux membres. Yaël, connais-tu les statuts ? Yaël adore aller aux AG, donc peut-être que oui, elle connaît les statuts de Fable Lab.
Yaël Et surtout les week-ends associatifs, on a compris.
Domitille Mais donc, en tout cas, ça fait partie des questions qu'on pose dans nos réflexions avec le CA sur comment on fait évoluer.
Yaël Et d'ailleurs, je le pose là, parce que je trouve qu'il y a typiquement un profil dans votre CA qu'on ne voit quasiment jamais et qui pourtant est super intéressant. Ça reboucle des discussions qu'on a eues dans d'autres épisodes : c'est un profil de personne qui maîtrise très bien les RH. Qu'est-ce qu'était son poste avant ?
Domitille Elle était inspectrice du travail.
Yaël Et ça, c'est super précieux parce que je dis que c'est des profils auxquels on ne pense pas – on pense toujours à l'expertise liée au projet ou liée au financement. Et là, c'est un profil vraiment lié au droit du travail, et en plus dans une logique d'éthique : pas que dans le projet, mais comment tu le fais vivre en interne. Je trouve que ça amène des réflexions qui sont très intéressantes. C'est juste une petite parenthèse parce qu'on ne pense pas assez aux profils issus du droit du travail.
Karl Et toujours sur ces questions de membres du conseil d'administration, est-ce que vous avez réfléchi à l'hypothèse d'intégrer des structures qui vous soutiennent dans le conseil d'administration ? Certains de vos financeurs, des mécènes, des institutions publiques ?
Domitille Pour l'instant, il n'y en a personne qui nous l'a demandé et on n'a jamais proposé. De fait, on n'a pas de personne qui nous finance de manière récurrente. Il n'y a pas un département qui, chaque année, a une enveloppe pour nous – alors qu'il y a un certain nombre d'assos où c'est le cas. Et je t'avoue, de ce que j'ai pu voir ailleurs, parfois on a été un peu surpris de certaines organisations où, quand tu as des assos qui sont au CA l'une de l'autre, où il y a une collectivité locale qui a leur CA, et ensemble ils se mettent tous ensemble pour répondre à un appel à projet… Je ne dis pas que ce n'est pas légal, que ce n'est pas éthique – je n'en sais rien –, mais de l'extérieur, parfois, tu peux être un peu surpris. Et donc, nous, pour l'instant, on n'en est pas là. Parce que dès que tu fais rentrer une collectivité, tu fais un espèce de jeu politique qui est assez essentiel. Si la solution, c'est d'avoir une collectivité dans ton CA, pourquoi pas ? Aujourd'hui, on n'en a pas spécialement envie. Je pense qu'il y a peut-être d'autres manières de faire participer les collectivités publiques. Tu pourrais peut-être inventer des instances un peu comme le conseil scientifique. D'ailleurs, on a vu des gens qui…
Yaël Ah, super, ça avance.
Domitille Ça avance. Je sais que les SCOP, par exemple, elles peuvent avoir un collège pour…
Karl Mais vous pourriez tout à fait imaginer avoir des collèges, même dans une asso.
Domitille On pourrait imaginer. Alors tu vois, il nous faut des fonds de fonctionnement pour penser ça. On reboucle la boucle.
Yaël Et peut-être, je vais juste revenir là sur le CA. Je pense que aussi, comme vous le pensez en ce moment, ce qui me semble plus safe, c'est plutôt d'amener des personnes qu'on appelle qualifiées. Tu prends la personne pour ses multiples casquettes, mais c'est bien la personne que tu vas chercher et pas la structure. Du coup, ça amène autre chose, quelque chose de plus ancré. Et ça me fait penser à l'épisode qu'on avait fait sur les partenariats, où on voit bien qu'à la fin, tu as les contrats, les conventions entre des structures. Mais en fait, à la fin, c'est bien incarné par des relations avec des vraies personnes. J'ai l'impression que c'est aussi ça qui est intéressant de travailler au CA, si tu veux faire vivre ton CA et surtout avoir vraiment accès à des réseaux. Et ça me semble moins risqué que de mettre un financeur qui, par exemple, va changer la semaine prochaine parce que tu as des élections qui font qu'il n'est plus du bord que tu étais, ou que ce n'est plus la même personne parce qu'elle change de poste.
Karl Autre sujet lié aux questions de ressources humaines : qu'est-ce que ça a changé pour vous, la semaine de 32 heures que vous avez mise en place dans la structure ? Est-ce que ça apporte des contraintes particulières en termes de recherche de financement, gestion de projet, gestion opérationnelle de l'association ?
Domitille Alors, le temps est très court, donc on n'a pas beaucoup de temps pour se voir. Non, non. Recherche de financement, pas spécialement, en fait, parce que je ne pense pas que les financeurs le voient directement. Peut-être qu'on ne le dit pas assez, alors que je pense que c'est un élément qui incarne un peu qui on est. Après, les salaires, ils sont ce qu'ils sont dans le secteur associatif. Je pense que c'est une manière de compenser le fait que les salaires sont au niveau du secteur – certes, on n'a pas forcément des salaires mirobolants, mais on a ce jour en plus. Je pense que c'est surtout une manière de compenser pour toutes les personnes qui travaillent dans l'association.
Yaël Tu veux dire, pour bien comprendre, que vous êtes payés à 100 % en travaillant 32 heures ?
Domitille Alors non, on doit quand même déclarer 32 heures, mais…
Yaël Oui, mais du coup, le montant est comme si c'était un temps plein.
Domitille C'est ça. Et en termes d'organisation, il faut s'organiser pour faire tout tenir en 32 heures. Je pense que notre gros avantage, c'est qu'on est assez peu, donc on a peu de temps de frottement lié aux réunions, etc. On arrive plus ou moins à les tenir. Par exemple, le mois de juin, c'était vraiment compliqué – ça m'est arrivé de travailler plutôt quatre jours et demi, cinq jours. Dans ce cas, on essaie de les récupérer. Mais dans l'ensemble, de plus en plus, on arrive à sacraliser cette semaine de quatre jours. Franchement, c'est un bel équilibre. Surtout que souvent, on est dans des personnes qui sont assez engagées en général ailleurs : soit parce qu'elles ont des pratiques artistiques, ou d'autres pratiques associatives. Et ça donne de l'espace. Et tu parlais de sobriété tout à l'heure – je pense que la sobriété, ça va aussi ralentir un petit peu. En fait, ça pose la question des financements dans le sens où ça nous oblige aussi à ramasser nos projets et à arrêter de se précipiter en permanence.
Karl Une dernière question qui me paraît assez essentielle : dans 3 ans et demi, on fait un autre épisode. Mais surtout, comment tu vois Fable Lab dans les futures années ? Vos enjeux à venir, en fait. Parce que là, on a surtout décrit l'évolution jusqu'à présent. On a un peu parlé de ce que vous imaginez faire dans les prochains mois – les projets européens, ce genre de choses. Comment est-ce que vous percevez le futur de votre asso dans les années à venir ? Plus de salariés ? Pareil ? Des évolutions organisationnelles ? Mêmes types de projets ? Bref, le futur de Fable Lab.
Domitille J'ai l'impression de passer un entretien. Alors, je pense qu'on n'est pas très loin de notre vitesse de croisière de salariés. Il nous manque encore quelques postes – par exemple, on a besoin de personnes en plus pour de la gestion de projet, de l'animation, ou de la valorisation de ce qu'on fait. Ça, c'est vraiment un très gros enjeu. Ce qu'on disait justement au week-end associatif, c'est qu'on voulait devenir une référence sur nos sujets, qui sont la médiation linguistique et la médiation littéraire. Et peut-être deux autres sujets : l'insécurité linguistique – ce fait de se sentir pas légitime vis-à-vis de la langue –, et les arts littéraires – toutes les formes de lecture ou d'écriture qui se situent en dehors du livre. Ce sont vraiment des sujets qu'on aimerait porter. Et pour nous, l'enjeu, c'est de devenir des références sur ces sujets. Parce qu'aujourd'hui, on se rend compte qu'on a un boulevard devant nous. La langue, ou les langues, si on parle du plurilinguisme, ce n'est pas quelque chose qui est beaucoup pensé dans le travail, dans la médiation sociale, dans la culture aussi. Et donc, on a immensément de choses à faire et plein de choses à construire avec d'autres personnes et d'autres structures.
Yaël Et du coup là, je pense à deux autres choses. La première, c'est du coup, vu le contexte – on est deux jours avant le second tour des élections législatives –
Karl donc c'est difficile quand on parle de langue, d'allophonie
Yaël et du coup je pose la deuxième question comme ça – ça permet d'ouvrir aussi – tu dis « référence » : comment ça s'incarne, être un acteur de référence ?
Domitille Je ne sais pas très bien encore. Mais il y a vraiment ça : quand tu veux chercher une expertise sur ce sujet, tu vas nous chercher. Que chaque prof de FLE, parce qu'il y a encore des profs de FLE qui utilisent nos outils. Que les personnes, quand elles arrivent sur les territoires en France et qu'elles ont besoin d'apprendre à parler français, à un moment ou à un autre, se retrouvent peut-être avec notre outil dans les mains. Ou qu'on pense à cette question du plurilinguisme dans la manière dont on parle des langues en France aux enfants ou aussi aux adultes – qu'on n'ait pas forcément que cette question très monolingue dans la manière dont on envisage les langues en France.
Domitille Maintenant, si on parle du contexte politique, c'est un vrai enjeu. Forcément, nous, quand on parle de langue, on travaille beaucoup avec des personnes migrantes, des personnes en précarité, des personnes vulnérables. Il y a une vraie question : première question, est-ce qu'il y aura encore des financements sur ces sujets ? Et la deuxième, est-ce qu'on a vraiment envie de ces financements d'un gouvernement d'extrême droite ? Ce n'est pas une petite question. Si je caricature sur le pour et le contre : le contre, c'est qu'on n'a pas envie de travailler avec eux. Le pour, qu'est-ce qu'on fait si on n'existe plus non plus ? Voilà, en caricature. Et on n'a pas de réponse pour l'instant.
Yaël Les financements européens.
Domitille Ou les financements européens, effectivement. Mais de toute manière, ils n'arriveront pas avant 2025. Et aussi, dans ce cas-là, peut-être, il y a quand même une question de comment est-ce que nous – une association pour l'instant petite, pas forcément très positionnée publiquement – on change ce positionnement pour avoir un côté plus militant sur nos sujets.
Yaël Oui, et j'ai l'impression, typiquement, que le fait que vous fassiez de plus en plus de recherche-action, ça outille aussi les réflexions de plaidoyer, potentiellement.
Domitille Exactement. On a vraiment à s'améliorer sur cette question de communication, diffusion, valorisation. Et je pense que le plaidoyer, il va juste derrière, logiquement. Parce qu'on est très convaincus de ce qu'on fait, de l'utilité de ce qu'on fait. Et par contre, il nous manque un peu cette dernière brique. Peut-être une autre expertise à avoir au CA.
Karl Avant de conclure, on vous propose une petite question d'expert avec Fanny, qui va nous parler de la rémunération des dirigeants. Et c'est parti pour la question d'experts.
Yaël Hello Fanny !
Fanny Hello à tous.
Yaël Alors peut-être pour remettre le sujet, on voulait parler avec toi aujourd'hui de la rémunération des dirigeants associatifs parce que justement, il y a trois ans, quand on avait reçu Domitille dans notre tout premier épisode, c'était quand même un gros point dur. Derrière les dirigeants associatifs, il y avait aussi la question des fondateurs et fondatrices : comment est-ce qu'on sécurise son activité ? Est-ce que ça passe par du freelance ? Est-ce que ça passe par du salariat ? Et si on est salarié avec un CA complètement constitué des proches – on connaît ça aussi –, ça a ses limites. Donc, Fanny, peut-être pour commencer : c'est quoi être un dirigeant d'asso ?
Fanny Alors, ce qu'il faut rappeler déjà en introduction, c'est qu'effectivement une association, la gestion doit être désintéressée. Et pour qu'elle soit désintéressée, elle doit être bénévole. Et c'est grâce à ce maintien du bénévolat de la direction qu'on peut continuer à bénéficier de toutes les exonérations fiscales qui s'appliquent aux associations. Un dirigeant d'association, qu'est-ce que c'est ? Ce sont les statuts qui le définissent, puisque la liberté statutaire de l'association prévaut. Ce sont vos statuts qui vont organiser la gouvernance de l'association et concrètement qui a le pouvoir de direction. Et le dirigeant, en fait, c'est la personne qui va représenter l'association vis-à-vis des tiers. Concrètement, c'est qui ? En général, c'est le président. Ce sont les membres du bureau, suivant les différents pouvoirs qu'on peut leur donner. Par exemple, un trésorier peut avoir des pouvoirs bancaires, ou le pouvoir d'engager l'association vis-à-vis des fournisseurs. Ce sont les membres du conseil d'administration plus largement. Et l'Assemblée Générale qui a finalement toujours le dernier mot. Donc, c'est ça un dirigeant : c'est un administrateur, par définition bénévole.
Karl Mais tous les membres de l'Assemblée Générale ne sont pas des dirigeants ?
Fanny Non, puisque c'est une collectivité qui va décider par un vote, mais ce n'est pas eux qui vont prendre les décisions d'orientation de l'association – c'est eux qui vont valider les décisions orientées par un conseil d'administration. Ça, c'est les dirigeants de droit. Attention aux dirigeants de fait, qui sont finalement des personnes qui – qu'on leur ait donné ou non ce pouvoir formel – prennent le même niveau de décision que ces administrateurs. Et souvent, dans les faits, on les retrouve ces dirigeants de fait quand on a un dirigeant salarié qui, en théorie, reste subordonné au conseil d'administration. Mais finalement, le conseil d'administration est une caisse d'enregistrement, comme on l'appelle. Et c'est le dirigeant salarié qui prend l'ensemble des décisions et qui a le pouvoir de définition stratégique et d'orientation de l'association. Et donc, ce dirigeant de fait, qui peut être requalifié de dirigeant dans les faits, répondra aux mêmes conditions de rémunération qu'on va voir juste après. Et c'est là que ça peut devenir dangereux, puisque souvent ce sont des dirigeants salariés qui ont un salaire normal fixé à des niveaux normaux, et sur lesquels ça peut remettre en cause notre exonération fiscale puisqu'on dépasse les seuils qu'on va évoquer juste après.
Yaël Et puis, même là, de ce que tu dis, les dirigeants salariés, c'est du salaire. Dans l'exemple que tu donnais, tu peux être dirigeant salarié, alors que si tu es dirigeant…
Karl Tu es mandataire social.
Yaël Oui, et du coup, ce n'est pas du salaire, c'est ça ?
Fanny Ce n'est pas du salaire. Effectivement, il faut que le conseil d'administration maintienne son pouvoir de direction stratégique par rapport à un dirigeant salarié qui lui serait là uniquement pour mettre en place de manière opérationnelle la direction qui a été décidée par le conseil d'administration. Un dirigeant bénévole n'a pas de rémunération, par définition, mais il y a deux exemptions fiscales prévues. La première, c'est pour ce qu'on appelle les petites associations. Là, un dirigeant bénévole – un membre du conseil d'administration, pour simplifier – peut se rémunérer pour l'engagement qu'il a bénévole auprès de l'association, pour les risques qu'il prend aussi, puisque c'est lui qui représente l'association auprès des tiers. Donc, pour tout ça, il peut se rémunérer de trois quarts du SMIC mensuel. Ce n'est pas une rémunération au sens salaire – c'est une rétribution. Donc c'est exonéré de charges sociales. C'est vraiment comme une rémunération de mandataire social.
Karl Auquel cas, ça veut dire qu'on se verse trois quarts du SMIC sur son compte comme on se défraie ?
Fanny C'est ça, tout à fait, oui. Je te donne un exemple que j'ai eu dans mon asso, parce qu'on a appliqué ce système-là. Notre comptable nous proposait de faire vraiment des fiches de paie. Et en fait, on avait des fiches de paie et on payait des cotisations dessus. Est-ce que tu sais si c'est correct ?
Fanny Alors, c'est peut-être aussi qu'on est dans le deuxième cas de figure, puisqu'on a parlé du premier seuil, mais il y a le second seuil pour ce qu'on appelle les grosses associations. Donc, les associations qui font plus de 200 000 euros de produits – hors subventions publiques, qui ne sont pas pris en compte dans le calcul du seuil – depuis plus de trois ans, au-delà de la quatrième année, peuvent commencer à rémunérer les dirigeants. Il y a différents seuils qui sont fixés, et on peut rémunérer jusqu'à trois dirigeants. Plus les produits sont élevés, plus on peut rémunérer de dirigeants. Et là, effectivement, c'est considéré comme du salaire : il y a des fiches de paie, il y a des charges sociales. Et donc là, ça rentre dans le cas de figure que tu donnais, je pense.
Karl Mais auquel cas, ce n'est pas limité aux trois quarts du SMIC.
Fanny Auquel cas, ce n'est pas limité aux trois quarts du SMIC. Et là, le seuil est assez impressionnant. Ça a été prévu pour les grosses associations – on imagine le président de la Croix-Rouge, qui prend quand même énormément d'engagement et de risque vis-à-vis des tiers. Donc, pour ce genre de poste à risque, il a été fixé une rémunération d'environ 11 000 euros par mois au maximum pour le premier seuil.
Karl Domitille se dit que finalement… Pourquoi est-ce qu'on est dans des petites assos ?
Yaël Mais non, parce qu'en plus, au niveau des seuils, on peut revenir. Mais si toi, Karl, avec Designers Éthiques, vous avez passé ce seuil-là ?
Karl Alors, je suis à peu près persuadé que pour Designers Éthiques, on n'était pas dans ce cas-là, on était dans le premier, à mon avis. Je t'avoue que je ne suis pas assez expert-comptable pour te dire pourquoi notre comptable a fait ça et pas autre chose. Mais on lui demandera dans un prochain épisode puisque c'est Finacoop, et il nous expliquera pourquoi.
Ludo En tout cas. Moi, j'avais une question. Du coup, ça veut dire qu'une asso qui a 200 000 euros seulement de produits peut claquer 130 000 ou 150 000 euros de salaire sur son dirigeant. Et ça, c'est désintéressé ?
Domitille Oui. Pardon. Moi, je n'ai pas compris ce que c'était les produits. Si on enlève la subvention, il reste le mécénat et les dons. Et il reste les prestations aussi.
Fanny Oui, tout à fait.
Domitille OK.
Fanny Sachant que pour la partie charges sociales – si Finacoop a fait comme ça, je veux bien vérifier – mais en théorie, à mon sens, non, ça ne s'applique pas. Et surtout, ce n'est pas que la rémunération salariée qui rentre dans le calcul des trois quarts du SMIC. Puisque si, par exemple, je suis présidente d'une association et que j'ai une société à côté qui fait de la prestation de service pour cette association, là, on entre dans le champ des conventions réglementées. En général, le commissaire aux comptes a un regard là-dessus. Et donc, le prix de la prestation peut rentrer dans le calcul du seuil de ces trois quarts du SMIC. Et là, concrètement, il n'y a pas de charges sociales, puisque c'est de la rémunération de prestation. Après, tout ce qui est indemnités forfaitaires octroyées pour des déplacements sur lesquels on n'aurait pas de justificatif – il n'y a pas de charges sociales là-dessus, mais ça rentre dans le calcul du seuil des trois quarts du SMIC. Donc, il faut faire attention à tous ces avantages qui peuvent entourer ce versement de somme d'argent : les avantages en nature, les indemnités forfaitaires, les rémunérations d'une prestation – tout ça rentre dans le calcul du seuil.
Yaël Merci beaucoup Fanny. Peut-être dernière question parce qu'on parle beaucoup entre nous de la dernière – alors je ne sais pas si quand l'épisode va sortir ce sera la dernière, mais en tout cas au moment où on tourne l'épisode –
Karl c'est-à-dire en juillet 2024.
Yaël Ce mois fatidique. La dernière loi sur la simplification de la vie associative, qui est sortie en avril de cette année. Et on n'est pas trop sûr de ce que ça change ou de ce que ça ne change pas. Je vois Ludo, tu veux peut-être ajouter, préciser.
Ludo Pour les dirigeants, il me semble que maintenant, comme tous les salariés et comme tous les bénévoles de l'asso, ils peuvent aussi avoir de la formation. Donc ça, c'est une nouvelle rétribution.
Fanny C'est un avantage qui a effectivement été octroyé en plus, puisqu'on n'est pas salarié. En théorie, si on n'est pas salarié, on n'a pas le droit d'avoir de financement de formation via la structure associative. Donc ça, c'est une possibilité laissée en plus à un bénévole. Après, pour le reste, il y a effectivement des mesures liées au bénévolat sur les congés payés, la conversion des congés payés en dons, ce genre de mesures. Mais au niveau des seuils de calcul de la rémunération, il n'y a pas eu d'évolution sur ce point.
Ludo Alors là, ça sort un peu du cas de la rémunération, mais de la gestion désintéressée. Maintenant, la déclaration des bénéficiaires effectifs, est-ce que si on se rend compte, par exemple, que quelqu'un est bénévole mais aussi bénéficiaire là-dedans – et qui touche, par les déplacements, etc., certaines sommes –, est-ce qu'il y a une possible requalification, ou une perte de gestion désintéressée ? Il y a quelqu'un qui est actif, largement dédommagé, et qui est en fait aussi bénéficiaire effectif.
Fanny En fait, les deux notions se confondent, puisque par défaut le bénéficiaire effectif, c'est le président de l'association. Donc en théorie, le poste de dirigeant et le poste de bénéficiaire effectif se confondent complètement – c'est la même personne.
Yaël C'est pas plus large, les bénéficiaires effectifs ? J'avais l'impression que c'était…
Ludo C'est un peu les gens qui prennent les décisions.
Yaël Oui, mais du coup, ça peut être plus large que le président.
Ludo J'ai l'impression que ça pouvait même être l'AG, par exemple, s'il n'y avait pas de bureau. Tu peux dire, en fait, que les gens qui composent l'organe de décision, c'est tel truc, et tu dois spécifier des pourcentages.
Fanny Alors, une fois de plus, tout dépend de comment on s'est organisé statutairement. Mais par défaut, c'est le président, puisque c'est lui qui représente l'association envers les tiers. En fait, la notion de bénéficiaire effectif a été pensée pour les structures – notamment pour les personnes actionnaires d'une société – qui seront finalement le bénéficiaire effectif de dividendes, de rentabilité, de chiffre d'affaires. Et en fait, la notion ne colle pas vraiment avec le principe associatif de base. Donc cette déclaration du bénéficiaire effectif – elle était déjà obligatoire pour les structures inscrites au RCS, donc les associations employeuses, les associations qui bénéficient de subventions publiques – a maintenant été étendue à l'ensemble des associations. C'est une déclaration où, dans la plupart des cas de figure, ce sera le président.
Yaël Et peut-être juste pour repréciser : on est d'accord que si on ne le fait pas, il y a une pénalité.
Karl Pour risque gros.
Yaël Ouais. Bon, j'espère que les gens de mon asso l'entendent. Parce que je crois qu'ils n'ont pas du tout prévu de la faire.
Karl Non, mais pour témoigner en tant qu'ancien dirigeant – mais toujours de fait représentant légal d'une association employeuse –, moi, personne n'a jamais dit qu'il fallait que je le fasse quand on a commencé à salarier notre première personne. Et je pense qu'on ne l'a jamais fait.
Yaël Je ne savais pas non plus.
Karl Voilà, donc tu es dans la même situation.
Yaël Merci beaucoup Fanny, merci beaucoup Domitille de nous avoir accompagnés et surtout d'avoir refait un peu ce cheminement avec nous pour ce nouvel épisode de Questions d'asso, le podcast par et pour les assos. Et merci à vous surtout de nous avoir écoutés. On espère que cet épisode vous aura été utile et que vous aurez pris plaisir à l'écouter. Et si notre discussion, comme d'habitude, a pu faire écho à des situations que vous avez pu vivre, à des questions que vous vous posez, n'hésitez pas à nous écrire à hello@questions-asso.com. Et de toute façon, vous retrouverez toutes les infos en description de cet épisode. Et pour rappel, vous pouvez nous suivre sur votre plateforme de podcast préférée : SoundCloud, Spotify, Deezer, Apple Podcasts ou Peertube. Et vous pouvez également vous abonner à notre newsletter pour ne manquer aucun épisode. Et vous remarquez que là, cette fois-ci, on a été super réguliers.
Karl Dans les épisodes.
Yaël Dans les épisodes, ce qui est quand même assez rare. Et vous retrouvez bien sûr toutes les informations sur notre site web. Cet épisode a été réalisé avec le soutien de la MAIF. Aujourd'hui, c'est Guillaume Desjardins de Synchrone TV qui était à la réalisation, et la jolie musique que vous allez entendre est l'œuvre de Sounds of Nowhere. Merci de nous avoir écoutés et rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode de Questions d'asso.