Engagement asso et pratique professionnelle, quelle compatibilité ?
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Yaël Questions d'Asso, le podcast par et pour les assos.
Yaël Dans le monde associatif, on s'engage dans des secteurs qui, souvent, sont éloignés, voire très éloignés de nos propres pratiques professionnelles. À l'inverse, il y a des associations qui s'ancrent dans des univers et des pratiques professionnelles bien spécifiques. C'est notamment le cas des associations tech, autour du développement de l'open source et des logiciels libres. Qu'est-ce que cela produit comme projet associatif ? Comment concilier intérêt général et intérêt privé, voire économique ? Quid de la gouvernance et de l'inclusion des usagers et usagères finaux, qui n'ont pas forcément les compétences techniques ? Ce sont ces questions que nous vous proposons d'aborder dans ce 26e épisode de Questions d'Asso, le podcast par et pour les associations. Et pour aborder cette thématique, nous recevons le président de l'association WordPress francophone, Jason. Bonjour Jason !
Jason Bonjour Yaël !
Yaël Et pour animer ce podcast, j'ai moi-même le plaisir d'accompagner Karl. Hello Karl !
Karl Salut Yaël !
Yaël Cet épisode de Questions d'Asso est réalisé par Guillaume Desjardins, de Synchrone.TV, sur une musique de Sons of Nowhere. Vous pouvez vous abonner à Questions d'Asso sur votre plateforme de podcast préférée : sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, SoundCloud et PeerTube. Vous pouvez également écouter ce podcast directement sur notre site web, questionsdasso.fr – .fr, pas du tout questionsdasso.com – où vous trouverez une version textuelle de ce podcast. Et nous sommes très heureux d'être avec vous pour ce nouvel épisode de Questions d'Asso. Installez-vous confortablement, et c'est parti !
Yaël Et nous retrouvons Karl pour l'édito.
Karl Merci Yaël ! Aujourd'hui, on va parler de WordPress, le logiciel d'édition de sites web le plus utilisé au monde. Il s'avère que WordPress est ce qu'on appelle un logiciel libre, c'est-à-dire un logiciel que chacun peut modifier, éditer ou transformer. Et donc, de très nombreux développeurs utilisent WordPress à travers le monde, dans des contextes très variés. Évidemment, qui dit écosystème d'acteurs, dit association. En France, la principale association, c'est WordPress France, que dirige donc Jason.
Karl Sauf que WordPress France n'est pas une association dans un écosystème classique, puisque ce n'est pas une association militante, ni une association qui aurait une délégation de service public. C'est une association qui regroupe des professionnels, ici des développeurs, qui s'intéressent à la promotion de leur logiciel, c'est-à-dire à la promotion de leur activité professionnelle. Et évidemment, poser ce contexte va de pair avec des pratiques et une vie associative qui est, on va dire, étonnante. Et c'est ce dont on va parler avec Jason.
Karl En fait, au fond, le sujet ici dont on va parler, c'est celui du parcours associatif en tant que professionnel. Ce qui est marquant dans ces écosystèmes, c'est que bien souvent, on rejoint ces associations par intérêt professionnel. Être dans l'association des développeurs ou des designers d'un tel contexte, d'un tel logiciel, c'est se constituer un réseau, c'est faire sa veille pro, ou encore c'est se faire remarquer par la communauté en devenant un contributeur au logiciel commun.
Karl On en arrive donc ici à un autre sujet qu'il va être intéressant de creuser avec Jason, celui de l'organisation de l'univers associatif du logiciel libre. Donc, ces logiciels qu'on peut modifier, transformer librement, comme je le disais, mais qui pour autant sont développés par des gens qui sont des professionnels, sur leur temps de travail. Et donc, puisque ces logiciels sont bien souvent eux-mêmes portés par des associations, ça va être intéressant de regarder quels sont les liens entre toutes ces associations, parce qu'en fait, ce n'est pas nécessairement la même qui porte le logiciel que celle qui accueille la communauté. On commence à comprendre que ça va être compliqué. Et donc, c'est de ça qu'on va parler avec Jason aujourd'hui. Et on est très heureux de t'accueillir pour ça. Rebonjour, Jason.
Jason Bonjour.
Karl Et on va passer à la carte d'identité de WordPress FR avec Yaël.
Yaël Merci beaucoup, Karl, pour cet édito. Et bonjour, Jason. Merci d'être avec nous. Et effectivement, ce qu'on te propose, c'est de commencer cet épisode par la carte d'identité. C'est un exercice qu'on propose à toutes les personnes, à toutes les structures qui passent au micro de Questions d'Asso, pour permettre un peu aux auditeurs et aux auditrices de vous replacer dans le grand paysage, le vaste paysage associatif. Alors, est-ce que tu es prêt ?
Jason Oui, salut Yaël.
Yaël Yes. Alors, première question assez simple. Est-ce que tu peux nous dire, Jason, qu'est-ce que vous faites à WordPress ?
Jason Alors, moi je suis le président de l'association WordPress francophone, donc WordPress FR, WordPress France. On va utiliser « francophone », histoire d'utiliser le même mot. Nous, on est l'association qui représente les utilisateurs de WordPress en France, principalement.
Jason On est une asso qui date de 2008, mais en fait sur une activité, à la base, qui était un forum web d'entraide à l'utilisation de WordPress – donc le logiciel WordPress, pour faire des sites internet – qui, lui, était un peu plus ancien, qui a été monté en 2006 environ. Donc l'asso est venue pour compléter, de façon assez classique, le besoin d'avoir un compte en banque pour payer un nom de domaine, un hébergement web, quelques trucs comme ça. Puis, assez rapidement, les premiers barcamps, meetups autour de WordPress, qui, eux, datent de 2003, donc qui étaient assez récents en fait quand l'asso a été montée.
Jason Voilà, globalement, ça c'est l'historique. Aujourd'hui, l'asso a beaucoup évolué, parce que depuis 2008, forcément, il y a eu pas mal de changements, déjà dans le logiciel, et aussi dans la structuration de la communauté, et puis de la contribution tout autour. Donc on en parlera sûrement après. Et aujourd'hui, on soutient les événements communautaires. Et nous, plus spécifiquement, on organise les journées de contribution qui se font avant chaque événement. Donc, dans notre écosystème, ça s'appelle les WordCamp, pour WordPress Camp. Donc, pour aider les gens à contribuer à ce logiciel, en fait, actuellement. En plus du site web qui existe toujours, du coup.
Yaël Si je peux te pousser à préciser : on est d'accord que vous n'organisez pas, pour autant, les événements WordPress en France ?
Jason Oui. En France, les événements officiels, les WordCamps – et les meetups aussi – sont organisés par des bénévoles en dehors de l'asso, directement avec la fondation américaine qui couvre, on va dire, la partie logistique. Mais c'est assez auto-organisé, on va dire, si on peut dire ça comme ça. C'est n'importe qui, dans sa ville, peut lancer un meetup et après, au bout de quelques années, faire un événement plus officiel. Nous, on soutient ça en faisant les journées de contribution spécifiquement, mais plus les événements directement. Ce qui était le cas des tout premiers à Paris, vers 2008-2010 : c'était encore l'asso. Et puis après, progressivement, c'en est sorti.
Yaël Ça me semble faire une bonne transition avec la deuxième question, qui est justement : comment vous êtes organisés ? Parce que là, alors, tu as parlé d'une fondation, tu as parlé de bénévoles autogérés tout seuls. Alors, est-ce que tu peux nous expliquer, déjà, du coup, WordPress francophone, combien vous êtes ? Comment s'organise la gouvernance et, du coup, les articulations avec les autres structures ?
Jason Pour l'asso en tant que telle en France, donc WordPress francophone, que je préside, c'est une asso assez classique. On a entre 50 et 100 membres selon les années. Alors, ça dépend un peu : est-ce qu'on a fait des campagnes de recrutement, ou est-ce qu'on était un peu trop occupés pour s'en charger ? En ce moment, c'est entre 50 et 60. C'est assez stable depuis quelques années.
Jason On est organisés de façon très classique, je pense. C'est-à-dire que chaque année, il y a une AG. Les membres qui ont leur adhésion à jour votent pendant l'AG pour les administrateurs et les administratrices qui seront membres du CA, qui à son tour se réunit et élit le bureau. Donc aujourd'hui, le bureau, on a fait un choix d'avoir que trois personnes : un président, un vice-président et une trésorière. Par contre, le CA, c'est 21 personnes depuis l'année dernière.
Yaël Ah oui, c'est la moitié de l'asso, en fait.
Jason Oui, c'est vrai. C'est entre la moitié et un tiers. Mais ça, c'est très récent, depuis l'année dernière. Donc moi, j'ai été élu président à ce moment-là. Et c'était un souhait de renouveler aussi cet organe, pour que l'asso se redéveloppe. Mais avant, sur les années précédentes, on était 6 ou 7 au CA. Et finalement, le CA se confondait avec le bureau. Finalement, les membres actifs du CA étaient le bureau. Enfin voilà, je pense que c'est un truc assez classique. Donc là, on est sur une redynamisation aussi de l'asso, qui explique qu'on est allés chercher beaucoup de monde pour rentrer au CA, pour apporter des expertises et puis des idées. Ce qui fonctionne assez bien pour l'instant. C'est assez récent aussi.
Yaël Et alors, vis-à-vis des autres organisations WordPress ?
Jason Oui. Alors, nous, la spécificité, c'est qu'on n'a pas de lien officiel. C'est plus un peu historique. C'est-à-dire que, pour refaire un peu en quelques dates : WordPress a été fondé en 2003. Pour les plus techniques d'entre nous, c'était un fork d'un logiciel qui existait déjà, qui s'appelait B2, qui était fait par un Français.
Karl Est-ce que tu peux préciser ce que c'est, un fork, pour les non-initiés ?
Jason Il y avait un Français qui s'appelait Michel Valdrighi, qui avait développé B2. Et comme c'était du code open source... Michel – alors que je ne connais pas directement, mais je vais l'appeler Michel quand même – il a arrêté, il me semble, d'utiliser ou de développer son logiciel. Et donc, comme c'est open source, ça a été repris et redéveloppé, pour continuer une sorte de filiation du code initial, qui a été forké, on dit. Donc il y a eu une continuité vers un nouveau logiciel qui s'appelait WordPress, après.
Jason Bon, ça, c'est un peu le côté ultra-historique, pour dire que finalement, WordPress, c'est un peu français. Mais ça n'a pas de lien directement. Mais bon, c'est un peu un petit moment franchouillard. Et après ça, en fait, WordPress a été développé notamment par Matt Mullenweg, un Américain, qui, lui, a aussi fondé une société, Automattic, qui utilise WordPress. Et Automattic, il utilise WordPress pour faire WordPress.com. Mais le projet open source, lui, c'est sur WordPress.org. Donc déjà, il y a cette dimension-là. C'est-à-dire qu'en gros, WordPress.com, c'est une plateforme de blog, à l'origine, pour n'importe qui. C'est le modèle SaaS du logiciel open source qui, lui, est sur WordPress.org, que n'importe qui peut télécharger pour créer son site.
Karl Peut-être, pour expliciter, pour celles et ceux qui ne sont pas dans le monde de l'informatique : ça sous-entend que WordPress, donc, c'est le logiciel, c'est un commun numérique que n'importe qui peut télécharger, modifier, réexploiter. Le fondateur de ce logiciel en a par ailleurs fait une entreprise, à côté du logiciel libre, qui, elle, propose, à qui veut bien payer, des services d'hébergement et de création de son site, sans avoir à mettre les mains dans le code.
Jason C'est ce qui a permis, aussi, de soutenir le développement de WordPress rapidement, pour permettre notamment à Matt, lui, d'en vivre, de continuer à développer ça, d'avoir des équipes, et donc de contribuer à son tour au logiciel. Et donc voilà, pour faire l'affiliation jusqu'à notre asso, qui nous concerne.
Jason Donc, 2003, c'est la création du logiciel, on va dire. 2006, c'est la création de la marque WordPress en tant que telle – avant, c'était juste le nom du projet, mais ce n'était pas déposé aux États-Unis, etc. Et nous, en 2008, il y a eu la création de l'association en France. Et en 2010, il y a eu la création de la fondation WordPress, qui a récupéré la marque, notamment, enfin en tout cas la propriété de la marque WordPress. Et la fondation, elle sert aussi de soutien logistique à l'organisation des événements WordPress dans le monde entier. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, si vous voulez monter un meetup ou un événement dans votre ville, c'est la fondation qui va gérer les budgets de ces événements-là, les assurances, les questions de propriété de marques, etc., alors que jusqu'à la création de la fondation WordPress, en gros, l'asso francophone gérait ça en France, notamment les premiers WordCamp à Paris, les premiers BarCamp, etc., de développeurs ou d'utilisateurs – d'ailleurs, il n'y avait pas forcément que des techniques. C'est assez nébuleux.
Jason On en a conscience, mais c'est aussi ce qui fait la richesse du projet, parce qu'il y a beaucoup de personnes qui contribuent. Et donc, il y a beaucoup d'organisations différentes. Et je ne parle même pas des entreprises, pour l'instant. Mais ce que ça veut dire, c'est aussi que finalement, dans cet écosystème, WordPress francophone est une des structures les moins connectées au reste de cette organisation, de cet écosystème.
Progressivement, en fait, l'asso, à l'origine, gérait aussi les traductions en français de WordPress, elle gérait les événements en français. C'était le site principal d'actualité autour de WordPress. Et progressivement, soit les personnes qui étaient dans l'asso et qui faisaient ça ont arrêté, et du coup les personnes qui ont continué après le faisaient en dehors de l'asso ; soit ce sont des choix qui ont été faits de ne plus faire ce genre d'activité, parce que derrière il fallait être membre de l'asso pour pouvoir contribuer à la traduction en français, ce qui n'avait pas forcément de sens. Et finalement, c'est WordPress.org qui est devenu le lieu de contribution générale.
Soit tout simplement, il y a des périodes où les personnes qui étaient dans l'asso étaient moins actives et du coup, au lieu de ne plus faire d'événements, les événements se sont autonomisés en dehors de l'asso, grâce à la fondation américaine qui portait le même programme dans tous les pays, dans le monde entier, pas qu'en France spécifiquement.
Il y a eu aussi une mise en cohérence des événements. Ce que je voulais dire par là, c'est qu'à la différence par exemple d'un autre modèle comme Wikimedia en France, qui est une asso française mais qui est un chapitre officiel de la Wikimedia Foundation – si je ne dis pas de bêtises, peut-être qu'un jour vous les interviewerez… En tout cas, eux, ils ont un rôle officiel par rapport à la Fondation américaine. Nous, WordPress francophone n'a plus de lien, parce qu'en fait il n'y en a plus besoin, et puis parce que c'est plus historique. Mais aujourd'hui, ce qu'on développe, c'est un complément de ce que fait la Fondation américaine, qui a plus une portée internationale.
Karl Merci beaucoup, Jason. Et puis je pense qu'on va y revenir, parce qu'effectivement, là, moi, j'ai plein de questions sur le volet bénévolat et contribution, je pense, au libre, ce qui va rentrer complètement dans le thème de l'épisode. Donc on va peut-être y revenir dans le cœur du déroulé. Mais peut-être avant ça, est-ce que tu peux nous dire comment vous êtes financés, et peut-être aussi juste avoir une idée un peu globale de votre enveloppe budgétaire ?
Jason En fait, les choses sont assez simples : on a vraiment un tout petit budget, de l'ordre de, je ne sais pas… on doit avoir des flux financiers sur nos comptes autour de 10 000 euros par an, entre les entrées et les sorties. Je pense que c'est dans ces eaux-là, pour donner une idée. Mais c'est un peu trompeur, pour deux choses. La première, c'est qu'on ne valorise pas du tout le bénévolat dans nos budgets pour le moment, même si, grâce aux épisodes de Questions d'Asso, j'ai appris plein de trucs et que j'aimerais bien qu'un jour on réussisse à faire ça. Mais ça demande beaucoup d'organisation et beaucoup de…
Karl Tu viendras nous en reparler ce jour-là.
Jason Et j'avoue que même chez nous, on ne le fait pas encore. C'est surtout que ça demande à chacun d'être responsable du suivi de son temps. Comme la plupart des gens qui sont dans l'asso sont soit des freelances, soit bossent en agence ou en entreprise, on le fait déjà dans notre entreprise, de pointer notre temps souvent. Du coup, je ne pense pas que… Enfin voilà, ce serait difficile aussi de demander à tout le monde de le faire. Bref, ça, c'est un premier sujet.
Mais en tout cas, peut-être pour les membres du CA, il faudrait réussir à faire, je ne sais pas, une règle de calcul, un truc même approximatif, pour pouvoir valoriser ça dans les budgets. Mais comme on ne demande pas de financement public, quelque part, ça ne nous est pas vraiment très… Ce serait plus un exercice de style, mais ça ne nous aiderait pas spécialement plus que ça. Ce n'est pas nécessaire.
Karl Ce budget, c'est plutôt des dons ?
Jason Ce budget, c'est les adhésions, parce que du coup, on est ouvert aux adhésions. Il n'y a quasiment pas de dons. Par contre, on a des dons en nature. Et ça, c'est le deuxième volet de notre financement. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, dans nos budgets, ne rentrent pas un certain nombre de dons en matériel. Par exemple, les serveurs de l'asso qui permettent d'héberger les sites. On a un serveur dédié qui coûte plusieurs milliers d'euros par an, je pense – je n'ai plus le chiffre en tête. Enfin, on a une belle architecture de serveurs. Et ça nous est gracieusement offert par The Switch, qui est un des partenaires avec qui on travaille, notamment.
Mais ça pourrait être aussi les journées de contribution. Tout le budget de défraiement qu'on fait maintenant – hôtels, déplacements, etc. – des bénévoles de l'asso, c'est totalement couvert par des entreprises qui sponsorisent du coup la journée. On a la chance, en plus, qu'ils ne nous demandent… s'ils m'écoutent, ils vont me demander des trucs maintenant, mais ils ne demandent quasiment aucun retour sur l'investissement, si on peut dire ça comme ça. Aucune contrepartie. Il n'y a pas de contrepartie, à part afficher leur logo et les introduire au début de la journée, ce qui est le minimum qu'on puisse faire pour les remercier. Ce qui, du coup, fait que c'est vraiment du mécénat et pas du sponsoring. Je pense que ça rentrerait plus dans du mécénat.
Et moi, j'aurais proposé de commencer à travailler à des chartes de partenariat aussi, pour qu'on s'engage sur des budgets pluriannuels. Aujourd'hui, je pense que le budget fait que ce n'est pas encore nécessaire de formaliser à ce point-là. Mais ce serait pas mal, en fait, même pour les valoriser, tout simplement. Donc on a un budget de fonctionnement sur fonds propres, parce qu'on a eu quelques années où il y avait moins d'activités, mais toujours des adhésions. Donc on a une sorte de trésor de guerre qui n'est pas non plus énorme, mais qui nous permet de pouvoir faire des investissements si on a besoin, de lancer de nouveaux programmes.
Et après, par contre, on va plutôt, nous, aller chercher des financements directement auprès des entreprises de l'écosystème, qui sont demandeuses, en plus, de lancer des choses. Aujourd'hui, à la différence d'autres assos, nous, on n'a pas de problème de financement. C'est plus un problème de temps pour lancer des choses et aller chercher les acteurs qui vont nous aider à financer ça. On est plus dans cette démarche-là, alors que souvent, c'est plutôt l'inverse : on a les programmes et on a besoin de financement pour les faire perdurer, j'ai l'impression. En tout cas, sur notre niveau, peut-être aussi. On n'est pas sur des budgets très importants.
Karl Merci beaucoup, Jason. Je pense que là, on peut justement rentrer dans le cœur du sujet, précisément par rapport à ce que tu viens de dire sur les financements. Parce qu'il me semble qu'une des questions – en tout cas que moi, j'ai envie de te poser – c'est précisément aussi de revenir sur le pourquoi de l'asso et, du coup, l'engagement : pourquoi les gens s'engagent dans cet asso ? Surtout que, si je ne me trompe pas – mais je connais un peu de loin cet écosystème des devs et pas que des devs –, il y a déjà une culture de contribution qui peut se faire hors du cadre associatif.
Jason En fait, c'est intéressant, parce qu'on a fait un week-end associatif pour préparer l'AG, et le fait qu'il y a un passage de flambeau entre le président précédent et moi. On a fait un week-end associatif avec l'idée de revoir complètement, enfin de définir en tout cas pourquoi l'asso, elle existe. Qu'est-ce qu'on veut faire ? Parce que, mine de rien, l'asso commençait à être un peu ancienne, avec des changements d'équipe assez réguliers. Et puis surtout, ce que j'expliquais au début : une évolution aussi de notre communauté, qui fait que les actions qu'on avait ont évolué, n'étaient plus nécessaires, ou en tout cas étaient peut-être à remettre en question, etc.
Et on a défini trois objectifs principaux pour l'asso. Le premier, c'était la transmission des valeurs de l'open source, l'engagement associatif, les relations humaines dans les événements, etc. Le fait de faire communauté, finalement : ça, on a défini que c'était quand même un grand pilier. Il y avait après le côté rayonnement, plus proche du logiciel en tant que tel. C'est-à-dire que, nous, notre but, c'est qu'on est convaincus que WordPress est un logiciel qui peut permettre aux gens d'être plus autonomes, de mettre des sites en ligne, de mettre leurs écrits en ligne, de diffuser de l'information, etc. Vu la période des fake news et compagnie, on trouve que c'est quand même une valeur qui n'est pas négligeable.
Et puis, il y a la facilitation plus générale, le soutien à la contribution, soutenir l'hébergement de projets locaux qui utilisent l'open source, WordPress en particulier, mais ça peut être d'autres choses qui sont liées. Donc ça, c'est un petit peu la mouvance dans laquelle on se place. Et à partir de là, on a fait d'autres ateliers, plus sur les cibles : définir les cibles, définir les prochaines actions, et puis un plan d'action associatif à partir de là, qui a commencé à être mis en place l'année dernière, donc c'est encore assez frais.
Parce que, ce que je n'ai pas dit peut-être en intro, et qui explique un peu pourquoi on en est là, c'est que moi, je suis le sixième président de l'asso depuis 2008. Et à part le premier président, qui était l'un des fondateurs entre 2008 et 2015, après, ça s'est quand même pas mal enchaîné. C'est-à-dire que les cinq autres, ça a été entre 2015 et aujourd'hui. Donc c'est deux ans par président, grosso modo. Je ne pense pas que ça ait été gravé dans le marbre, mais en fait, c'est l'habitude qui s'est mise en place. Peut-être aussi parce que deux ans de présidence…
Dans les faits, je crois qu'il y avait en général la question… Nous, on n'a pas de salariés, on n'est que des bénévoles aussi. Donc ça explique pourquoi… C'est-à-dire que, nous, on est président, directeur général, on fait la vision, on fait le planning, on fait beaucoup de choses.
Karl Et en même temps, du coup, là, ce que tu dis, c'est que c'est une routine qui a commencé à se mettre en place, mais ce n'est pas forcément…
Jason Oui… Oui… Oui, tout à fait. En fait, quand on s'est rendu compte de ça avec Eric, le président que moi je remplace, et Valérie, qui était la présidente avant Eric – qui sont encore tous les deux dans l'asso et actifs –, effectivement, on s'est rendu compte de ça. Et je pense qu'aucun de nous n'avait vraiment défini que c'était une règle tous les deux ans. Et quand ils m'ont proposé de prendre la suite, on s'est dit que deux ans, c'était pas mal, parce que tu commences à avoir… enfin, tu as le temps de mettre en place des actions, de les voir quand même aboutir.
Et si tu restes dans l'asso après, ça enrichit aussi l'asso, parce que les personnes qui ont l'expérience sont toujours là. Ce n'est pas une cassure à chaque fois. Il y a des gens qui ont disparu, des anciens présidents qui ne sont plus dans l'asso, mais qui ne sont pas loin, qui restent dans la communauté. Si on a besoin, on se voit encore sur les événements.
Je pense qu'il n'y a pas eu vraiment de grosses cassures, avec une équipe qui remplace vraiment celle d'avant avec un projet complètement différent, et puis les gens ne sont pas contents, et puis ils s'en vont. Nous, on n'a pas eu de scission comme ça. Si c'est le cas, je n'en ai pas connaissance, parce que c'était il y a longtemps.
Karl Mais en tout cas, ce que tu disais quand même tout à l'heure, c'est que c'est une asso qui s'est construite sur des activités qui aujourd'hui ne sont plus valables, et qui a eu cette logique de devoir se renouveler, de devoir se questionner sur qu'est-ce que vous apportez à la communauté WordPress.
Karl Et, de ce que j'en comprends, aujourd'hui, vous arrivez à percevoir ce que vous allez pouvoir précisément apporter, parce que vous avez aussi fait ce travail interne de requestionnement.
Jason Oui, et même on va… enfin, ça, je vais le dire, je pense pour la première fois de façon publique : ce n'est pas forcément encore fait, mais on va peut-être même boucler la boucle. C'est-à-dire qu'à l'origine, l'asso a été en partie créée pour lancer des événements, et aujourd'hui, on n'en fait plus directement, ou en tout cas de petits ; on organise une partie des événements, mais pas la totalité. Et aujourd'hui, on est en train de réfléchir à, pourquoi pas, de nouveau organiser des événements. Parce que finalement, c'est un temps fort, régulier, sur lequel on peut attirer du monde, des financeurs, des journalistes, et donc faire parler aussi de l'asso, même si après, on déploie d'autres programmes.
Il y a eu une sorte de période où on a laissé certains événements s'autonomiser. On n'a pas forcément eu le choix, parce que la fondation a pris le pas aussi là-dessus. Et eux, ils gèrent la marque WordPress, donc ils ont cette légitimité-là. Mais aussi, on a un peu lâché l'affaire. Et aujourd'hui, on est en train de se dire : ok, c'est très bien, il y a des événements autonomes ; peut-être que nous, on peut réfléchir à un autre type de format, pas pour être en concurrence, mais pour compléter finalement – comme Designers Éthiques avec Ethics by Design, mais aussi maintenant les journées de l'éco-conception, si je ne dis pas de bêtises. Ce ne sont pas forcément des choses qui rentrent en conflit l'une avec l'autre, mais qui se complètent. Donc nous, c'est un peu pareil, on réfléchit à ça.
Et il y a un truc : à l'origine, l'asso a été créée pour le site, qui était à la base un wiki, qui est devenu un forum. On est en 2025. Les forums, j'adore ça, j'en ai fait longtemps, mais aujourd'hui, on est tous sur des formats différents, que ce soit des Slack, des Mattermost, plutôt de l'instantané, même si on peut l'utiliser en asynchrone. Les forums à l'ancienne, c'est quand même beaucoup moins utilisé.
Karl Mais vous avez un Slack, pour autant, qui est assez gros.
Jason Il y a un Slack communautaire qui n'est pas directement géré par l'asso, mais c'est des gens de l'asso, notamment, qui sont de gros contributeurs, et sur lequel on a aussi un canal. Et après, on a un Slack interne pour notre organisation. Et nous, oui, on fait de l'open source et puis on est aussi sur Slack… Ça, il ne faut pas trop le dire. Mais en tout cas, on est plutôt acteur de plein d'initiatives, sans forcément les gérer nous-mêmes. On diffuse, et puis notre but, c'est que la communauté soit vivante. Ce n'est pas tant que ce soit nous qui le fassions. C'est peut-être ça qui est notre ADN le plus important. Et ce n'est peut-être pas très courant.
Jason J'ai raison, oui. En fait, nous, on a fait un… Après l'AG l'année dernière, où on a renouvelé le CA – en tout cas, on a élargi largement le CA –, et suite à quoi, moi, en première réunion de CA, le bureau a été élu, donc j'ai été élu président à ce moment-là, on a publié un communiqué pour expliquer notre vision de l'asso renouvelée. Et nous, on a expliqué à la communauté qu'on est un outil à leur disposition. Donc, si les gens de la communauté veulent rentrer dans l'asso et la faire vivre, tant mieux. Mais on n'est pas la communauté. C'est-à-dire que, même si, pour des gens qui sont moins au courant, des fois, ils confondent un peu différentes structures… mais nous, on reste… L'association WordPress francophone, WPFR, c'est l'outil de la communauté francophone. Donc, en fait, on deviendra ce que les gens veulent qu'on soit.
S'ils s'investissent pour qu'on refonde le forum et qu'on fasse une nouvelle interface, pourquoi pas ? Si on veut relancer de nouveaux événements, ça peut être ça. Si on veut aider… je ne sais pas… là, on réfléchit : il y a un WordCamp à Toulouse en mai, on réfléchit à financer la vélotypie de l'événement, pour qu'on puisse avoir, à la fois en termes d'accessibilité, mais même en termes de suivi des conférences et des vidéos qui seront enregistrées, un meilleur sous-titrage, un meilleur suivi. On peut financer ça.
Mais notre objectif, c'était plus de dire : nous, on ne veut pas forcément que toute l'énergie soit dans un événement ou dans un seul programme. Comme Designers Éthiques, on réfléchit à faire des bourses à la contribution, des choses comme ça : avoir des budgets qui soient sectorisés et vraiment dédiés à une sorte de chaire, ou aider un freelance à faire de la contribution de façon permanente, des choses comme ça. Mais ça, il faut que ça vienne aussi de la communauté ; pour ça, il faut que des gens s'investissent dans l'asso. Parce que la communauté n'a plus besoin de l'asso, elle pourrait vivre sans nous. Ça changerait des choses, mais ça ne ferait pas qu'il n'y ait plus de communauté en France.
Yaël Exactement. Je ne sais pas si on peut dire la même interprétation, mais en tout cas, à Designers Éthiques, c'est vrai qu'on a eu ce mouvement-là aussi, où on a même assumé l'idée que ce n'était pas à nous de nous occuper de cette communauté, et qu'on ne voulait pas être une asso communautaire – alors, communautaire au sens de « on développe une communauté ». Et donc, c'est aussi ce qui fait que, oui, on a toujours pris un peu de recul sur ce Slack qu'on administre et qui est l'espace qu'on a développé, mais où, en fait, on n'a jamais non plus cherché à l'animer, à y mettre des moyens, à se dire que c'était notre rôle de le faire.
Et ce que ça dit peut-être aussi – et c'est intéressant par rapport aux questions que vous vous posez aujourd'hui à WordPress FR –, c'est : qu'est-ce qui se passe quand la raison d'être d'une association ne colle pas exactement avec ce que les gens y font, ou plutôt y projettent, ou avec la manière dont ils s'en saisissent ? Comment est-ce qu'on réconcilie les deux, d'une certaine manière ?
Jason Par exemple, nous, on n'a pas d'incidence sur le développement de WordPress en tant que logiciel. On n'est pas comme Framasoft, par exemple, qui salarie les développeurs de PeerTube. Nous, notre but, c'est qu'en France, on développe des savoirs autour de WordPress : à quoi sert ce logiciel ? Pourquoi nous, on croit dur comme fer que c'est un logiciel émancipateur, avec ses limites ? Il y a un système économique aussi autour, mais en tout cas, potentiellement, n'importe qui aujourd'hui, avec des savoirs techniques limités, peut mettre un site en ligne. Et ça, c'est quand même un progrès par rapport à comment fonctionnait le web il y a vingt ans, où, sans connaissances techniques, c'était quand même un peu plus compliqué. Il n'y avait pas juste un zip à télécharger et à mettre sur un hébergement, et puis ça fonctionnait en quelques clics, et on pouvait publier ensuite des pages, des posts. Ça, c'est WordPress, Drupal, Joomla, TYPO3, quelques CMS comme ça qui ont popularisé ce fonctionnement-là. C'est open source. N'importe qui peut le réutiliser et en faire ce qu'il veut.
Nous, à la différence de… par exemple, je reprends mon exemple de Wikimedia – mais c'est peut-être un peu semblable, toute proportion gardée –, demain, si Wikimedia en France, l'association française, n'agit plus, Wikipédia en version française, ça fonctionnera toujours. Nous, c'est un peu pareil : le logiciel, il sera toujours là demain. Notre rôle, c'est de faire en sorte qu'en France, on parle de WordPress et que les gens s'en saisissent. Voilà, en gros, c'est ça, l'objectif.
Karl Et du coup, ça amène peut-être la question qu'on peut traiter maintenant, justement : celle de l'international. Et donc, si on résume, aujourd'hui, WordPress, c'est un logiciel libre – donc WordPress.org.
Jason Open source.
Karl Alors, ouais, donc logiciel libre, logiciel open source… C'est ce que j'allais dire : c'est peut-être le moment de clarifier un peu. Avant de parler de l'international, clarifions la différence entre le logiciel libre et le logiciel open source.
Jason Je ne suis pas forcément le mieux placé pour parler du libre, mais en tout cas, WordPress, c'est open source, parce que c'est une licence open source, la GPL. Donc, n'importe qui peut le réutiliser et en faire ce qu'il veut. Je ne suis pas un spécialiste des licences, mais, à mon sens, ce n'est pas un projet libre, parce qu'il y a une dimension économique qui est prégnante quand même. D'autant qu'en termes de gouvernance – sans entrer trop dans les détails –, ce n'est pas non plus si simple, surtout en ce moment, où il y a quand même des conflits d'intérêts qui sont en train d'être levés, qui sont assez importants. Pour moi, ce n'est pas un logiciel totalement libre. Après, on peut en vivre, on peut en faire ce qu'on veut. Et puis, après, on pourra en débattre.
Je pense que je ne suis pas forcément le mieux outillé pour vous expliquer la différence entre les deux et pour vous faire une analyse comparative. Mais, après, c'est surtout qu'en termes de philosophie, je ne suis pas sûr que WordPress et son écosystème s'intègrent dans le monde du libre comme peuvent l'être d'autres projets. Enfin, ouais, je ne sais pas.
Karl En tout cas, au-delà de cette question de savoir si c'est un logiciel open source ou un logiciel libre, dans tous les cas, effectivement, c'est un logiciel dont le code peut être utilisé, modifié, partagé, etc. Et, en fait, ce logiciel est américain. En tout cas, pas le nom de domaine – pardon –, mais la marque est américaine. Elle, si je ne dis pas de bêtises, est liée à la fondation WordPress, qui, d'une certaine manière, est la structure qui va récupérer les fonds générés par WordPress à travers le monde, ou en tout cas qui remontent vers cette structure-là. Et cette fondation va ensuite financer l'organisation des événements WordPress à travers le monde, même en France – alors que, pourtant, en France, précisément, il existe WordPress FR.
Jason C'est ça. En fait, la fondation américaine, pour plein de raisons historiques – ça ne s'est pas fait du jour au lendemain, mais de façon itérative, petit à petit – a pris le pas sur l'aspect logistique et financier, et même de responsabilité, quelque part. Parce qu'aujourd'hui, quand on organise un meet-up ou un WordCamp, ce n'est pas l'organisateur local qui est responsable, c'est la fondation américaine. On pourrait en débattre avec des juristes, mais en tout cas, d'un point de vue organisation, budget – non officiel – pour la location des salles, etc., ce n'est pas l'organisateur en France qui est responsable, c'est la fondation américaine.
Et donc, cet organisateur local, c'est qui ? Ça va être des bénévoles. Potentiellement, n'importe qui qui est un peu passionné par WordPress ou qui a envie de monter un groupe local – ce qu'on appelle, nous, les meet-ups. Ce n'est pas juste dans le monde de WordPress, je pense que c'est plus tech de façon générale ; c'est un anglicisme : un groupe local de support. N'importe qui peut le faire dans sa ville. Il y a, sur le site communautaire WordPress.org, un formulaire pour demander à être reconnu, et, en échange, on reçoit des goodies, un petit budget éventuellement pour louer une salle, des choses comme ça. Et au bout de quelques années, si le groupe local est assez organisé, il peut faire un WordCamp. Là, c'est deux estrades avec des orateurs qui viennent toute la journée, pendant un ou deux jours. C'est un format qui est assez classique.
L'avantage, c'est que ça se passe dans tous les pays du monde. C'est devenu cohérent, aussi. Jusqu'en 2010, c'était encore chaque pays, chaque communauté qui faisait un peu ses trucs à sa sauce. Et donc nous, en fait, on est un peu une anomalie, parce qu'on reste la seule association locale de pays qui existe, alors qu'avant, il y en avait en Italie, en Allemagne, etc. Et nous, peut-être par culture de l'association en France, peut-être par esprit franchouillard, parce qu'on ne voulait pas faire comme les autres, peut-être parce qu'on était plus organisés que d'autres – je ne sais pas –, l'association a perduré, alors qu'ailleurs, en fait, elles se sont dissoutes. Et c'est devenu un petit peu des pays dans lesquels les gens vont sur WordPress.org, la plateforme internationale, pour échanger, pour s'organiser. Ils n'ont plus forcément une structure juridique locale.
Yaël Et peut-être justement pour éclairer ça, est-ce que tu as une vision du profil des personnes qui participent à la communauté ? Parce que justement, là, en t'écoutant, je suis retombée sur une thèse de Gabriel Alcaraz – que j'ai toujours envie d'appeler David, donc je ne la trouvais pas, mais non, c'est bien Gabriel Alcaraz – qui a fait une thèse sur la sociologie des personnes qui contribuent. Alors lui, c'était au logiciel libre. Et si je me souviens bien de son intervention, ce qu'il montrait, c'est que – je vais dire un chiffre au pif, mais en gros – 80 à 90 % des personnes qui contribuent et sont actives dans l'univers des logiciels libres, ce sont des salariés d'entreprise dont c'est le métier à côté. Donc c'est une culture du bénévolat qui est quand même hyper particulière, parce qu'en fait, précisément, ce n'est pas du bénévolat : ça fait partie de ton taf d'enrichir et de contribuer à ce type de logiciel.
Ce qui me fait penser… parce que là, je pense à d'autres personnes qui ont organisé des espèces d'événements qui me semblent ressembler à ce dont tu parles, par exemple pour BigBlueButton, qui est aussi un logiciel libre de visio, où l'idée, c'est de rassembler des personnes, des utilisateurs, pour se dire : tiens, comment est-ce qu'on peut contribuer ensemble pour améliorer le logiciel ? Là, j'ai l'impression, dans ce que tu dis, qu'on est peut-être sur d'autres profils et sur d'autres objectifs de rassemblement. Mais peut-être que je me trompe, si tu peux juste clarifier.
Karl Il faudrait qu'on fasse une matrice de réseau, comme les Designers Éthiques ont fait.
Jason C'est un peu compliqué dans notre cas, parce qu'en fait il y a plusieurs cercles. Il y a la communauté au sens large – enfin, plutôt, on peut parler d'écosystème – c'est-à-dire toutes les personnes qui ont, de près ou de loin, une utilisation de WordPress, que ce soit au boulot, dans leurs études ou pour un hobby. De près ou de loin, ils utilisent un site qui est motorisé par WordPress. Là, on a tout type de profil.
Mais nous, on a organisé ça en trois catégories. Il y a déjà tous les professionnels dont l'activité est tout ou partie liée à WordPress. Moi, par exemple, dans mon métier, je travaille en agence web. Notre agence ne fait que des sites avec WordPress. On bosse à 100 %, c'est notre gagne-pain. Si demain WordPress ne fonctionne plus, n'évolue plus, l'agence, potentiellement, elle coule. On ne fait que ça. Et dans l'agence, il y a des designers, il y a des UX, il y a des graphistes, il y a des développeurs, il y a des webmasters, il y a des chefs de projet, moi je suis chargé d'affaires. Il y a vraiment des métiers complètement différents.
Il y a des gens qui vivent comme moi à 100 % avec WordPress et il y en a d'autres pour qui c'est une partie de leur activité. Ils font des sites internet, qu'ils soient en agence, en freelance ou en ESN, etc. Un coup ils vont utiliser Drupal, parce que le projet s'y prête mieux ; un coup ils vont utiliser, je ne sais pas, Eleventy, parce que c'est un site statique qu'ils vont faire ; un coup ça va être du WordPress. Ça va varier. Mais ils vont quand même avoir une part significative de leur activité liée à l'utilisation de WordPress, parce qu'ils vont faire de la formation, parce que quand ils vont faire des maquettes, ils ne vont pas les faire de la même façon pour WordPress que pour d'autres logiciels, etc. Donc il y a quand même une expertise qui est liée à l'utilisation de ce moteur de site.
Là-dedans, on a les éditeurs de solutions aussi. Ça peut être des hébergeurs, ça peut être des gens qui font du produit, il y a les formateurs, il y a les écoles, il peut y avoir tous les socio-pros qui se rapprochent de près ou de loin de WordPress. Après, on va avoir les utilisateurs finaux : ça peut être les particuliers, les gens en entreprise qui ne créent pas des sites mais qui les utilisent.
Yaël Et tu penses qu'ils font partie de ta communauté ?
Jason Eux, c'est plus compliqué, déjà, parce qu'ils n'ont pas forcément un sentiment d'appartenance à la communauté. Et pourtant, c'est eux qu'il faudrait qu'on cible beaucoup plus, parce que, finalement, ce sont les décideurs qui font que, derrière, toute la chaîne d'experts peut vivre de ce logiciel. C'est eux, les décideurs, qui ont les budgets, qui vont demander des sites internet et les faire construire ou les faire maintenir.
Et après, nous, on a une troisième catégorie, qui est plus les contributeurs et contributrices au sens large, qui sont souvent issus des deux autres groupes. Moi, à la base, je suis chef de projet en agence. Je me suis spécialisé petit à petit sur WordPress. J'ai trouvé le logiciel fun, cool, ça m'a éclaté, et je suis rentré dans l'asso. Et puis j'ai commencé à contribuer : j'ai fait des événements, des conférences, etc. J'ai contribué à la traduction, au cœur, au développement. Alors, à ma petite échelle. Mais on ne commence pas par être contributeur dès le départ : d'abord on est utilisateur, et après on se dit : OK, j'aimerais bien que ce logiciel s'adapte à mon besoin. Parce que, par exemple, au début, il n'était développé qu'en anglais, il n'y avait pas de traduction en français. Et puis il y a des gens en France qui se sont dit : non, mais pour le vendre au service public, il faut que ce soit traduit en français ; ou tout simplement en termes d'accessibilité, d'utilisation. Si c'est en anglais, déjà, on perd une partie des utilisateurs potentiels. Et donc il y a les traducteurs, les développeurs, les graphistes. Après, il peut y avoir tous les métiers, toutes les compétences liées au web.
Mais aujourd'hui, toucher les contributeurs, c'est facile, parce qu'on se connaît. Les gens qui sont vraiment engagés dans la contribution, on se connaît tous, à peu de choses près ; en tout cas, on va se rencontrer, parce que souvent, ce sont les gens qui sont actifs et qui vont sur les événements. Toucher les pros, déjà, c'est plus compliqué, parce qu'il y a ceux qui mettent WordPress en avant et ceux qui l'utilisent comme n'importe quel outil dans leur palette d'outils – et il n'y a pas de jugement, c'est très bien. Mais ils n'ont pas forcément la fibre WordPress, ils ne voient pas forcément le côté philosophique derrière, celui de l'open source. Pas tous, en tout cas. Par contre, toucher les particuliers et les étudiants, là, ça devient chaud, parce qu'on est loin de leurs préoccupations, potentiellement. Parce que nous, on n'est pas une asso de recherche-action, on n'est pas dans ce monde-là de la recherche et des écoles. On est plus du monde des freelances ou des agences, donc on n'est pas trop connecté. Et ça, c'est un peu les choses sur lesquelles ce serait bien qu'on travaille, pour éviter que des solutions propriétaires viennent être enseignées dans les écoles. Et je ne dis pas que c'est WordPress qu'il faut mettre en avant, mais on discute aussi beaucoup avec les assos de Drupal et Joomla en France, par exemple, ou TYPO3, parce qu'on a un peu les mêmes types d'organisations. Ou avec l'AFUP, qui est l'asso des professionnels de PHP, par exemple, donc plus développement. Mais on a un peu tous ce problème-là : les gens en école sont un peu moins imprégnés des technologies web ouvertes. C'est aussi stratégique d'un point de vue rayonnement – comme je disais que c'était un des piliers – d'aller expliquer l'intérêt de ces technos, qui ne sont pas toujours les plus modernes ou les dernières sorties, donc pas forcément celles qui attirent le plus à la sortie de l'école. Et pour autant, elles sont matures, et il y a des raisons pour ça.
Karl Oui, je voulais juste revenir, parce que tout à l'heure tu disais que vous aviez un peu augmenté votre CA en passant à 21 personnes. Et du coup, je me demandais s'il y avait une logique, une articulation, justement, entre cette ouverture du CA et peut-être aussi les profils de personnes que vous avez ciblées dans les socio-pros. Est-ce qu'il y avait une stratégie derrière et ce que tu es en train de dire sur comment se rapprocher de ce que tu as appelé le public final, les utilisateurs finaux ? Ou est-ce que ce n'était pas du tout mis en place dans cette logique ?
Jason Je pense que je vois où tu veux en venir. On n'a pas de collège par utilisateur, si c'est ça que tu avais en tête. En fait, l'ouverture du CA, ça s'est fait pendant le week-end de réflexion l'année dernière. On s'est dit : là, on est 7 ; sur les 7, on est 3-4 vraiment actifs, et finalement, l'asso, ça tourne uniquement là-dessus, sur ces quelques personnes. Et de façon très spontanée – ou, peut-être, j'étais un peu dans la provoc – j'ai dit : on n'a qu'à faire x3. Et donc 7 x 3, jusque-là, c'est bon. On n'était pas beaucoup à ce week-end d'hiver – on était 3-4, je crois – mais c'était suffisant pour agréger tous les mécontentements et toutes les frustrations de ces dernières années, qu'on avait listés avant avec d'autres membres de l'asso. Et puis de se dire : OK. On n'était que 3-4 aussi parce qu'on n'avait pas pu forcément tous se libérer.
Et… qu'est-ce qu'on fait ? J'ai perdu le fil de ma pensée, mais ce que je voulais dire, c'est qu'à partir de là – pourquoi 21 ? Parce qu'en fait, on s'est dit : OK, si on veut faire tous ces nouveaux trucs qui nous frustrent depuis ces deux petites années, redéfinir la structure, où on veut aller, la vision, etc., il va falloir plus de monde pour faire plus d'actions et pour avoir peut-être plus d'utilité aussi. Et tout simplement, on a pris notre téléphone, on a appelé les collègues, les copains, les gens qui gravitent autour de nous depuis trop longtemps et qui nous disent : « Ah, ce serait bien, comment je peux t'aider ? » Et puis nous, on ne savait pas, parce qu'on n'avait pas trop défini la vision. On voulait d'abord avoir la vision avant de dire aux gens : « Venez nous aider. » Et puis, du coup, là, on s'est dit : bon, OK, on appelle. Et on a réussi à réunir une vingtaine de personnes.
On avait aussi dans l'idée, parce qu'on est dans le monde de la tech et que, malheureusement, en termes d'égalité, on n'est pas bons, de faire émerger de nouveaux profils dans l'asso. Alors, il n'y a pas une stratégie très aboutie, mais bon : on est passé de sept membres du CA… on est passé d'une ou deux femmes à 3 ou 4 sur 21. Donc le ratio n'est toujours pas bon, mais ça fait toujours plus de personnes. Sur les profils différents, c'est une itération ; le but, c'est que ça s'améliore et de montrer l'exemple. Même si, au final, c'est un président à nouveau – mais ça, après, ça va évoluer, normalement. La gouvernance partagée, on n'y est pas encore, mais ça viendra à l'avenir, un jour ou l'autre. En tout cas, petit à petit, essayer de ne plus rester dans un petit cercle, toujours un peu les mêmes personnes qui se connaissent trop bien – et du coup, ça empêche aussi les gens de rentrer. Et puis là, il nous fallait du sang neuf et montrer que, d'un coup, on faisait x3 sur le CA. Ça montrait qu'il y avait une stratégie d'ouverture et qu'a priori, s'il y a 20 personnes qui ont pu rentrer, après, ce sera plus facile de renouveler aussi. Ce n'est pas plus abouti que ça comme approche. Il fallait lancer quelque chose de nouveau ; en tout cas, c'était déjà une première…
Karl Est-ce que vous observez, justement, que ça fonctionne ? Au sens : est-ce que ces nouvelles personnes dans le CA s'investissent dans l'association de manière à y mener de nouveaux projets ?
Jason Je dirais que ça dépend un peu des profils, parce qu'on a vraiment… Avant, c'était plutôt un petit groupe d'initiés, on va dire, qui étaient dans le CA. Des gens qui avaient une légitimité, qui étaient contributeurs, qui étaient connus, ou qui s'étaient motivés pour rentrer.
Jason Là, on a fait rentrer aussi quelques personnes qui avaient, dès le départ, dit : « Attention, moi, en termes de temps, en termes d'énergie, je suis limité. Par contre, sur telle expertise, si tu as des questions, je suis là. » Et ça, c'était vachement précieux aussi dans ma prise de présidence. Je ne sais pas si on peut dire ça comme ça.
Karl Prise de poste.
Jason Prise de poste, oui. Ce n'est pas un poste non plus, mais ça fait trop de travail. Mais il y a un peu de ça, c'était… On avait besoin de s'entourer de personnes qui nous apportaient de nouvelles choses. On avait quelqu'un qui était à ce moment-là président d'une grosse ONG, donc assez loin de notre métier, mais par contre en termes de structuration, potentiellement de professionnalisation progressive de l'asso, il pouvait nous apporter des choses. Des personnes qui travaillent au quotidien dans des contextes un peu différents des nôtres, pas juste en agence ou freelance, mais avec des contacts différents, où il y a des communautés différentes, pour essayer d'ouvrir aussi l'asso et de lancer de nouveaux programmes. En tout cas, c'est la vision, après la pratique est toujours un peu différente.
Je dirais qu'en termes de ratio, peut-être que le ratio d'actifs est toujours le même qu'avant, sauf que comme avant c'était 3 personnes sur 7, maintenant on est 21, donc il y a 10 actifs. Le but, c'était de recréer un noyau aussi dur qui soit actif et qui ait un rôle d'administrateur, donc une légitimité aussi pour s'approprier l'asso et donc bouger les 50 autres adhérents qui, eux, sont parfois juste adhérents pour filer quelques dizaines d'euros à l'asso chaque année et nous soutenir. Et ça, c'est très bien. Et d'autres, il faut les motiver pour qu'ils deviennent actifs, il faut les convertir pour qu'ils s'investissent. Et comme on a beaucoup de réseaux, les gens autour de nous, ils sont là. C'est juste qu'on ne leur avait jamais vraiment demandé de s'investir.
Et c'est ça qui était finalement le côté le plus original de cette démarche, qui n'est pas très complexe non plus. Mais c'était de se dire, à chaque fois qu'on a contacté quelqu'un, pour dire : « Tiens, tu ne veux pas, cette année ? On a l'AG qui arrive. Viens au CA parce que tu es investi dans notre communauté au sens large. Tu as des choses à dire. Peut-être que tu organises déjà ta communauté locale à Toulouse ou à Paris ou autre. Pourquoi tu n'es pas dans l'asso quelque part ? » Et puis, à chaque fois, on nous a dit : oui, carrément. Mais en fait, personne ne m'avait jamais proposé, ou je ne savais pas que c'était possible, et qu'est-ce que je pourrais faire ? Ce n'est pas grave, viens, on verra. Et puis déjà, ça lance un peu une démarche où il y a plus de monde.
Karl Alors, ça fait peut-être la transition, justement, sur le fait que toi, tu aies pris la présidence de l'association. Comment est-ce que toi, tu en es arrivé là, peut-être, déjà ? Et puis, c'était quoi les challenges, les défis – je ne sais pas comment il faut le dire – que tu as rencontrés ? Est-ce qu'il y a eu des points de tension, à la fois organisationnels et pratiques en particulier ?
Jason Moi, je suis membre de l'asso officiellement depuis 2020. Je ne sais plus, ça devait être la période du Covid ou un truc comme ça. Je m'embêtais et du coup, je suis rentré dans l'asso. Ou alors, j'avais plus de temps et du coup, je ne sais pas. J'ai juste pris une adhésion pendant quelques années, de soutien. Vraiment, juste je payais mon adhésion. Et voilà, je ne m'étais pas plus posé de questions que ça. Et en fait, j'ai fait la démarche de me pointer et de venir. Et du coup, comme il n'y avait pas grand monde au CA, j'ai été élu au CA. Et en fait, je me suis fait embrigader. Enfin, je le voulais bien. Et comme en plus, j'ai eu le malheur de dire que j'aimais bien faire des CR, parce que mon métier, c'était d'être chef de projet encore récemment. Donc, les CR, ça fait partie de ma formation, je n'ai pas le choix, de toute façon. Du coup, j'ai été élu secrétaire. Donc, en fait, je me suis pointé comme ça en disant : « Coucou, je suis là. » Et en fait, du jour au lendemain, j'ai été au CA et secrétaire. Et donc, comme quoi, ça peut vite changer aussi.
Je dis ça, mais je ne l'ai pas subi. Ça m'a surpris, mais en même temps, c'est intéressant, parce que vu de l'extérieur, souvent les assos, elles ont l'air organisées, actives, etc., et finalement quand on s'intéresse aux organes de décision et qu'on vient aux réunions, on se dit : mais comment vous réussissez à faire tout ça, alors que finalement on a l'impression que c'est peut-être pas le bordel, mais des fois c'est pas aussi… c'est peut-être pas aussi professionnel dans l'approche qu'on l'imagine, parce que nous, on voit le résultat final d'un événement ou d'un truc, voilà, qu'on voit de loin, quoi. Et quand on s'intéresse et qu'on vient dans des réunions d'AG, qui sont ouvertes dans la plupart des assos… Même moi, je viens d'envoyer la convocation de la prochaine AG et je mets : si vous n'êtes pas membre de l'asso, vous avez le droit de venir, juste vous n'aurez pas le droit de parler, vous n'aurez pas le droit de voter, mais n'importe qui a le droit de venir, c'est ouvert.
Karl On voit ça avec Yaël, elle adore aller à des AG d'assos dont elle n'est pas membre.
Jason C'est vrai qu'ils en ont fait pas mal. Mais c'est intéressant. Et finalement, c'est là où je me suis dit : mais OK, je vais essayer de filer un coup de main. Et puis, finalement, de fil en aiguille, après 2-3 ans, je crois 3 ans de secrétariat… Eh bien, assez naturellement, Valérie, qui avait été présidente et qui était vice-présidente à ce moment-là, Éric, qui était président, qui voulait passer la main parce que professionnellement il avait des engagements. Et puis même, ça faisait à peu près 2-3 ans – je ne sais plus exactement, je n'ai plus les dates en tête, mais grosso modo – j'avais été dans son équipe. Et donc, ils m'ont dit tous les deux : écoute, toi, tu es actif, tu as l'air d'en vouloir, tu as des idées, tu nous challenges sur pas mal de trucs. Et je pense qu'ils se sont dit : bon, vas-y, on va lui filer la présidence, et puis il verra que ce n'est pas si simple. Je pense qu'il y avait un petit côté à la fois de : c'est cool, on a quelqu'un qui prend naturellement le relais, et en même temps un petit côté de : vas-y, confronte-toi à la réalité de la présidence, et puis tu verras que peut-être ce que tu nous remontes, c'est pas si simple à mettre en place.
Karl Alors ? Un an après ?
Jason Et donc là, un an après, on a… ouais, on a… je veux pas dire qu'on a révolutionné l'approche, mais on a quand même mis en place pas mal de choses. Le fait qu'Éric et Valérie, en particulier, restent dans l'asso et du coup décident de prendre le lead sur un groupe de travail, justement événementiel, fait aussi que ça a aidé à structurer. En fait, ça s'est bien complété. Même si, au début, toujours un peu les petites tensions entre ancien président et nouveau président sur : ok, tu devrais faire comme ci, comme ça, et puis toi, t'es nouveau, t'as pas forcément envie qu'on te dise comment tu dois faire dans ton nouveau poste. Mais finalement, ça s'est fait sans trop d'accroc, il y a eu assez peu de problèmes. Après, comme on a pas mal de groupes de travail, finalement… Non, c'était plus sur le côté administratif que ça a été relou.
On parlait de la banque tout à l'heure, vite fait : le plus gros cauchemar que j'ai rencontré cette année, avec ma trésorière Marjorie, c'est de récupérer des accès, de changer… Donc, c'était Éric, qui était président, qui avait eu les accès à la banque. Notre trésorier historique avait quitté l'équipe il y a deux ans à peu près. Du coup, Marjorie était devenue trésorière, mais un peu par intérim – elle était vice-trésorière – et puis finalement, c'est elle qui a hérité du poste. Et puis, le temps que ça s'officialise un peu, qu'on contacte l'agence, qui était loin dans un autre département – là où il y avait un ancien ancien président, c'était en fait sa banque, sûrement à lui, donc il avait mis le compte de l'asso à cet endroit-là – donc nous, on n'avait plus trop de relations avec la banque. Donc, le temps qu'ils me disent : mais vous êtes qui ? Et qu'on envoie un paquet de papiers impressionnants par la poste… Enfin, un truc…
Yaël Pour des gars de la tech, ça vous rassure ?
Jason Non, mais moi, je n'ai jamais envoyé de dossier papier par la poste. C'est pas… Dans ma vie, ça ne m'est jamais arrivé. Même pour mon emprunt maison, on a tout signé électroniquement. Eux, il fallait qu'on envoie des copies de cartes d'identité par la poste, à l'agence, dans les Landes. Alors que nous, on est aux quatre coins de la France. Donc, il fallait que je centralise, que les copains m'envoient des trucs, tous leurs documents, que moi, après, j'imprime, que je mette dans une enveloppe et que je l'envoie. Ça paraît bête dit comme ça, mais moi, je ne comprenais pas. En fait, c'était pas… Oui, en plus, je bosse dans le web.
Et donc, ça fait un an et on n'a toujours pas changé de banque. C'est de la volonté, quand même. En fait, on aimerait bien les quitter. Sauf que les néobanques et compagnie, auxquelles on est plus habitués, il n'y a pas de livret. Livret A. Notamment de livret A pour mettre nos sous. Donc, ils ouvrent des comptes chèques, ça, il n'y a pas de problème – enfin, les comptes courants – par contre, les livrets, c'est mort. Ou alors, c'est sous les conditions de livret professionnel, qui coûte une blinde. Ou alors, les cartes bleues coûtent 50 balles le mois. Alors que nous, encore une fois, on a des flux de 10 000 euros par an, ce n'est pas si impressionnant que ça. Donc, une partie, c'est des remboursements par des sociétés qui nous remboursent des frais que nous, on a engagés pour des événements, par exemple. Enfin, ça fait vraiment… En CB, on ne l'utilise même pas tous les mois, par exemple. Donc, payer 50 balles par mois pour une CB, c'était un peu délirant.
Et on a essayé des banques plus… Pardon, après, je te laisse, Yaël. Mais on a essayé des banques plus traditionnelles. Je ne veux pas forcément les citer, parce que c'était peut-être juste la personne qu'on a eue, c'est pas forcément la banque le problème. Et ça a été… c'est pareil, pour changer de banque en tant qu'asso, il fallait réexpliquer qui on est, envoyer… c'était pire que les déclarations à la préfecture pour changement de président, qui sont déjà pas simples, surtout quand on n'a pas l'habitude de le faire, parce que nous, on n'est pas des pros. Mais… Du coup, on a abandonné pour l'instant. Pour l'instant, on a mis en sommeil. On a dit : on laisse passer l'AG. Puis après, on fera une lettre à la trésorière en disant : maintenant, tu t'en charges et je ne veux plus en entendre parler, tu me diras quand c'est fait. Du moment que c'est à peu près la même chose.
Yaël Une lettre que tu enverras par la poste.
Jason Oui, non, nous, ça va.
Yaël En recommandé.
Jason Oui, mais c'est ça. En plus, c'est des frais. C'est pas grand-chose, mais il faut du temps.
Yaël J'ai découvert que tu pouvais demander à la poste de t'imprimer les documents PDF que tu as.
Jason Oui, c'est ça. Tu peux aller sur leur site, leur faire imprimer et leur demander de l'envoyer à ta place.
Karl Je vais dire : effectivement, la banque, je pense qu'il faudra qu'on fasse un épisode dessus. Et c'est vrai que, pour les questions de passation, là, moi, je l'ai fait il y a un an aussi. Et c'était assez impressionnant, mine de rien, parce qu'on est venu à 5. Nous, on a pu se déplacer puisque c'était à Paris, donc c'était plus simple. Et tout le monde était à Paris, donc il n'y avait pas ce côté, comme toi, complètement éclaté en France…
Yaël …pour signer officiellement la passation et la clôture de la caisse de l'ancienne équipe, etc. D'ailleurs, ce qui était un peu bizarre, c'est que moi, je n'ai servi à rien pendant toute la réunion. C'est à peine si la personne m'a regardée. J'étais là, genre : « OK, ce n'est pas grave. » Alors que j'étais bien sûr l'ancienne trésorière pendant quand même plus de six ans. Mais bon, c'était visiblement…
Karl Non, mais je faisais juste la parenthèse pour dire quand même que vous avez fait le choix de garder une CB, parce qu'on n'est pas du tout obligé. Et d'ailleurs, je pense qu'il faudra qu'on fasse un épisode, parce que là, j'ai une association qui s'est créée il n'y a pas très longtemps et où la banque voulait absolument leur faire payer, je crois, plus de 10 euros par mois. Alors qu'en fait, on peut tout à fait créer une asso gratuitement. Sans carte bleue, sans rien, comme tu dis, juste un compte chèque avec une carte de dépôt et normalement sans frais associés. Donc, prochain épisode à faire.
Jason Nous, c'est un choix – en deux secondes là-dessus, sur la CB. C'est un choix pratique et pour ne pas faire peser les dépenses sur les épaules des adhérents. C'est-à-dire qu'il y a certaines dépenses où on pourrait dire à l'adhérent : « OK, tu payes, après on te rembourse sur une note de frais. » Sauf que quand c'est des choses qui vont dépasser quelques centaines d'euros, au-delà même de l'aspect organisationnel, en termes d'approche, je trouve que ça ne se fait pas. Si c'est des frais de fonctionnement, c'est à l'asso de les payer elle-même.
Et nous, dans le cadre de notre activité quand même liée au web, on a des achats de licences, de logiciels. De toute façon, il y a des choses… Zoom, par exemple, ou je ne sais pas, je n'ai pas forcément d'autres exemples en tête. Slack, c'est différent parce qu'on ne le paye pas : en tant qu'asso, on a une dérogation. Par contre, Zoom, qui est notre logiciel de visio, par exemple, tu ne peux pas ne pas payer par CB. Il n'y a pas le choix. À moins d'avoir vraiment un volume important, ou peut-être d'avoir des paiements par…
Yaël Souvent, tu peux demander par virement. Moi, je sais qu'on l'a beaucoup fait. Pour des petits…
Jason De toute façon, pour des logiciels à l'étranger, en dehors de l'Europe, déjà, ça va être des paiements en dollars. Donc, une CB, de toute façon, on va se prendre des frais dessus. Donc, il n'y a pas trop d'autres choix. Et puis, des virements internationaux, dans tous les cas, ça va coûter quelque chose. Donc une CB, ça reste le plus pratique. Après nous, dans notre cas, comme on fait des virements aussi à la fondation, quand on fait du sponsoring d'événements locaux… la fondation est aux États-Unis, en dollars. Donc déjà, notre petite agence dans les Landes… quand je leur ai dit qu'on est une asso…
Karl Nous, on a la spécificité d'avoir notre siège à Paris, parce qu'on est, comme n'importe qui, dans une société d'immatriculation… enfin, de domiciliation, pardon. On a une boîte aux lettres qui m'envoie ensuite un PDF scanné du peu de lettres qu'on reçoit. Et déjà, on leur disait : moi, j'habite à Cognac, en Charente ; l'asso, son siège est à Paris ; la trésorière, elle est à Tours. Déjà, quand j'ai appelé la banque pour leur expliquer ça, ils m'ont dit : « Mais là, c'est trop louche, son affaire, c'est trop bizarre. » Et donc ça fait un an… et puis on procrastine le changement, et puis on n'a pas eu trop envie de s'en occuper.
On a essayé avec une ou deux banques, et puis ça avait l'air d'être super compliqué. Alors déjà, moi, je ne le savais pas, mais ce n'est pas comme pour les particuliers : il n'y a pas le portage de comptes vers une autre banque. Ça n'existe pas pour les pros et pour les assos. Alors que ça, c'est quand même un super système, à titre personnel, pour changer de banque : c'est eux qui font les démarches de clôture et puis de changement des virements, etc. Ça se fait très facilement. Pour une asso, ce n'est pas du tout le cas. Donc il fallait un dossier super épais, avec tout un tas d'informations, de l'historique et compagnie, de pourquoi et comment on fait nos dépenses. Alors que nous, on a un tout petit budget. J'imagine que pour des grosses assos, ça doit être l'enfer.
Yaël Pour le coup, les grandes assos peuvent avoir les moyens d'avoir des comptes pro, et donc des néobanques, et donc tout ce qui va avec en termes de simplification des procédures. Puis nous, on n'a pas d'experts-comptables qui nous conseillent, peut-être. Ça, c'est peut-être ce qui change à un moment. Il paraît qu'à Paris, il y a une agence de je ne sais plus quelle banque qui est spécialisée dans les assos et qui n'a que des assos. On s'était dit qu'il fallait qu'on aille la voir à un moment. Nous, on avait contacté le Crédit Coopératif, par exemple, qui a quand même pignon sur rue et qui dit qu'il bosse beaucoup avec l'ESS. Leur process n'était pas du tout informatisé, donc ça nous avait un peu fait fuir. Peut-être aussi que c'est nos attentes qui sont irréalistes, et que des banques digitalisées pour les assos, ça n'existe pas encore. Donc il y aura peut-être des gens qui nous écouteront et qui lanceront leur startup ou leur néobanque pour assos. Ce serait pas mal.
Karl Oui, parce qu'effectivement, aujourd'hui, quand tu es une asso, dans les faits, tu dois soit… Tu ne veux pas payer trop cher pour des frais bancaires, et donc tu te restreins aux banques traditionnelles, qui vont avoir notamment des comptes chèques gratuits, voire même avec carte bancaire parfois gratuite pour la plupart, mais qui sont sur des process extrêmement old school. Et sinon, l'alternative, c'est effectivement les comptes pros d'entreprises, qui sont beaucoup plus chers, mais qui vont offrir une grande souplesse. Et c'est vrai que l'entre-deux, il est quasi inexistant. En tout cas, il n'y a pas de forfait association dans les néobanques, à notre connaissance.
Jason Oui, et dans les deux cas, ce n'est pas des spécialistes du monde de l'ESS ou des assos. Et c'est quand même… Moi, ça ne me dérangerait pas… Je fais peut-être ma liste au Père Noël, mais…
Yaël Faisons ta liste au Père Noël !
Jason Ça ne me dérangerait pas de payer un service – comment dire – à un prix qui est peut-être un peu plus élevé. Mais dans la phase où j'ai un besoin… et quand on parle de banque, c'est quand tu as un besoin ; en général, ce n'est pas dans six mois : tu as un besoin de trésorerie, tu as un besoin de lancer un événement, d'avoir une avance, ou des choses comme ça. Ça ne me dérangerait pas de payer un peu plus cher si, derrière, au moins, le service est correct. Je n'attends pas non plus, d'une banque pour une asso qui a 10 000 euros de flux, d'avoir une appli ultra moderne ; mais un minimum, pour qu'on soit autonome. Et puis, derrière, peut-être quand même d'avoir des gens en face – peut-être un conseiller tournant, mais au moins, quand tu as besoin, tu as un conseiller qui peut te dépanner.
Karl Voilà, c'est ça. La liste est dressée. Maintenant, si des banques ou des entrepreneurs nous écoutent : vous êtes bien, nous, on changera de banque. Voilà. Mais ce sera le projet pour cette année, il va falloir qu'on s'y mette. Je vois que ça fait 1 h 15 qu'on parle. On va peut-être pouvoir s'arrêter là.
Jason Si, peut-être un tout petit peu… un petit complément sur la contribution en tant que salarié. Parce qu'il y a juste un truc que je peux dire à ce sujet-là : c'est que nous, dans notre communauté, il y a un truc international lié à WordPress qui s'appelle « 5 pour le futur ». C'est en fait l'idée – et ça se rapproche des communs, de l'open source et du libre, etc. – et je pense que ça peut être intéressant pour pas mal de monde.
Avec toutes les limites qu'on peut trouver au système, ça a été un petit peu, comment dire, conceptualisé : pour que le logiciel WordPress perdure, il faudrait que chaque acteur qui fait partie de l'écosystème redonne 5 % de son chiffre d'affaires, de son temps, de sa compétence à la communauté. Si tu es développeur, ça peut être 5 % de ton temps pour développer le logiciel WordPress, et pas juste tes projets qui utilisent le logiciel WordPress. Si tu es chef de projet, si tu es traducteur, si tu es, je ne sais pas, peu importe ton métier, ton expertise… Si tout le monde faisait ça, il n'y aurait plus la tragédie des communs, qui est un concept assez connu, conceptualisé dans les années 70, il me semble, qui n'est pas lié au web en particulier, mais plutôt à l'informatique générale. Et je pense que ça vient plus du monde de Linux et des systèmes d'exploitation.
Mais en gros, cette tragédie des communs, c'est le fait qu'il y a toujours des gens qui profitent et des gens qui sont exploités dans l'open source et le libre de façon générale. Et donc la réponse de Matt Mullenweg à ça, c'était de dire « 5 for the Future », donc « 5 pour le futur » : si tout le monde s'y tient, le logiciel va continuer à être bien développé, il va continuer à être utilisé, il va continuer à être traduit. Par contre, si tout le monde ne fait que l'utiliser – et dans le mauvais sens, c'est-à-dire vraiment le côté prédateur – de se dire « tiens, l'exploiter » : « ah, ce logiciel, il est open source, on s'en fiche, il est gratuit, ah ça c'est super, moi je vais pouvoir vendre des prestations avec, mais par contre je ne vais rien faire en échange pour que ça perdure ».
Et ça, pour le coup, c'est vraiment spécifique à notre communauté. En tout cas, ça a vraiment été appelé comme ça dans notre communauté. Et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui, il y a quand même pas mal de sociétés – en tout cas jusqu'à la fin de l'année dernière, où il y a eu des changements dans la communauté – c'était appliqué dans pas mal de sociétés, ce qui a fait que WordPress était plus lié qu'à son seul fondateur ou à une ou deux sociétés. Il y avait quand même beaucoup de sociétés ou d'acteurs qui ont permis à ce logiciel de continuer à être développé et d'atteindre environ 40 % des sites web dans le monde qui sont faits avec – après, la stat, à prendre avec toutes les pincettes qu'on peut avoir. Et ça, c'est quand même… Et moi, par exemple, j'ai 5 % de mon temps chaque semaine qui est dédié à la communauté, dans ma boîte par exemple.
Karl Tu veux dire que c'est dans ta fiche de poste ? Quand même pas formalisé à ce point ?
Jason Peut-être pas dans ma fiche de poste, mais c'est une stratégie que nous, on a validée à l'agence, pour toutes les personnes qui le souhaitent. Donc ça doit représenter, je ne sais pas, 5 %, c'est quoi, 3 heures dans la semaine, si je ne dis pas de bêtises. Après, il y en a qui font plus, comme moi, parce que j'y passe aussi du temps perso, beaucoup plus que du temps de travail. Mais j'ai trois heures, j'ai du coup quasiment une demi-journée qui est dédiée à la contribution.
Voilà, et ça, c'est quand même significatif. C'est pour ça que, aussi, dans l'asso, j'aimerais bien qu'on le valorise dans le budget. Parce que nous, on n'est que des professionnels du monde du développement informatique, dans l'asso, quasiment. Je ne pense pas qu'il y ait des non-pros. Et du coup, par contre, autant moi je suis salarié en agence, autant il y en a qui sont freelances. Et là, ça a une incidence directe sur le chiffre d'affaires, sur le travail qu'ils peuvent faire au quotidien. Moi, ce n'est pas que ça n'a pas d'incidence, mais ma paie à la fin du mois, ce sera la même chose : je n'aurai pas de problème de trésorerie parce que je n'ai pas rentré un projet.
Karl Voilà, ça c'est peut-être le truc un peu plus typique quand même aussi dans notre… une des réponses de notre système à ce problème, aussi, de faire porter le risque commun.
Jason Oui. Après, qui peut être critiqué, qui est lié au monde professionnel et commercial, et du coup qui pose plein d'autres questions. Mais en tout cas, c'est un business model qui fonctionne depuis vingt ans.
Yaël Merci beaucoup, Jason. Et merci de nous avoir accompagnés et d'avoir répondu à nos questions pour ce nouvel épisode de Questions d'Asso, le podcast par et pour les assos. Et merci à vous de nous avoir écoutés. On espère que cet épisode vous aura été utile et que vous aurez pris plaisir à l'écouter. Si notre discussion a pu faire écho à des situations que vous avez pu vivre, nous vous invitons chaleureusement, comme d'habitude, à nous le dire en nous envoyant vos témoignages à l'adresse mail hello@questions-asso.com, que vous retrouverez dans la description de cet épisode.
Pour rappel, vous pouvez nous suivre sur votre plateforme de podcast préférée, sur SoundCloud, Spotify, Deezer, Apple Podcasts ou PeerTube. Vous pouvez également vous abonner à notre newsletter pour ne manquer aucun épisode. Et vous retrouverez toutes les informations, les liens et les ressources – ça fait longtemps qu'on n'a pas mis les ressources sur le site, Karl, je t'interpelle entre parenthèses – donc vous retrouverez quand même, on va s'actualiser, tout ce que nous avons évoqué durant notre discussion sur notre site web.
Cet épisode a été réalisé avec le soutien de la MAIF. Aujourd'hui, c'est Guillaume Desjardins de Synchrone.TV qui était à la réalisation, et la jolie musique que vous allez maintenant entendre est l'œuvre de Sons of Nowhere. Merci de nous avoir écoutés et rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode de Questions d'Asso.