Engagement associatif et pratique professionnelle, quelle compatibilité ?

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Yaël Questions d'asso, le podcast par et pour les assos. Dans le monde associatif, on s'engage dans des secteurs qui souvent sont éloignés, voire très éloignés de nos propres pratiques professionnelles. À l'inverse, il y a des associations qui s'ancrent dans des univers et pratiques professionnelles bien spécifiques. C'est notamment le cas des associations tech autour du développement de l'open source et des logiciels libres. Qu'est-ce que cela produit comme projet associatif ? Comment concilier intérêt général et intérêt privé, voire économique ? Quid de la gouvernance et de l'inclusion des usagers et usagères finaux qui n'ont pas forcément les compétences techniques ? Ce sont ces questions que nous vous proposons d'aborder dans ce 26e épisode de Questions d'asso, le podcast par et pour les associations.

Yaël Et pour aborder cette thématique, nous recevons le président de l'association WordPress Francophone, Jason. Bonjour Jason !

Jason Bonjour Yaël !

Yaël Et pour animer ce podcast, j'ai moi-même le plaisir d'accompagner Karl. Hello Karl !

Karl Salut Yaël !

Yaël Cet épisode de Questions d'asso est réalisé par Guillaume Desjardins de Synchrone TV, sur une musique de Sounds of Nowhere. Vous pouvez vous abonner à Questions d'asso sur votre plateforme de podcast préférée : Apple Podcasts, Spotify, Deezer, SoundCloud et Peertube. Vous pouvez également écouter ce podcast directement sur notre site web questions-asso.com, où vous trouverez une version textuelle de ce podcast. Et nous sommes très heureux d'être avec vous pour ce nouvel épisode de Questions d'asso. Installez-vous confortablement et c'est parti ! Et nous retrouvons Karl pour l'édito.

Karl Merci Yaël ! Aujourd'hui, on va parler de WordPress, le logiciel d'édition de sites web le plus utilisé au monde. Il s'avère que WordPress est ce qu'on appelle un logiciel libre – c'est-à-dire un logiciel que chacun peut modifier, éditer ou transformer. Et donc, de très nombreux développeurs utilisent WordPress à travers le monde, dans des contextes très variés. Évidemment, qui dit écosystème d'acteurs dit association. En France, la principale association c'est WordPress Francophone, que dirige donc Jason. Sauf que WordPress Francophone n'est pas une association dans un écosystème classique, puisque ce n'est pas une association militante ni une association qui aurait une délégation de services publics. C'est une association qui regroupe des professionnels, ici des développeurs, qui s'intéressent à la promotion de leur logiciel, c'est-à-dire à la promotion de leur activité professionnelle. Et évidemment, poser ce contexte va de pair avec des pratiques et une vie associative qui est, on va dire, étonnante. Et c'est ce dont on va parler avec Jason.

Karl En fait, au fond, le sujet dont on va parler, c'est celui du parcours associatif en tant que professionnel. Ce qui est marquant dans ces écosystèmes, c'est que bien souvent, on rejoint ces associations par intérêt professionnel. Être dans l'association des développeurs ou des designers d'un tel logiciel, c'est se constituer un réseau, c'est faire sa veille pro ou encore se faire remarquer par la communauté en devenant un contributeur au logiciel commun. On en arrive donc ici à un autre sujet qu'il va être intéressant de creuser avec Jason : celui de l'organisation de l'univers associatif du logiciel libre. Ces logiciels qu'on peut modifier, transformer librement, mais qui pour autant sont développés par des gens qui sont des professionnels sur leur temps de travail. Et puisque ces logiciels sont bien souvent portés par des associations, ça va être intéressant de regarder quels sont les liens entre toutes ces associations, parce qu'en fait, ce n'est pas nécessairement la même qui porte le logiciel que celle qui accueille la communauté. On commence à comprendre que ça va être compliqué. Et donc, c'est de ça qu'on va parler avec Jason aujourd'hui. On est très heureux de t'accueillir pour ça. Rebonjour, Jason.

Jason Bonjour.

Karl Et on va passer à la carte d'identité de WordPress Francophone avec Yaël.

Yaël Merci beaucoup, Karl, pour cet édito. Et bonjour, Jason. Merci d'être avec nous. Et effectivement, ce qu'on te propose, c'est de commencer cet épisode par la carte d'identité. Donc, c'est un exercice qu'on propose à toutes les structures qui passent au micro de Questions d'asso pour permettre aux auditeurs et aux auditrices de vous replacer dans le grand paysage associatif. Alors, est-ce que tu es prêt ?

Jason Oui, salut Yaël.

Yaël Yes. Alors, première question, assez simple. Est-ce que tu peux nous dire, Jason, qu'est-ce que vous faites à WordPress Francophone ?

Jason Alors, moi je suis le président de l'association WordPress Francophone, donc WPFR. Nous, on est l'association qui représente les utilisateurs de WordPress en France, principalement. On est une asso qui date de 2008, mais en fait sur une activité à la base qui était un forum web d'entraide à l'utilisation de WordPress – donc le logiciel WordPress pour faire des sites internet –, qui lui était un peu plus ancien, qui a été monté en 2006 environ. Donc l'asso est venue compléter, de façon assez classique, le besoin d'avoir un compte en banque pour payer un nom de domaine, un hébergement web, quelques trucs comme ça. Puis assez rapidement sont arrivés les premiers barcamps, les meetups autour de WordPress qui, eux, datent de 2003, donc qui étaient assez récents quand l'asso a été montée. Voilà, globalement, c'est l'historique. Aujourd'hui, l'asso a beaucoup évolué, parce que depuis 2008, forcément, il y a eu pas mal de changements déjà dans le logiciel, mais aussi dans la structuration de la communauté et dans la contribution tout autour. Et aujourd'hui, on soutient les événements communautaires. Plus spécifiquement, on organise les journées de contribution qui se font avant chaque événement. Dans notre écosystème, ça s'appelle les WordCamp – pour WordPress Camp –, pour aider les gens à contribuer au logiciel. En plus du site web qui existe toujours, du coup.

Karl Si je peux te pousser à préciser : on est d'accord que vous n'organisez pas pour autant les événements WordPress en France.

Jason Oui, en France, les événements officiels, les WordCamps et les Meetup aussi, sont organisés par des bénévoles en dehors de l'asso, directement avec la fondation américaine qui couvre la partie logistique. Mais c'est assez auto-organisé. C'est-à-dire que n'importe qui dans sa ville peut lancer un meet-up et, au bout de quelques années, faire un événement plus officiel. Nous, on soutient ça en faisant les journées de contribution spécifiquement, mais plus les événements directement. Ce qui était le cas des tout premiers à Paris vers 2008-2010 – c'était encore l'asso. Et puis après, progressivement, ça s'en est sorti.

Yaël Ça me semble faire une bonne transition avec la deuxième question, qui est justement comment vous êtes organisés. Parce que là, tu as parlé d'une fondation, tu as parlé de bénévoles autogérés tout seuls. Est-ce que tu peux nous expliquer déjà, du coup, WordPress Francophone, combien vous êtes ? Comment s'organise la gouvernance et du coup les articulations avec les autres structures ?

Jason Pour l'asso en tant que telle en France – WordPress Francophone que je préside –, c'est une asso assez classique. On a entre 50 et 100 membres selon les années. Ça dépend un peu de si on a fait des campagnes de recrutement ou si on était un peu trop occupé pour s'en charger. En ce moment, c'est entre 50 et 60. C'est assez stable depuis quelques années. On est organisé de façon très classique, je pense, c'est-à-dire que chaque année il y a une AG, les membres qui ont leur adhésion à jour votent pendant l'AG pour les administrateurs et les administratrices qui seront membres du CA, qui à son tour se réunit et élit le bureau. Aujourd'hui, le bureau, on a fait un choix d'avoir que trois personnes : un président, un vice-président et une trésorière. Par contre, le CA, c'est 21 personnes depuis l'année dernière.

Karl Ah oui, c'est-à-dire que la moitié de l'asso est au CA, en fait.

Jason Oui, c'est entre la moitié et un tiers. Mais ça, c'est très récent – c'est depuis l'année dernière. Donc moi, j'ai été élu président à ce moment-là. Et c'était un souhait de renouveler aussi cet organe pour que l'asso se redéveloppe. Mais avant, sur les années précédentes, on était 6 ou 7 au CA. Et finalement, le CA se confondait avec le bureau. Les membres actifs du CA étaient le bureau. Voilà, je pense que c'est un truc assez classique. Donc là, on est sur une redynamisation de l'asso, qui explique qu'on est allé chercher beaucoup de monde pour rentrer au CA, pour apporter des expertises et des idées. Ce qui fonctionne assez bien pour l'instant.

Karl Et alors, vis-à-vis des autres organisations WordPress ?

Jason Oui. Alors, nous, la spécificité, c'est qu'on n'a pas un lien officiel. C'est plus un lien historique. C'est-à-dire que, pour refaire en quelques dates : WordPress a été fondé en 2003. Pour les plus techniques d'entre nous, c'était un fork d'un logiciel qui existait déjà, qui s'appelait b2, qui était fait par un Français.

Yaël Est-ce que tu peux préciser ce que c'est un fork pour les non-initiés ?

Jason Il y avait un Français qui s'appelait Michel Valdrighi, qui avait développé b2. Et comme c'était du code open source, Michel – alors que je ne le connais pas directement, mais je vais l'appeler Michel quand même – il a arrêté, il me semble, d'utiliser ou de développer son logiciel. Et donc, comme c'est open source, ça a été repris et redéveloppé pour continuer une sorte de filiation du code initial qui a été forké, on dit. Donc il y a eu une continuité vers un nouveau logiciel qui s'appelait WordPress. Bon, ça, c'est un peu le côté ultra historique pour dire que finalement, WordPress, c'est un peu français. Mais ça n'a pas de lien directement. C'est un petit moment franchouillard.

Jason Et après ça, en fait, WordPress a été développé notamment par Matt Mullenweg, un Américain, qui lui a aussi fondé une société, Automattic, qui utilise WordPress. Et Automattic utilise WordPress pour faire WordPress.com. Mais le projet open source, lui, c'est sur WordPress.org. Donc il y a déjà cette dimension-là : WordPress.com, c'est une plateforme de blog à l'origine pour n'importe qui – c'est le modèle SaaS du logiciel open source qui, lui, est sur WordPress.org, que n'importe qui peut télécharger pour créer son site.

Karl Peut-être pour expliciter, pour celles et ceux qui ne sont pas dans le monde de l'informatique : ça sous-entend que WordPress, c'est un commun numérique que n'importe qui peut télécharger, modifier, réexploiter. Le fondateur de ce logiciel en a par ailleurs fait une entreprise à côté du logiciel libre, qui, elle, propose à qui veut bien payer des services d'hébergement et de création de son site sans avoir à mettre les mains dans le code.

Jason C'est ce qui a permis aussi de soutenir le développement de WordPress rapidement, pour permettre notamment à Matt d'en vivre, de continuer à développer ça, d'avoir des équipes et donc de contribuer à son tour au logiciel. Et voilà, pour faire l'affiliation jusqu'à notre asso. Donc, 2003, c'est la création du logiciel. 2006, c'est la création de la marque WordPress en tant que telle – avant, c'était juste le nom du projet, mais ce n'était pas déposé aux États-Unis. Et nous, en 2008, il y a eu la création de l'association en France. Et en 2010, il y a eu la création de la fondation WordPress qui a récupéré la propriété de la marque WordPress. La fondation sert aussi de soutien logistique à l'organisation des événements WordPress dans le monde entier. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, si vous voulez monter un meet-up ou un événement dans votre ville, c'est la fondation qui va gérer les budgets de ces événements, les assurances, les questions de propriété de marque, etc. Alors que jusqu'à la création de la fondation WordPress, en gros, l'asso francophone gérait ça en France, notamment les premiers WordCamps à Paris, les premiers BarCamps, etc. C'est assez nébuleux, on en a conscience, mais c'est aussi ce qui fait la richesse du projet parce qu'il y a beaucoup de personnes qui contribuent. Et donc, il y a beaucoup d'organisations différentes – et je ne parle même pas des entreprises encore pour l'instant.

Karl Mais ce que ça veut dire, c'est aussi que finalement, dans cet écosystème, WordPress Francophone est une des structures qui est la moins connectée au reste de cette organisation.

Jason Oui. Progressivement, en fait, l'asso à l'origine gérait aussi les traductions en français de WordPress, gérait les événements en français. C'était le site principal d'actualité autour de WordPress. Et progressivement, ça, ça a évolué de différentes façons : soit les personnes qui étaient dans l'asso et qui faisaient ça ont arrêté, et du coup, les personnes qui ont continué après le faisaient en dehors de l'asso. Soit c'est des choix qui ont été faits de ne plus faire ce genre d'activité – par exemple, parce qu'il fallait être membre de l'asso pour pouvoir contribuer à la traduction en français, ce qui n'avait pas forcément de sens. Et finalement, c'est WordPress.org qui est devenu le lieu de contribution générale. Soit tout simplement, il y a eu des périodes où les personnes dans l'asso étaient moins actives. Et du coup, au lieu de ne plus faire d'événements, les événements se sont autonomisés en dehors de l'asso grâce à la fondation américaine qui portait le même programme dans tous les pays du monde.

Jason Ce que je voulais dire par là, c'est qu'à la différence, par exemple, de Wikimedia en France – qui est une asso française, mais qui est un chapitre officiel de la Wikimedia Foundation –, la WordPress Francophone n'a plus de lien officiel parce qu'en fait, il n'y en a plus besoin. Mais aujourd'hui, ce qu'on développe, c'est un complément de ce que fait la fondation américaine qui a plus une portée internationale.

Yaël Merci beaucoup, Jason. Je pense qu'on va y revenir parce qu'effectivement, là, j'ai plein de questions sur le volet bénévolat et contribution au libre. Mais peut-être avant ça, est-ce que tu peux nous dire comment vous êtes financés et peut-être aussi avoir une idée globale de votre enveloppe budgétaire ?

Jason En fait, les choses sont assez simples. On a vraiment un tout petit budget – de l'ordre, je pense, de 10 000 euros par an entre les entrées et les sorties. Mais c'est un peu trompeur pour deux raisons. Un, on ne valorise pas du tout le bénévolat dans nos budgets pour le moment. Même si, grâce aux épisodes de Questions d'asso, j'ai appris plein de trucs. J'aimerais bien qu'un jour on réussisse à faire ça, mais ça demande beaucoup d'organisation. Surtout que ça demande à chacun d'être responsable du suivi de son temps. Comme la plupart des gens qui sont dans l'asso sont soit des freelancers, soit travaillent en agence ou en entreprise, on le fait déjà dans nos contextes professionnels. Mais ce serait peut-être possible, au moins pour les membres du CA, d'avoir une règle de calcul, même approximative, pour valoriser ça dans les budgets. Comme on ne demande pas de financement public, quelque part, ça ne nous est pas vraiment nécessaire. Ce serait plus un exercice de style, mais ça ne nous aiderait pas spécialement.

Jason Ce budget, c'est surtout les adhésions, parce que du coup, on est ouvert aux adhésions. Il n'y a quasiment pas de dons. Par contre, on a des dons en nature, et ça, c'est le deuxième volet de notre financement. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, dans nos budgets, ne rentrent pas un certain nombre de dons en matériel. Par exemple, les serveurs de l'asso qui permettent d'héberger nos sites – on a un serveur dédié qui coûte plusieurs milliers d'euros par an, je pense. Et ça nous est gracieusement offert par The Switch, qui est un de nos partenaires. Mais ça pourrait être aussi les journées de contribution : tout le budget de défraiement qu'on fait maintenant – hôtels, déplacements, etc. – pour les bénévoles de l'asso, c'est totalement couvert par des entreprises qui sponsorisent la journée. Et ils ne demandent quasiment aucune contrepartie, à part afficher leur logo et les introduire au début de la journée, ce qui est le minimum qu'on puisse faire pour les remercier.

Karl Ce qui du coup fait que c'est vraiment du mécénat et pas du sponsoring.

Jason Je pense que ça rentrerait plus dans du mécénat. J'aurais proposé de commencer à travailler à des chartes de partenariat aussi pour qu'on s'engage sur des budgets pluriannuels. Aujourd'hui, le budget fait que ce n'est pas encore nécessaire de formaliser à ce point-là, mais ce serait pas mal, même simplement pour les valoriser. Donc on a un budget de fonctionnement sur fonds propres parce qu'on a eu quelques années où il y avait moins d'activités mais toujours des adhésions, donc on est une sorte de trésor de guerre qui n'est pas non plus énorme, mais qui nous permet de faire des investissements si on a besoin de lancer de nouveaux programmes. Et après, on va plutôt aller chercher des financements directement auprès des entreprises de l'écosystème, qui sont demandeuses de lancer des choses. Aujourd'hui, à la différence d'autres assos, nous, on n'a pas de problème de financement. C'est plus un problème de temps pour lancer des choses et aller chercher les acteurs qui vont nous aider à financer ça.

Yaël Merci beaucoup, Jason. Je pense que là, on peut rentrer dans le cœur du sujet. Parce qu'il me semble qu'une des questions que j'ai envie de te poser, c'est précisément aussi de revenir sur le pourquoi de l'asso et du coup l'engagement, pourquoi les gens s'engagent dans cet asso. Surtout que, si je ne me trompe pas, dans cet écosystème des devs – et pas que des devs –, il y a déjà une culture de contribution qui peut se faire hors du cadre associatif ?

Jason En fait, c'est intéressant parce qu'on a fait un week-end associatif pour préparer l'AG et le passage de flambeau entre le président précédent et moi. On a fait un week-end associatif avec l'idée de définir en tout cas pourquoi l'asso elle existe. Qu'est-ce qu'on veut faire ? Parce que mine de rien, l'asso commençait à être un peu ancienne, avec des changements d'équipe assez réguliers. Et puis surtout, une évolution aussi de notre communauté qui fait que les actions qu'on avait ont évolué, n'étaient plus nécessaires ou en tout cas étaient à remettre en question. Et on a défini en fait trois objectifs principaux pour l'asso : la transmission des valeurs de l'open source ; l'engagement associatif, les relations humaines dans les événements, le fait de faire communauté ; et puis le côté rayonnement plus proche du logiciel en tant que tel. Nous, notre but, c'est qu'on est convaincus que WordPress est un logiciel qui peut permettre aux gens d'être plus autonomes, de mettre des sites en ligne, de diffuser de l'information. Vu la période des fake news et compagnie, on trouve que c'est quand même une valeur qui n'est pas négligeable. Et puis, il y a la facilitation plus générale, le soutien à la contribution, soutenir des projets locaux qui utilisent l'open source, WordPress en particulier.

Jason Ça, c'est un peu la mouvance dans laquelle on se place. À partir de là, on a fait d'autres ateliers sur les cibles, défini les prochaines actions, et puis un plan d'action associatif à partir de là, qui a commencé à être mis en place l'année dernière. Et ce que je n'ai pas dit en intro qui explique un peu pourquoi on en est là, c'est que moi, je suis le sixième président de l'asso depuis 2008. Et à part le premier président qui était l'un des fondateurs entre 2008 et 2015, après, ça s'est quand même pas mal enchaîné.

Karl Ah oui, c'est-à-dire que les cinq autres, ça a été entre 2015 et aujourd'hui. Donc, c'est à peu près deux ans par président.

Jason Grosso modo. Je ne pense pas que ça ait été gravé dans le marbre, mais c'est l'habitude qui s'est mise en place. Peut-être aussi parce que deux ans de présidence… On n'a pas de salariés, on n'est que des bénévoles. Donc, ça explique pourquoi : on est président, directeur général. On fait la vision, on fait le planning, on fait beaucoup de choses.

Yaël Et en même temps, du coup, là, ce que tu dis, c'est que ça, c'est une routine qui a commencé à se mettre en place. Mais ce n'est pas forcément une règle gravée dans le marbre.

Jason Oui, tout à fait. En fait, quand on s'est rendu compte de ça avec Éric, le président que je remplace, et Valérie, qui était la présidente avant Éric, qui sont encore tous les deux dans l'asso et actifs, on s'est rendu compte de ça. Et je pense qu'aucun de nous n'avait vraiment défini que c'était une règle tous les deux ans. Et quand ils m'ont proposé de prendre la suite, on s'est dit que deux ans, c'était pas mal, parce que tu commences à avoir le temps de mettre en place des actions et de les voir aboutir. Et si tu restes dans l'asso après, ça l'enrichit aussi, parce que les personnes qui ont l'expérience sont toujours là. Ce n'est pas une cassure à chaque fois. Il y a des anciens présidents qui ne sont plus dans l'asso, mais qui ne sont pas loin et qui restent dans la communauté. On se voit encore sur les événements. Donc, je pense qu'il n'y a pas eu vraiment de grosses cassures avec une équipe qui remplace complètement la précédente avec un projet différent, dans une ambiance tendue. On n'a pas eu de scission comme ça. En tout cas, pas à ma connaissance.

Karl Mais en tout cas, ce que tu disais quand même tout à l'heure, c'est que c'est une asso qui s'est construite sur des activités qui aujourd'hui ne sont plus valables, et qui a eu cette logique de devoir se renouveler, de devoir se questionner sur ce qu'elle apporte à la communauté WordPress. Et que, en fait, de ce que j'en comprends, aujourd'hui vous arrivez à percevoir ce que vous allez pouvoir précisément apporter parce que vous avez aussi fait ce travail interne de re-questionnement.

Jason Oui, et même… ça, je vais le dire je pense pour la première fois de façon publique, ce n'est pas forcément encore fait. Mais on va même peut-être boucler la boucle. C'est-à-dire qu'à l'origine, l'asso a été en partie créée pour lancer des événements. Et aujourd'hui, on n'en fait plus directement, ou en tout cas de petits. On organise une partie des événements, mais pas la totalité. Et aujourd'hui, on est en train de réfléchir à, pourquoi pas, de nouveau organiser des événements. Parce que finalement, c'est un temps fort, régulier, sur lequel on peut attirer du monde, des financeurs, des journalistes, et donc faire parler aussi de l'asso. Il y a eu une sorte de période où on a laissé certains événements s'autonomiser – on n'a pas forcément eu le choix, parce que la fondation a pris le pas aussi là-dessus. Mais aussi, on a un peu lâché l'affaire. Et aujourd'hui, on est en train de se dire : c'est très bien, il y a des événements autonomes. Peut-être que nous, on peut réfléchir à un autre type de format, pas pour être en concurrence, mais pour compléter. Un peu comme Designers Éthiques qui fait By Design, mais aussi maintenant les journées de l'éco-conception – ce ne sont pas forcément des choses qui rentrent en conflit l'une avec l'autre, mais qui se complètent. Donc nous, c'est un peu pareil.

Jason Et il y a un truc, c'est qu'à l'origine, l'asso a été créée pour le site, qui était à la base un wiki, qui est devenu un forum. On est en 2025. Les forums, j'adore ça, j'en ai fait longtemps. Mais aujourd'hui, on est tous sur des formats différents – des Slack, des Mattermost –, plutôt de l'instantané. Les forums à l'ancienne, c'est quand même beaucoup moins utilisé. Mais vous avez un Slack pour autant qui est assez gros. Il y a un Slack communautaire qui n'est pas directement géré par l'asso, mais c'est des gens de l'asso notamment qui sont de gros contributeurs, sur lesquels on a aussi un canal. Et après, on a un Slack interne pour notre organisation. On fait de l'open source et puis on est aussi sur Slack – ça, il ne faut pas trop le dire. En tout cas, en fait, on est plus acteur de plein d'initiatives sans forcément les gérer nous-mêmes. On diffuse et notre but, c'est que la communauté soit vivante. Ce n'est pas tant que ce soit nous qui le fassions. C'est peut-être ça qui est notre ADN le plus important en fait. Et c'est peut-être pas très courant.

Jason En fait, après notre AG l'année dernière, où on a largement élargi le CA, et suite à quoi, en première réunion de CA, le bureau a été élu et j'ai été élu président, on a publié un communiqué pour expliquer notre vision de l'asso renouvelée. Et nous, on a expliqué à la communauté qu'on est un outil à leur disposition. Donc si les gens de la communauté veulent rentrer dans l'asso et la faire vivre, tant mieux. Mais on n'est pas la communauté. C'est-à-dire que même si pour des gens qui sont moins au courant, on confond parfois les différentes structures. Nous, on reste : l'association WordPress Francophone, WPFR, c'est l'outil de la communauté francophone. Donc, on deviendra ce que les gens veulent qu'on soit. S'ils s'investissent pour qu'on refonde le forum avec une nouvelle interface, pourquoi pas ? Si on veut relancer de nouveaux événements, ça peut être ça. Si on veut aider – là, on réfléchit, il y a un WordCamp à Toulouse en mai, on réfléchit à financer la vélotypie de l'événement pour qu'on puisse avoir, en termes d'accessibilité, mais même en termes de suivi des conférences et des vidéos, un meilleur sous-titrage, un meilleur suivi –, on peut financer ça. Comme Designers Éthiques, on réfléchit à faire des bourses à la contribution, des choses comme ça, avoir des budgets sectorisés qui soient vraiment dédiés à soutenir un freelance à faire de la contribution de façon permanente. Mais ça, il faut que ça vienne aussi de la communauté. La communauté pourrait vivre sans nous, ça changerait des choses mais ça ne ferait pas disparaître la communauté francophone WordPress.

Karl Est-ce qu'il y a exactement la même interprétation ? En tout cas, à Designers Éthiques, c'est vrai qu'on a eu ce mouvement-là aussi, où on a même assumé l'idée que ce n'était pas à nous de nous occuper de cette communauté, et qu'on ne voulait pas être une asso communautaire – au sens de « on développe une communauté ». Et donc c'est aussi ce qui fait que oui, on a toujours pris un peu de recul sur ce Slack qu'on administre et qui est l'espace qu'on a développé, mais où on n'a jamais cherché à l'animer, à y mettre des moyens, à se dire que c'était notre rôle de le faire. Et ce que ça dit peut-être aussi – et c'est intéressant par rapport aux questions que vous vous posez aujourd'hui à WordPress Francophone –, c'est : qu'est-ce qui se passe quand la raison d'être d'une association ne colle pas exactement avec ce que les gens y font, ou plutôt ce qu'ils projettent, ou de la manière dont ils s'en saisissent ? Comment est-ce qu'on réconcilie les deux d'une certaine manière ?

Jason Oui, par exemple, nous, on n'a pas d'activité sur le développement de WordPress en tant que logiciel. On n'est pas comme Framasoft, par exemple, qui salarie les développeurs de PeerTube. Nous, notre but, c'est qu'en France, on développe des savoirs autour de WordPress. À quoi sert ce logiciel ? Pourquoi nous, on croit dur comme fer que c'est un logiciel émancipateur – avec ses limites. Il y a un système économique aussi autour, mais en tout cas, potentiellement, n'importe qui aujourd'hui, avec des savoirs techniques limités, peut mettre un site en ligne. Et ça, c'est quand même un progrès par rapport à comment fonctionnait le web il y a 20 ans. Et on pouvait publier après des pages, des posts. Ça, c'est WordPress, Drupal, Joomla, TYPO3, quelques CMS comme ça qui ont popularisé ce fonctionnement-là. C'est open source. N'importe qui peut le réutiliser et en faire ce qu'il veut.

Jason Nous, à la différence de, par exemple, Wikimedia – mais c'est peut-être un peu similaire toutes proportions gardées –, demain, si l'association française n'agit plus, Wikipédia.org en version française fonctionnera toujours. Nous, c'est un peu pareil. Le logiciel, il sera toujours là demain. Notre rôle, c'est de faire en sorte qu'en France, on parle de WordPress et que les gens s'en saisissent. En gros, c'est ça, l'objectif.

Karl Et du coup, ça amène peut-être la question de l'international. Si on résume, aujourd'hui, WordPress, c'est un logiciel libre. Donc, WordPress.org. Open source. Alors…

Yaël C'est peut-être le moment de clarifier un peu.

Karl Avant de parler de l'international, clarifions la différence entre le logiciel libre et le logiciel open source.

Jason Je ne suis pas forcément le mieux placé pour parler du libre, mais en tout cas WordPress, c'est open source, parce que c'est une licence open source – GPL. Donc n'importe qui peut le réutiliser et en faire ce qu'il veut. Je ne suis pas un spécialiste des licences, mais à mon sens, ce n'est pas un projet libre, parce qu'il y a une dimension économique qui est prégnante, quand même. D'autant qu'en termes de gouvernance, sans rentrer trop dans les détails, ce n'est pas non plus si simple, surtout en ce moment où il y a quand même des conflits d'intérêts qui sont en train d'être levés. Pour moi, ce n'est pas un logiciel totalement libre. Après, on peut en vivre, on peut en faire ce qu'on veut, et puis après, on pourra en débattre. Mais je pense qu'en termes de philosophie, je ne suis pas sûr que WordPress et son écosystème s'intègrent dans le monde du libre, comme peut l'être d'autres projets.

Karl En tout cas, au-delà de cette question de est-ce que c'est un logiciel open source ou est-ce que c'est un logiciel libre – dans tous les cas, c'est un logiciel dont le code peut être utilisé, modifié, partagé, etc. Et en fait, ce logiciel est américain. En tout cas, la marque est américaine. Elle est liée à la fondation WordPress qui, d'une certaine manière, est la structure qui va récupérer les fonds qui sont générés par WordPress à travers le monde. Et cette fondation, elle va ensuite financer l'organisation des événements WordPress à travers le monde, même en France, alors que pourtant en France, précisément, il existe WordPress Francophone.

Jason C'est ça. En fait, la fondation américaine, pour plein de raisons historiques, de façon itérative, petit à petit, a pris le pas sur l'aspect logistique et financier et même de responsabilité, quelque part. Parce qu'aujourd'hui, quand on organise un meet-up ou un WordCamp, ce n'est pas l'organisateur local qui est responsable, c'est la fondation américaine. On pourrait en débattre avec des juristes, mais en tout cas, d'un point de vue organisation, budget, location des salles, etc., ce n'est pas l'organisateur en France qui est responsable, c'est la Fondation Américaine.

Karl Et donc cet organisateur local, c'est qui ?

Jason Ça va être des bénévoles. Potentiellement, n'importe qui qui est un peu passionné par WordPress ou qui a envie de monter un groupe local – ce qu'on appelle nous les meetups, ce qui n'est pas propre au monde WordPress, c'est plus tech de façon générale. C'est un groupe local de support. N'importe qui peut le faire dans sa ville. Il y a sur le site communautaire wordpress.org un formulaire pour demander à être reconnu. Et après, en échange, on reçoit des goodies, un petit budget éventuellement pour louer une salle ou des choses comme ça. Et au bout de quelques années, si le groupe local est assez organisé, il peut faire un WordCamp. Donc là, c'est des conférences avec des orateurs qui viennent toute la journée pendant un ou deux jours.

Jason L'avantage, c'est que ça se passe dans tous les pays du monde. Jusqu'en 2010, c'était encore chaque pays, chaque communauté qui faisait un peu à sa sauce. Et donc nous, en fait, on est un peu une anomalie parce qu'on reste la seule association locale de pays qui existe, alors qu'avant, il y en avait en Italie, en Allemagne, etc. Et nous, peut-être par culture de l'association en France, peut-être par esprit un peu têtu, peut-être parce qu'on était plus organisés que d'autres, je ne sais pas, l'association a perduré alors qu'ailleurs elles se sont dissoutes. Et puis c'est devenu des pays dans lesquels les gens vont sur wordpress.org, la plateforme internationale, pour échanger et s'organiser. Ils n'ont plus forcément une structure juridique locale.

Yaël Et peut-être justement pour éclairer ça, est-ce que tu as une vision du profil des personnes qui participent à la communauté ? Parce que là en t'écoutant, je suis retombée sur une thèse de Gabriel Alcaraz – qui a fait une thèse sur la sociologie des personnes qui contribuent, lui c'était au logiciel libre – et si je me souviens bien de son intervention, ce qu'il montrait, c'est que grosso modo, 80 à 90 % des personnes qui contribuent et sont actives dans l'univers des logiciels libres, en fait, ce sont des salariés d'entreprise dont c'est le métier à côté. Ce qui est une culture du bénévolat qui est hyper particulière, parce qu'en fait, précisément, ce n'est pas du bénévolat – ça fait partie de ton taf d'enrichir et de contribuer à ce type de logiciel. Ce qui me fait penser, parce que là je pense à d'autres personnes qui ont organisé des espèces d'événements qui me semblent ressembler à ce dont tu parles – par exemple pour BigBlueButton, qui est aussi un logiciel libre de visio –, où l'idée, c'est de rassembler des personnes, des utilisateurs pour se dire : tiens, comment est-ce qu'on peut contribuer ensemble pour améliorer le logiciel ? Là, j'ai l'impression, dans ce que tu dis, qu'on est peut-être sur d'autres profils et sur d'autres objectifs de rassemblement, mais peut-être que je me trompe.

Jason Il faudrait qu'on fasse une matrice de réseau, comme les Designers Éthiques ont fait. C'est un peu compliqué dans notre cas, parce qu'en fait, il y a plusieurs cercles. En fait, il y a la communauté au sens large – toutes les personnes qui ont de près ou de loin une utilisation de WordPress, que ce soit au boulot, que ce soit dans leurs études, que ce soit pour un hobby. Mais nous, on a organisé ça en trois catégories.

Jason Il y a d'abord tous les professionnels dont l'activité est toute ou partie liée à WordPress. Moi, par exemple, dans mon métier, je travaille en agence web. Notre agence ne fait que des sites avec WordPress. C'est-à-dire qu'on bosse à 100 % avec ce logiciel. Si demain, WordPress ne fonctionne plus, n'évolue plus, l'agence est potentiellement en danger. Dans l'agence, il y a des designers, il y a des UX, il y a des graphistes, il y a des développeurs, il y a des webmasters, il y a des chefs de projet, moi je suis chargé d'affaires. Il y a vraiment des métiers complètement différents. Il y a des gens qui vivent comme moi à 100 % avec WordPress, et il y en a d'autres pour qui c'est une partie de leur activité. Là-dedans, on a aussi les éditeurs de solutions, les hébergeurs, les gens qui font du produit, les formateurs, les écoles.

Jason Après, on va avoir les utilisateurs finaux – ça peut être des particuliers, des gens en entreprise qui ne créent pas des sites, mais qui les utilisent. Et eux, c'est plus compliqué, parce qu'ils n'ont pas forcément un sentiment d'appartenance à la communauté. Et pourtant, c'est eux qu'il faudrait qu'on cible beaucoup plus. Parce que finalement, c'est les décideurs qui font que derrière toute la chaîne d'experts peut vivre de ce logiciel. C'est eux qui ont les budgets, qui vont demander des sites Internet et les faire construire ou les faire maintenir.

Jason Et après, on a une troisième catégorie qui est plus les contributeurs et contributrices au sens large, qui sont souvent issus des deux autres groupes. C'est-à-dire que moi, à la base, je suis chef de projet en agence. Je me suis spécialisé petit à petit à WordPress. J'ai trouvé le logiciel fun, cool, ça m'a plu, et je suis rentré dans l'asso. Et puis j'ai commencé à contribuer. J'ai fait des événements, des conférences, etc. J'ai contribué à la traduction, au cœur, au développement – à ma petite échelle, mais. C'est-à-dire qu'on ne commence pas par être contributeur dès le départ. D'abord, on est utilisateur, et après, on se dit : OK, j'aimerais bien que ce logiciel s'adapte pour mon besoin. Par exemple, au début, il n'était développé qu'en anglais, il n'y avait pas de traduction en français. Et donc, il y a des gens en France qui se sont dit : pour le vendre au service public, il faut que ce soit traduit en français. Ou tout simplement, en termes d'accessibilité d'utilisation.

Jason Aujourd'hui, ce qui est compliqué, c'est que toucher les contributeurs, c'est facile parce qu'on se connaît – ça reste un cercle, et les gens qui vraiment sont engagés dans la contribution, on se connaît quasiment tous. Toucher les pros, déjà, c'est plus compliqué, parce qu'il y a ceux qui mettent WordPress en avant et ceux qui l'utilisent comme n'importe quel outil dans leur palette et qui ne voient pas forcément le côté philosophique derrière de l'open source. Par contre, toucher les particuliers et les étudiants, là, ça devient chaud. Parce qu'on est loin aussi de leurs préoccupations potentiellement. On n'est pas une asso d'action dans les écoles. On est plus du monde des freelances ou des agences, donc on n'est pas trop connecté. Et ça, c'est un peu les choses sur lesquelles ce serait bien qu'on travaille pour éviter que des solutions propriétaires viennent dans les écoles être enseignées. On discute aussi beaucoup avec les assos de Drupal en France ou TYPO3 parce qu'on a un peu les mêmes types d'organisation, ou avec l'AFUP ⚠, qui est l'asso des professionnels de PHP. On a un peu tous ce problème-là : que les gens en école sont un peu moins imprégnés des technologies web ouvertes. C'est stratégique, d'un point de vue rayonnement, d'aller aussi expliquer l'intérêt de ces technos qui ne sont pas toujours les plus modernes ou les dernières qui viennent de sortir. Ce n'est pas forcément celles qui attirent le plus à la sortie de l'école, mais elles sont matures et il y a des raisons pour ça.

Yaël Je voulais juste revenir parce que tout à l'heure, tu disais que vous aviez augmenté votre CA en passant à 21 personnes. Je me demandais s'il y avait une logique ou une articulation justement entre cette ouverture du CA et peut-être aussi les profils de personnes que vous avez ciblées. Est-ce qu'il y avait une stratégie un peu derrière, liée à ce que tu es en train de dire sur comment se rapprocher des utilisateurs finaux ?

Jason Je pense que je vois où tu veux en venir. On n'a pas de collège par utilisateur. En fait, l'ouverture du CA, ça s'est fait pendant le week-end de réflexion l'année dernière. On s'est dit : là, on est 7. Sur les 7, on est 3-4 vraiment actifs. Et finalement, l'asso, ça tourne que là-dessus, que sur ces quelques personnes. Et de façon un peu spontanée, j'ai dit : bon, on n'a qu'à faire x3. Et donc 7 fois 3, c'est 21. On n'était pas beaucoup à ce week-end d'ailleurs, on était 3-4 je crois. Mais c'était suffisant pour agréger tous les mécontentements et toutes les frustrations de ces dernières années qu'on avait listés avant avec d'autres membres de l'asso. Et on a dit : OK, à partir de ça, qu'est-ce qu'on fait ? Et pourquoi 21 ? Parce qu'en fait, on s'est dit : si on veut faire tous ces nouveaux trucs qui nous frustrent depuis des années, redéfinir la structure, où on veut aller, la vision, etc., il va falloir plus de monde pour faire plus d'action et puis pour avoir peut-être plus d'utilité aussi.

Jason Et tout simplement, on a pris notre téléphone, on a appelé les collègues, les copains, les gens qui gravitent autour de nous depuis trop longtemps et qui nous disent : « Ah, ce serait bien, comment je peux t'aider ? » Et puis nous, on ne savait pas, parce qu'on n'avait pas encore la vision. D'abord avoir la vision, avant de dire aux gens « venez nous aider ». Et puis là, on s'est dit : bon, on appelle. Et on a réussi à réunir une vingtaine de personnes. On avait aussi dans l'idée – parce qu'on est dans le monde de la tech et malheureusement en termes d'égalité on n'est pas bon – de faire émerger de nouveaux profils dans l'asso. Il n'y a pas une stratégie très aboutie, mais on est passé de 7 membres du CA à 21, et d'une ou deux femmes à 3 ou 4 sur 21 – le ratio est toujours pas bon, mais ça fait toujours plus de personnes. Et puis c'est une itération, le but c'est que ça s'améliore et puis de montrer l'exemple. La gouvernance partagée, on n'y est pas encore, mais ce sera gentil à l'avenir. Mais en tout cas, petit à petit, d'essayer de ne plus rester dans un petit cercle toujours un peu les mêmes personnes. Et là, il nous fallait du sang neuf, et de montrer que d'un coup on faisait x3 sur le CA, ça montrait qu'il y avait une stratégie d'ouverture et qu'a priori s'il y a 20 personnes qui ont pu rentrer, après ça sera plus facile pour renouveler aussi. Il fallait lancer quelque chose de nouveau.

Karl Est-ce que vous observez justement que ça fonctionne ? Au sens, est-ce que ces nouvelles personnes dans le CA s'investissent dans l'association de manière à y mener de nouveaux projets ?

Jason Je dirais que ça dépend un peu des profils. Avant, c'était plus un petit groupe d'initiés dans le CA – des gens qui avaient une légitimité, qui étaient contributeurs, qui étaient connus, ou qui s'étaient motivés pour rentrer. Là, on a fait rentrer aussi quelques personnes qui avaient dit dès le départ : « Attention, moi, en termes de temps, en termes d'énergie, je suis limité. Par contre, sur telle expertise, si tu as des questions, je suis là. » Et ça, c'était vachement précieux aussi dans ma prise de poste. On avait besoin de s'entourer de personnes qui nous apportaient de nouvelles choses. On a un quelqu'un qui était à ce moment-là président d'une grosse ONG – donc assez loin de notre métier, mais en termes de structuration, de professionnalisation progressive de l'asso, il pouvait nous apporter des choses. Des personnes qui travaillent au quotidien dans des contextes un peu différents des nôtres, pas juste en agence ou freelance, avec des communautés différentes, pour essayer d'ouvrir aussi l'asso et de lancer de nouveaux programmes.

Jason En tout cas, c'est la vision. Je dirais qu'en termes de ratio, peut-être que le ratio d'actifs est toujours le même qu'avant, sauf que comme avant c'était 3 personnes sur 7, maintenant on est 21, donc il y a 10 actifs. Le but c'était de recréer un noyau dur actif qui ait un rôle d'administrateur, une légitimité pour s'approprier l'asso et donc bouger les 50 autres adhérents qui, eux, sont parfois juste adhérents pour soutenir l'asso chaque année. Et d'autres, il faut les motiver pour qu'ils deviennent actifs. Et comme on a beaucoup de réseaux, les gens autour de nous, ils sont là. C'est juste qu'on ne leur avait jamais vraiment demandé de s'investir. À chaque fois qu'on a contacté quelqu'un pour dire : « tiens, tu ne veux pas cette année, viens au CA parce que tu es investi dans notre communauté au sens large, tu as des choses à dire, peut-être tu organises déjà ta communauté locale à Toulouse ou à Paris, pourquoi tu n'es pas dans l'asso en fait ? » Et puis à chaque fois, on nous a dit : « bah ouais, carrément, mais en fait personne ne m'avait jamais proposé ou je ne savais pas que c'était possible. » Et qu'est-ce que je pourrais faire ? « C'est pas grave, viens, on verra. »

Karl Alors, ça fait peut-être la transition justement sur le fait que toi, tu aies pris la présidence de l'association. Comment est-ce que toi, tu en es arrivé là, peut-être déjà ? Et puis, c'était quoi les défis que tu as rencontrés ? Est-ce qu'il y a eu des points de tension, à la fois organisationnels et pratiques en particulier ?

Jason Moi, je suis membre de l'asso officiellement depuis 2020. Je ne sais plus exactement, ça devait être la période du Covid. Je m'embêtais et du coup, je suis rentré dans l'asso. J'ai juste pris une adhésion pendant quelques années de soutien, vraiment. Je payais mon adhésion et je ne m'étais pas posé plus de questions que ça. Et en fait, j'ai fait la démarche de me pointer à une réunion. Et comme il n'y avait pas grand monde au CA, j'ai été élu au CA. Et en fait, je me suis fait embarquer – enfin, je le voulais bien. Et comme en plus j'ai eu le malheur de dire que j'aimais bien faire des CR parce que mon métier, c'est chef de projet, du coup j'ai été élu secrétaire. Donc, en fait, je me suis pointé comme ça en disant « Coucou, je suis là ». Et en fait, du jour au lendemain, j'étais au CA et secrétaire. Et comme quoi, ça peut vite changer aussi. Je dis ça, mais je ne l'ai pas subi. Ça m'a surpris. Mais en même temps, c'est intéressant parce que, vu de l'extérieur, souvent, les assos ont l'air organisées, actives, etc. Et finalement, quand on s'intéresse aux organes de décision et qu'on vient aux réunions, on se dit : mais comment vous réussissez à faire tout ça ? Alors que finalement, on a l'impression que ce n'est peut-être pas toujours aussi organisé ou professionnel dans l'approche qu'on l'imagine. Parce que nous, on voit le résultat final d'un événement de loin.

Jason Quand on s'intéresse et qu'on vient aux réunions d'AG qui sont ouvertes dans la plupart des assos – moi je viens d'envoyer la convocation de la prochaine AG et je mets : si vous n'êtes pas membre de l'asso, vous avez le droit de venir, juste vous n'aurez pas le droit de parler, vous n'aurez pas le droit de voter, mais n'importe qui a le droit de venir, c'est ouvert –, c'est là où je me suis dit : OK, je vais essayer de filer un coup de main. Et puis de fil en aiguille, après 2-3 ans de secrétariat, assez naturellement, Valérie qui avait été présidente et était vice-présidente à ce moment-là, et Éric qui était président et qui voulait passer la main, m'ont dit tous les deux : « Écoute, toi t'es actif, t'as l'air d'en vouloir, t'as des idées, tu nous challenges sur pas mal de trucs. » Et je pense qu'ils se sont dit : « Bon, vas-y, on va lui filer la présidence. Et puis il verra que c'est pas si simple. » Je pense qu'il y avait un petit côté de « C'est cool, on a quelqu'un qui prend naturellement le relais » et en même temps un petit côté « Vas-y, confronte-toi à la réalité de la présidence, et puis tu verras que peut-être ce que tu nous remontes, c'est pas si simple à mettre en place. »

Jason Alors, un an après ? On a quand même mis en place pas mal de choses. Le fait qu'Éric et Valérie en particulier restent dans l'asso et décident de prendre le lead sur un groupe de travail justement événementiel a aidé à structurer. En fait, ça s'est bien complété. Même si au début, toujours un peu les petites tensions entre ancien président et nouveau président sur « OK, tu devrais faire comme ci, comme ça ». Et puis, toi, t'es nouveau, t'as pas forcément envie qu'on te dise comment tu dois faire dans ton nouveau poste. Mais finalement, ça s'est fait sans trop d'accrocs. Il y a eu assez peu de problèmes.

Jason Après, comme on a pas mal de groupes de travail, c'était plus sur le côté administratif que ça a été relou. On parlait de la banque tout à l'heure – le plus gros cauchemar que j'ai rencontré cette année avec ma trésorière Marjorie, c'est de récupérer des accès. C'était Éric qui était président qui avait les accès à la banque. Notre trésorier historique avait quitté l'équipe il y a deux ans à peu près. Du coup, Marjorie était devenue trésorière – un peu par intérim au début –, et puis le temps que ça s'officialise, qu'on contacte l'agence qui était dans un autre département, là où il y avait un ancien président – c'était en fait sa banque personnelle, donc il avait mis le compte de l'asso à cet endroit-là. Donc, on n'avait plus trop de relations avec la banque. Le temps qu'ils me disent « Mais vous êtes qui ? » et qu'on envoie un paquet de papiers impressionnants par la poste… Un truc incroyable.

Karl Pour des gens de la tech, ça vous assure ?

Jason Non, mais moi, je n'avais jamais envoyé de dossier papier par la poste. Même pour mon emprunt maison, on a tout signé électroniquement. Eux, il fallait qu'on envoie des copies de cartes d'identité par la poste, à l'agence, dans les Landes. Alors que nous, on est aux quatre coins de la France. Donc, il fallait que je centralise, que les copains m'envoient leurs documents, que moi j'imprime, que je mette dans une enveloppe et que j'envoie. Ça paraît bête dit comme ça, mais moi, je ne comprenais pas. J'en suis là à un an et on n'a toujours pas changé de banque – c'est de la volonté quand même. En fait, on aimerait bien les quitter. Sauf que les néobanques auxquelles on est plus habitués, il n'y a pas de livret A pour mettre nos sous. Elles ouvrent des comptes courants, ça, il n'y a pas de problème. Par contre, les livrets, c'est mort. Ou alors, c'est sous les conditions de livret professionnel qui coûte cher. Ou alors, les cartes bleues coûtent 50 euros le mois. Alors que nous, encore une fois, on a des flux de 10 000 euros par an. Donc, payer 50 euros par mois pour une CB, c'était un peu délirant.

Jason Et on a essayé des banques plus traditionnelles – je ne veux pas forcément les citer parce que c'était peut-être juste la personne qu'on a eue –, et ça a été pire que les déclarations à la préfecture pour changement de président, qui sont déjà pas simples. Du coup, on a abandonné pour l'instant. On a dit : on laisse passer l'AG, et après, la trésorière s'en chargera. D'ailleurs, il paraît que tu peux demander à La Poste de t'imprimer les documents PDF que tu as.

Karl Demander à la poste de t'imprimer les documents PDF que tu as.

Jason Oui, tu peux aller sur leur site, leur faire imprimer et leur demander de l'envoyer à ta place.

Yaël Je vais dire, effectivement, la banque, je pense qu'il faudra qu'on fasse un épisode dessus. Et c'est vrai que pour les questions de passation, moi, je l'ai fait il y a un an aussi. Et c'était assez impressionnant, mine de rien. Tout le monde était à Paris, donc il n'y avait pas ce côté complètement éclaté en France. Et tout le monde a dû venir pour signer officiellement la passation et la clôture de la caisse de l'ancienne équipe, etc. D'ailleurs, ce qui était un peu bizarre, c'est que moi, je n'ai servi à rien pendant toute la réunion. C'est à peine si la personne m'a regardée. Alors que j'étais bien sûr l'ancienne trésorière pendant quand même plus de six ans. Mais en tout cas, je faisais juste la parenthèse pour dire que vous avez fait le choix de garder une CB, et d'ailleurs on n'est pas du tout obligé. Il faudra qu'on fasse un épisode parce que là, j'ai une association qui s'est créée il n'y a pas très longtemps et où la banque voulait absolument leur faire payer plus de 10 euros par mois. Alors qu'en fait, on peut tout à fait créer une asso gratuitement, sans carte bleue, sans rien, juste un compte chèque avec une carte de dépôt et normalement sans frais associés. Donc, prochain épisode à faire.

Jason Nous, c'est un choix pratique et pour ne pas faire peser les dépenses sur les épaules des adhérents. C'est-à-dire qu'il y a certaines dépenses où on pourrait dire à l'adhérent : OK, tu payes, après on te rembourse sur une note de frais. Sauf que quand c'est des choses qui vont dépasser quelques centaines d'euros, au-delà même de l'aspect organisationnel, en termes d'approche, je trouve que ça ne se fait pas. Si c'est des frais de fonctionnement, c'est à l'asso de les payer elle-même. Et nous, dans le cadre de notre activité liée au web, on a des achats de licences, de logiciels. Zoom, par exemple – qui est notre logiciel de visio –, tu ne peux pas ne pas payer par CB. Il n'y a pas le choix, de toute façon. À moins d'avoir un volume important. Surtout, pour des logiciels à l'étranger, en dehors de l'Europe, ça va être des paiements en dollars. Donc une CB, de toute façon, on va se prendre des frais. Donc une CB, ça reste le plus pratique.

Jason Après, on a aussi le cas qu'on fait des virements à la fondation quand on fait du sponsoring d'événements locaux – la fondation aux États-Unis, en dollars. Donc, notre petite agence dans les Landes, quand je leur ai dit qu'on avait notre siège à Paris parce qu'on a une domiciliation, une boîte aux lettres qui m'envoie un PDF scanné du peu de lettres qu'on reçoit, et que j'habite en Charente, que la trésorière est à Tours, ils m'ont dit « Mais là, c'est trop bizarre. » Donc, ça fait un an. Et puis, on procrastine le changement. On a essayé avec une ou deux banques, et puis ça avait l'air d'être super compliqué. Il n'y a pas, comme pour les particuliers, le portage de comptes vers une autre banque – ça n'existe pas pour les pros et pour les assos. Donc, il fallait un dossier super épais avec tout un tas d'informations. J'imagine que pour des grosses assos, ça doit être l'enfer.

Karl Pour le coup, les grandes assos peuvent avoir les moyens d'avoir des comptes pros et donc des néobanques et donc tout ce qui va avec en termes de simplification des procédures.

Jason Et puis, on n'a pas non plus d'expert-comptable, ce qui change peut-être à un moment. Il paraît qu'à Paris, il y a une agence de je ne sais plus quelle banque qui est spécialisée dans les assos et qui n'a que des assos.

Yaël Nous, on avait contacté le Crédit Coopératif, par exemple, qui a quand même pignon sur rue et qui dit qu'il bosse beaucoup avec l'ESS.

Jason Alors, leur process n'était pas du tout informatisé, donc ça nous avait un peu fait fuir. Peut-être aussi que c'est nos attentes qui sont irréalistes et que des banques digitalisées pour les assos, ça n'existe pas encore. Donc il y aura peut-être des gens qui nous écouteront et qui lanceront leur startup ou leur néobanque pour assos. Ce serait pas mal.

Karl Oui, parce qu'effectivement, aujourd'hui, quand tu es une asso, soit tu ne veux pas payer trop cher pour des frais bancaires, et donc tu te restreins aux banques traditionnelles qui vont avoir notamment des comptes chèques gratuits, voire même avec carte bancaire parfois gratuite, mais qui sont sur des process qui sont extrêmement old school. Et sinon, l'alternative, c'est les comptes pros d'entreprises qui sont beaucoup plus chers, mais qui offrent une grande souplesse. Et c'est vrai que l'entre-deux est quasi inexistant. En tout cas, il n'y a pas de forfait association dans les néobanques à notre connaissance.

Jason Et dans les deux cas, ce ne sont pas des spécialistes du monde de l'ESS ou des assos. Moi, ça ne me dérangerait pas de payer un service un peu plus élevé, mais en phase avec mes besoins. Quand on parle de banque, quand tu as un besoin en général, ce n'est pas dans six mois. Tu as un besoin de trésorerie, un besoin de lancer un événement, d'avoir une avance. Ça ne me dérangerait pas de payer un peu plus cher si derrière le service est correct. Je n'attends pas non plus d'une banque pour une asso qui a 10 000 euros de flux d'avoir une appli ultra moderne, mais un minimum pour qu'on soit autonome. Et puis peut-être quand même d'avoir un conseiller quand on en a besoin. Voilà, c'est ça.

Karl La liste est dressée. Maintenant, si des banques ou des entrepreneurs nous écoutent, vous êtes bien.

Jason Nous, on changera de banque. Ce sera le projet pour cette année.

Karl Je vois que ça fait 1h15 qu'on parle. On va peut-être pouvoir s'arrêter là.

Jason Si peut-être juste un petit complément sur la contribution en tant que salarié. Parce qu'il y a juste un truc que je peux dire à ce sujet-là : dans notre communauté, il y a un truc international lié à WordPress qui s'appelle 5 for the Future – « 5 pour le futur ». Et je pense que ça peut être intéressant pour pas mal de monde. L'idée, c'est qu'avec toutes les limites qu'on peut trouver au système, il a été conceptualisé que pour que le logiciel WordPress perdure, il faudrait que chaque acteur qui fait partie de l'écosystème redonne 5 % de son chiffre d'affaires, de son temps, de sa compétence à la communauté. Si tu es développeur, ça peut être 5 % de ton temps pour développer le logiciel WordPress et pas juste tes projets qui utilisent le logiciel WordPress. Si tout le monde faisait ça, il n'y aurait plus la tragédie des communs.

Jason La tragédie des communs, c'est un concept assez connu, conceptualisé je crois dans les années 1960-70, qui n'est pas liée au web en particulier. En gros, c'est le fait qu'il y a toujours des gens qui profitent et des gens qui sont exploités dans l'open source et le libre de façon générale. Et donc la réponse de Matt Mullenweg à ça, c'était de dire « 5 for the Future » : si tout le monde s'y tient, le logiciel va continuer à être bien développé, traduit, entretenu. Par contre, si tout le monde ne fait que l'utiliser dans le mauvais sens – c'est-à-dire l'exploiter vraiment, en se disant « ce logiciel est open source, il est gratuit, je vais pouvoir vendre des prestations avec, et par contre je ne vais rien faire en échange pour que ça perdure » –, ça, c'est vraiment spécifique à notre communauté. En tout cas, ça a été appelé comme ça dans notre communauté. Et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui, quand même pas mal de sociétés, jusqu'à la fin de l'année dernière où il y a eu des changements dans la communauté, c'était appliqué dans pas mal de sociétés qui ont fait que WordPress était plus lié qu'à son fondateur ou à une ou deux sociétés. Et ça a permis à ce logiciel de continuer à être développé et d'atteindre environ 40 % des sites web dans le monde – après, la stat est à prendre avec toutes les pincettes qu'on peut avoir. Et moi, par exemple, j'ai 5 % de mon temps chaque semaine qui est dédié à la communauté dans ma boîte.

Yaël Tu veux dire que c'est dans ta fiche de poste ? Ou quand même pas formalisé à ce point ?

Jason Peut-être pas dans ma fiche de poste, mais c'est une stratégie qu'on a validée à l'agence pour toutes les personnes qui le souhaitent. Donc ça doit représenter environ 3 heures dans la semaine – presque une demi-journée qui est dédiée à la contribution. Et ça, c'est quand même significatif. C'est pour ça que j'aimerais bien qu'on le valorise dans le budget de l'asso, parce que nous, on n'est que des professionnels du monde du développement informatique, quasiment. Et pour certains, c'est des freelancers – ça a une incidence directe sur le chiffre d'affaires, sur le travail qu'ils peuvent faire au quotidien. Voilà. Ça, c'est peut-être le truc un peu plus typique dans notre communauté. Une des réponses de notre écosystème au problème de la tragédie des communs. Qui peut être critiqué, qui est lié au monde professionnel et commercial, et du coup, qui pose plein d'autres questions. Mais en tout cas, c'est un modèle qui fonctionne depuis 20 ans.

Yaël Merci beaucoup, Jason. Et merci de nous avoir accompagnés et d'avoir répondu à nos questions pour ce nouvel épisode de Questions d'asso, le podcast par et pour les assos. Et merci à vous de nous avoir écoutés. On espère que cet épisode vous aura été utile et que vous aurez pris plaisir à l'écouter. Si notre discussion a pu faire écho à des situations que vous avez pu vivre, nous vous invitons chaleureusement, comme d'habitude, à nous le dire en nous envoyant vos témoignages par mail à l'adresse hello@questions-asso.com, que vous retrouverez dans la description de cet épisode. Pour rappel, vous pouvez nous suivre sur votre plateforme de podcast préférée : SoundCloud, Spotify, Deezer, Apple Podcasts ou Peertube. Vous pouvez également vous abonner à notre newsletter pour ne manquer aucun épisode. Et vous retrouverez toutes les informations, les liens et les ressources que nous avons évoquées durant notre discussion sur notre site web. Cet épisode a été réalisé avec le soutien de la MAIF. Aujourd'hui, c'est Guillaume Desjardins de Synchrone TV qui était à la réalisation, et la jolie musique que vous allez maintenant entendre est l'œuvre de Sounds of Nowhere. Merci de nous avoir écoutés et rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode de Questions d'asso.