Comment faire de l’inclusion en autofinancement ?
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Yaël Question d'asso, le podcast part et pour les asso. Ça ne tient plus. C'est le mot d'ordre lancé par le mouvement associatif et repris par de très nombreuses associations prises en étau entre des financements qui baissent et des besoins qui augmentent. Pour y répondre, l'injonction faite aux associations est d'hybrider leur modèle économique, compléter les subventions publiques par le recours aux bénévolats, la recherche de dons privés ou encore de prestations. Une piste peut être moins explorée est celle de la structuration juridique d'une association. Le statut juridique d'une association est d'une grande souplesse. Peut-on la mettre au service de la consolidation du modèle économique? Comment choisir son siège social? Faut-il créer d'autres établissements? Une association peut-elle devenir une holding d'associations ou d'entreprises? Et quelle gouvernance pour un tel réseau? Ce sont ces questions que nous vous proposons d'aborder dans ce 27e, déjà 27e, épisode de Questions d'asso, Le podcast par et pour les associations. Et pour aborder cette thématique, nous recevons aujourd'hui Matthieu Renard, directeur général de SEVE Mobilier, de SEVE Tout Court. De SEVE Tout Court, on va y revenir. Bonjour Matthieu. Bonjour. Et nous recevons également un autre Matthieu, qui est déjà intervenu plusieurs fois dans le podcast. Matthieu Castaing, de la coopérative d'expertise comptable et de conseil Finacoop, dédiée à l'ESS et particulièrement aux associations. Bonjour Matthieu.
Matthieu Bonjour, bonjour.
Yaël On va essayer de ne pas s'embrouiller dans les Matthieux, mais ça devrait marcher. Pour cet épisode, ça va être un peu spécial parce qu'on n'aura peut-être pas de questions d'experts à proprement parler, mais on aura bien besoin en tout cas de ton expertise et de tes éclairages au fil de l'eau parce que le sujet est un poil technique quand on arrive sur les montages juridiques. Et pour animer ce podcast, j'ai moi-même le plaisir d'accompagner Domitil. Bonjour Domitil. Bonjour. Une voix que les plus assidus d'entre vous auront reconnue. Domitil, tu as été notre première invitée pour parler du risque de dépendance des associations au modèle des subventions. Tu nous avais présenté le cas de ton association Fab Lab et on a eu le grand plaisir de te recevoir il y a quelques mois pour un bilan, trois ans après. On est très heureux de t'avoir sur cette fin de saison et j'espère pour la suite avec Karl et Ludo, l'équipe grandit et ça fait plaisir. Cet épisode de Question d'asso est réalisé par Guillaume Desjardins de Synchrone TV sur une musique de Sound of Nowhere. Vous pouvez vous abonner à Question d'asso sur votre plateforme de podcast préférée sur Apple Music, Spotify, Deezer, SoundCloud Peertube. Vous pouvez également écouter ce podcast directement sur notre site web question-asso.com où vous retrouvez une version textuelle de ce podcast. A vérifier qu'on est bien à jour, je ne suis pas complètement sûre. Et on est très heureuse d'être avec vous pour ce nouvel épisode de Questions d'Asso. Installez-vous confortablement et c'est parti! Et nous retrouvons domitile pour l'édito.
Domitille Merci Gaëlle et bonjour tout le monde. Aujourd'hui, nous allons parler de modèles juridiques d'une association. Souvent, c'est un statut qui est vanté comme très souple, car pour créer une association, il suffit d'être deux, avoir un projet commun, rédiger des statuts, les voter en assemblée générale et les envoyer à la préfecture. Mais derrière ces démarches qui se font parfois sur un coin de table, il existe de multiples possibilités juridiques à mettre au service de nos missions associatives, mais aussi de nos modèles économiques. Un secteur qui reflète la richesse de ces modèles juridiques est celui de l'IAE, c'est-à-dire l'insertion par l'activité économique. Le principe de l'IAE est de recruter grâce à des contrats de travail spécifiques des personnes au chômage qui rencontrent des difficultés sociales ou professionnelles. L'objectif est de conduire progressivement ces personnes vers la formation ou un emploi dit classique grâce à un cadre de travail adapté et un accompagnement personnalisé. Dans cette grande famille de IAE, on compte 5 types de structures. Attention, c'est parti pour les acronymes. Les EI ou entreprises d'insertion. Les ETTI ou entreprises de travail temporaire d'insertion. Les fameuses EITI qui sont nouvelles ou entreprises d'insertion par le travail indépendant. Les ACI ou ateliers et chantiers d'insertion. Et les AI ou associations intermédiaires. Pour corser un peu, sachez que celles qui ont entreprises dans leur nom peuvent quand même être des associations, parce que les associations sont des entreprises comme les autres. Ou pas. A chacun de ces statuts sont associés des missions différentes avec leurs contraintes, notamment en termes de profil des salariés en insertion ou de limitation de leur chiffre d'affaires. Ainsi, dans un ACI, les recettes issues des ventes de biens ou de services ne peuvent pas dépasser 30%, parfois ça peut monter jusqu'à 50% s'il y a des exceptions, des charges de la structure. Et à ces contraintes sont associées des avantages économiques, Le plus important est celui de l'aide au poste, une subvention qui est versée par l'État pour chaque personne en insertion recrutée. Le montant de cette aide varie en fonction du statut de la structure d'accueil. Il y a une part fixe, une part variable qui dépend des efforts de la structure dans l'accompagnement des salariés. Au-delà de cette aide qui est versée par l'État, des subventions complémentaires peuvent être versées par la région, le département ou encore les communes. Donc là, on voit bien que l'implantation géographique est un sujet stratégique. Voilà, c'est pour lever un coin du voile sur les subtilités juridiques du domaine, mais Matthieu, on te laissera compléter et préciser. Aujourd'hui, ces associations sont aussi touchées par les difficultés économiques, gel ou baisse du montant des subventions, délai de paiement allongé, retrait de certains financeurs, mais surtout une grande incertitude sur les financements futurs. Et bien sûr, une exigence toujours plus forte des financeurs, mais aussi une augmentation des besoins sur le terrain et auprès des personnes accompagnées. Face à cette situation plus que morose, comment continuer à faire de l'insertion en 2025 et surtout dans les années qui vont suivre? C'est cette question que nous souhaitons explorer avec toi Matthieu, en se demandant comment mobiliser toutes les ressources liées à notre statut associatif.
Yaël Merci beaucoup Domitile pour ce premier aperçu. Matthieu, avant que tu nous présentes un peu les difficultés que vous avez pu rencontrer ces dernières années et surtout les stratégies que vous avez mises en place pour consolider votre modèle et continuer à faire de l'inclusion, on te propose de commencer par la carte d'identité de Sèvres. Tu nous diras, parce qu'il y a plusieurs structures. Et ces trois questions composent en tout cas à toutes les associations pour que les auditeurs et les auditrices comprennent un peu où vous vous situez dans le paysage, le grand paysage du monde associatif. Alors, est-ce que tu es prêt?
Matthieu Je suis prêt.
Yaël Première question. Normalement, ce n'est pas trop piège. Qu'est-ce que vous faites?
Matthieu Chez Sèvres, on a deux métiers. Notre premier métier, c'est un métier de solidarité. En effet, le métier l'a bien expliqué à travers l'IAE. Notre boulot, c'est d'embaucher des gens qui sont dans une situation de précarité ou qui n'ont pas accès tout de suite au marché du travail classique et qui ont besoin d'un tremplin, un accompagnement pour retrouver confiance en eux, résoudre des freins à l'emploi et se projeter dans un boulot classique. Notre deuxième métier, c'est d'être fabricant de meubles. Ce sont des meubles un petit peu particuliers, parce que d'une part, ils sont faits par nos salariés en insertion qui, de base, ne sont pas des menuisiers ou des soudeurs. et surtout ils sont faits à partir de matières recyclées. Notre but c'est de ne pas extraire de nouvelles matières pour fabriquer nos meubles, on est dans le champ de l'upcycling et donc je parlais de solidarité de circularité et la troisième valeur de notre structure c'est le design et le beau. On est persuadé que si on veut que les personnes qu'on accompagne aient leur juste place dans la société et que les matières qu'on récupère soient aussi regardées à leur juste valeur, il faut faire du beau il faut faire du désirable, donc le design ça irrigue vraiment notre action d'insertion et de fabrication de meubles.
Yaël Merci. Et du coup, j'anticipe un peu, mais en plus, ça fait longtemps que vous existez.
Matthieu Oui, oui. Donc, au départ, SEVE, c'est une association qui s'appelle Le Bois de Demain, avec un petit jeu de mots dedans. C'est une association qui a été créée en 2015 à Soissons, en Picardie, à une heure au nord-est de Paris, et qui a ouvert un premier chantier d'insertion à Soissons en 2016. Aujourd'hui, on a trois structures qui produisent des meubles. celle à Soissons qui emploient 35 personnes, une à Metz qui est dans un centre pénitentiaire qui emploie 7 personnes et une en Bretagne qui emploie 4 personnes et qui, on l'espère, aura son agrément d'insertion l'année prochaine.
Yaël Du coup, ça fait une très bonne transition avec la deuxième question de la carte d'identité qui est, alors, comment vous êtes organisé? Peut-être comment se prennent aussi les décisions et comment se compose le collectif entre justement les salariés, les bénévoles? En plus, il y a un statut peut-être un peu spécial pour les salariés en insertion?
Matthieu Raccrochez-vous. Jusqu'à l'année 2025, on était une association, à ma foi, tout ce qui est de plus classique, avec des adhérents, un conseil d'administration, un bureau qui prend les décisions stratégiques et puis une partie salariée avec une direction qui travaille en binôme avec le président. Et puis après, des salariés en parcours d'insertion qui sont en contrat à durée déterminée d'insertion, et puis des CDI. Donc ça fait 35 personnes, 25 en insertion, 10 en CDI, et puis une association d'une vingtaine de membres. Aujourd'hui, on a complexifié, donc c'est ça dont on va parler aujourd'hui, un petit peu l'histoire, puisque l'association existe toujours, mais au-dessus d'elle, on a créé une tête de réseau, autrement appelée une holding, qui est une SIC, donc une société coopérative d'intérêt collectif, qui a la gouvernance de l'association, et qui a ouvert en Bretagne une entreprise qui est une SAS, qui va avoir l'agrément d'insertion. Et donc le rôle de cette tête de réseau, c'est de fédérer différents ateliers d'upcycling et d'insertion en France, dans une même direction, et de falliciter le travail de levée de fonds, de stratégie, d'accès aux clients, aux ressources, et la politique de solidarité. Donc les décisions se prennent au sein de l'association, avec le bureau, une assemblée générale, des CA, de façon classique. Et puis, au sein de la société coopérative, c'est un modèle plus coopératif où il y a cinq collèges d'associés, que sont les salariés, les financeurs, les personnes qualifiées, qui sont un peu les gens qui accompagnent le projet depuis le début, les partenaires et bénéficiaires, et les directeurs et directrices de sites qu'on associe aux directions prises par l'ensemble du groupe.
Domitille Et peut-être une question, dans le collège de salariés, est-ce qu'il y a les salariés en insertion Est-ce que tu peux nous faire aussi un petit point sur le statut des salariés en insertion?
Matthieu Les salariés, c'est la subtilité, c'est les salariés de la SIC et pas les salariés des filiales en dessous qui ne rentrent pas en tant que salariés de la coopérative. En réalité, c'est 100% de la SIC qui est deux personnes. Amandine Devrind, qui est responsable développement, et moi-même qui suis directeur général. Les salariés en insertion, leur contrat en effet, c'est un CDD d'insertion. Ce qui fait que nous, c'est des CDD de 4 mois qui sont renouvelés jusqu'à 2 ans au maximum, en moyenne 14-15 mois, jusqu'à temps qu'ils trouvent un emploi pérenne. Ce qui fait qu'en fait, les salariés peuvent partir du jour au lendemain dès qu'ils ont un boulot classique. On est très content de faire un peu de départ et de leur dire bon vent.
Yaël Ce que tu disais tout à l'heure, c'est que vous n'insérez pas forcément dans les métiers du bois.
Matthieu Oui, tout à fait. Notre but, c'est qu'on ne demande pas aux gens d'être bricoleurs quand ils arrivent, d'être menuisiers. On ne leur demande pas d'être menuisier quand ils repartent. Le but, c'est vraiment de se servir de nous comme un tremplin. Et demain, je sais qu'il y a un salarié qui part vers une usine de chips. Il y a une peintre en bâtiment. Il y a quelqu'un qui ramasse des champignons. C'est vraiment très varié. Et le but, c'est qu'ils trouvent ensuite les ressources en eux pour se projeter vers un emploi classique et comprendre qu'ils sont capables d'aller bosser dans n'importe quelle boîte qui leur conviendra.
Yaël Merci. Et du coup, avant d'aller plus loin, parce que ça va être vraiment le cœur du podcast que tu nous expliques un peu plus précisément tout ça, est-ce que tu peux nous dire un peu comment vous êtes financé et peut-être nous donner aussi un ordre de grandeur de votre budget?
Matthieu Le budget de Soissons, qui est l'antenne principale, c'est un million d'euros annuels. Et les structures émergentes sont à peu près à 200 000 euros. Donc, ça fait un point total de 1,4 million, 1,5 million en 2025. Si je prends les exercices précédents, en effet, comme l'a rappelé Domiti, on est sur un modèle chantier d'insertion donc on doit avoir 70% de nos recettes qui proviennent de subventions 70% de nos charges couvertes par des subventions ce qui n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui on a un métier qui est assez technique donc on a des charges qui sont importantes notamment salariales, on a des designers, on a des menuisiers qualifiés on a des responsables développement et donc aujourd'hui les subventions étant en baisse c'est vrai que c'est de plus en plus difficile de respecter ce quota et donc les financeurs principaux ce sont la DETS, les antennes locales du ministère du Travail, le conseil départemental de l'Aisne, pendant longtemps l'agglomération du Grand Soissons et les fonds européens à travers le FSE sont nos financeurs principaux et puis après pour plutôt en mode projet ou investissement les fondations d'entreprise avec lesquelles on a beaucoup travaillé
Yaël Merci Demitil, je te laisse la main pour lancer
Domitille l'interview. Parfait, et bien pour cette première partie, on voulait revenir avec toi sur l'histoire du boîte de main et de Sèvres. Comment est-ce que vous vous êtes passé de l'un à l'autre? Alors peut-être que tu peux nous rappeler votre point de départ.
Matthieu Ouais, alors le point de départ de l'asso, c'est une histoire familiale, puisque c'est mon père qui a créé l'association. Lui, il a été cadre dans l'industrie toute sa vie, diriger des usines agroalimentaires. Et à la suite d'une restructuration dans sa boîte, comme il dit, on lui a conseillé de faire valoir ses talents ailleurs à 58 ans. Ça a été un épisode assez traumatique, difficile en tout cas, de son histoire et puis de notre histoire familiale. C'est quelqu'un de très actif et donc quand il s'est retrouvé au chômage en parallèle de chercher du boulot, il a commencé à donner du temps dans des assos, en particulier les restos du cœur et la Croix-Rouge à Soissons et en fait, il s'est rendu compte qu'il y avait des gens qui ne mangeaient pas, qui habitaient à 800 mètres de chez lui et qu'il n'avait jamais vu. Ça fait 30 ans qu'il habitait Soissons et en fait, avec une vie très active de cadre qui bossait à Reims, etc., ça l'a vraiment interpellé de se dire comment est-ce qu'à moins d'un kilomètre de chez moi il y a des gens qui ne mangent pas et je ne les connais pas et je ne fais rien pour eux donc ça ça l'a beaucoup frappé et en fait il se trouve qu'à l'époque je pense que les règles ont changé mais à l'âge où il s'est fait licencier il n'avait pas besoin de chercher du travail il avait assez de chômage pour aller jusqu'à la retraite donc il s'est dit en gros soit je reprends un boulot à l'autre bout de la France soit je vais jouer au golf soit je profite de ce temps-là qui m'est donné pour créer quelque C'est ce qu'il a fait en créant l'association. Il a dirigé pendant cinq années bénévolement. Il était président et directeur bénévole. Lui, il s'est dit, je veux employer des gens qui galèrent. Il avait une passion un peu pour le bois. Il a toujours aimé bricoler. Il n'y avait pas d'exutoire sur le territoire là-dessus. Il a ramassé quelques bouts de bois, trois bénévoles. Ils se sont mis dans un hangar. Ce n'est pas Steve Jobs, mais ça ressemble un peu au début. Ils se sont dit, qu'est-ce qu'on peut bricoler? Et donc, ça a été assez fructueux. En 2016, ils ont eu l'agrément chantier d'insertion. Donc, ils ont ouvert avec six salariés à l'époque. Un menuisier qui est venu prendre l'encadrement. Et puis, l'association a grandi jusqu'en 2020. En 2020, il y a eu le Covid. Donc, ça a remis à plat beaucoup de choses. En tout cas, c'était une pause nécessaire. C'est poser la question de la transmission. Parce que lui, il commençait à vouloir prendre un petit peu de distance. Et puis, l'association reposait quand même beaucoup sur lui et son engagement bénévole à six jours sur sept. donc c'était pas très pérenne et donc il m'a proposé de rejoindre l'association en tant que CDD pour porter plutôt sur le changement de modèle économique et travailler plutôt en B2B, là où on faisait beaucoup des meubles B2C avant, donc plutôt pour les particuliers de passer plutôt sur des séries de meubles pour professionnels donc ce que j'ai accepté puis le bureau de l'association, après ma mission, m'a proposé de reprendre la direction, ça c'était en 2021 et donc là ça fait 4 ans j'ai dirigé l'association pendant 4 ans avant de prendre la tête de la SIC il y a deux mois.
Yaël Et peut-être du coup, c'est une bonne transition aussi. Pourquoi ce besoin ou cette mission qu'on t'a donnée de passer du particulier à professionnel? J'imagine que ça ne sortait pas de nulle part.
Matthieu Ça ne sortait pas de nulle part et ça fait tout à fait le lien avec ce qu'on... C'est tout à fait la même question de financement et puis de progression qui nous amène à structurer le groupe aujourd'hui. En fait, on voyait dans l'asso qu'on atteignait un plafond de verre atteignit à l'époque un plafond de verre puisque les meubles qu'on récupérait des particuliers, c'était l'armoire normande de mamie dont personne ne voulait. Ça prend du temps de la démonter. On n'a que des pièces uniques, des bouts de bois très moulurés. Et puis fabriquer un buffet pour monsieur et madame. C'est un buffet qu'on fait une fois, on fait tous les plans et les salariés en insertion étaient en difficulté après parce que ce qu'ils avaient appris la veille, ils ne pouvaient pas le refaire le lendemain. Et encore une fois, ce n'est pas des gens qui sont professionnels du bois donc c'était très compliqué pour eux et ça faisait un petit peu qu'il y avait ceux qui pouvaient juste démonter les meubles et ceux qui étaient un peu plus bricoleurs qu'ils pouvaient fabriquer. Mais donc, ce n'était pas forcément idéal. Et au niveau économique aussi, c'était très compliqué de faire de la série, très compliqué de se développer, de financer un poste de direction parce qu'on ne gagnait vraiment pas du tout assez d'argent. Et donc, l'idée, c'est plutôt d'aller vers le B2B pour aller récupérer des déchets qui sont relativement standards et aussi de fabriquer plutôt pour les professionnels qui, au lieu de commander une table sur mesure pour leur salon, ils vont en commander 20 pour tout leur bureau. Et donc, c'est beaucoup plus simple de faire de la série, d'être rentable, en tout cas d'être à l'équilibre, et aussi d'autonomiser les salariés en insertion sur des opérations qu'on a bien découpées.
Domitille Et peut-être, quand vous êtes en train de faire cette transition, qu'est-ce qu'il y a à la gouvernance de l'association et qui va penser avec vous ces changements?
Matthieu On a la chance, et puis je pense que c'est construit aussi, d'avoir une association qui est très vivace. Donc, il y a toujours eu un bureau et un CA très actifs avec des bénévoles impliqués, qui pesante beaucoup de jus de cerveau pour arriver là où on en est aujourd'hui. C'est essentiellement une réflexion qui est portée par les bénévoles, par la direction, c'est-à-dire par moi ensuite. Après, on a été accompagnés dans plusieurs DLA, par plusieurs DLA, qui nous ont permis de clarifier. C'était vraiment le flou. Ça fait entre 3 et 4 ans qu'on réfléchit au plan qu'on met en œuvre en 2025. Au début, on sait que c'est le bazar. On sait que ça ne peut pas continuer comme ça parce qu'on a besoin de se développer et que les ressources baissent. Mais on ne sait pas du tout où on doit aller. On a exploré énormément de pistes, rejoindre un plus gros ensemblier, fermer. On a vraiment creusé beaucoup de choses avant de trouver ce qu'on fait là. On a eu le recours à beaucoup d'experts, financés par le DLA, par le Fidesz également. Donc ça, c'est France Active, qui nous a permis de financer des missions et d'avoir des experts qui nous aident à structurer.
Domitille Tu peux peut-être nous en dire plus, quels experts?
Matthieu Alors, on a eu des experts économiques, plutôt contrôle de gestion pour analyser un peu nos charges, pour analyser nos revenus, voir ce qu'on pouvait faire. Et puis aussi beaucoup d'experts juridiques, parce qu'on savait où on voulait aller. On savait qu'on devait produire en série, qu'on devait produire beaucoup plus pour pouvoir équilibrer. On voulait le faire aussi, parce qu'en fait, l'impact environnemental, il se mesure aussi à la tonne de matière recyclée. Là, on faisait à peu près 100 tonnes de matière recyclée par an. Il y a trois ans, on est plutôt à 150 là. C'est super, mais c'est 3 millions de tonnes de bois qui sont jetés par Anson Solution en France. C'est une goutte d'eau ce qu'on fait. On sait aussi qu'on veut produire plus. Après, les experts juridiques, ils nous ont vraiment aussi aidés à mettre, coucher sur papier, les intuitions qu'on avait en termes de gouvernance. On voulait aussi que le projet ne soit pas dénaturé en termes d'objectifs environnementaux et sociaux. On ne voulait pas que la réussite qu'on espérait profite soit à un groupe restreint de personnes, soit qu'il y ait un groupe de personnes qui puissent dire qu'on arrête l'insertion parce qu'ils travaillent avec des gens menuiser, c'est trop compliqué, ou travailler avec du bois recyclé, c'est trop compliqué. On préférait arrêter que faire ça. Donc, on a exposé ce qu'on voulait, on a beaucoup réfléchi, on a beaucoup itéré, et on a trouvé aujourd'hui une structuration qui n'est pas toute simple, je pense qu'on va en parler, mais qui est assez sur mesure par rapport à ce qu'on voulait faire, et qui a réussi à convaincre les personnes qu'on voulait convaincre.
Yaël Et du coup, je me dis, avant que tu nous présentes ça, je me tourne vers l'autre Matthieu, parce qu'en plus, je crois que tu vas devoir nous quitter au milieu du podcast. Est-ce que vous, justement, à Finacoop, vous avez pu travailler sur des réflexions de structures un peu similaires qui ont été obligées ou contraintes de changer leur modèle pour continuer à faire de l'insertion? C'est un problème que vous avez pu observer?
Matthieu Tout à fait. En effet, on voit apparaître de multiples stratégies. Ça peut aller de la coopération simple, sur la mutualisation de dépenses, par exemple le poste d'encadrant, de locaux. Ça peut aller sur des stratégies plus entre guillemets offensives de coordination d'offres ou de co-création d'offres pour aller chercher des nouvelles sources de financement, notamment ça peut être des fonds de ministère ou des fonds européens. J'ai un exemple en tête sur la transition écologique et l'accueil de jeunes transition écologique. ça peut être alors des stratégies aussi plus individuelles sur le fait de compléter le statut juridique à fonds juridiques d'ACI avec une EI pour aller chercher ça nécessite aussi un agrément ça se fait pas comme ça, même si pour l'état c'est beaucoup moins coûteux, on arrive pas toujours à avoir des agréments mais c'est aussi une aide qui permet de ne pas être sur des SAS classiques ou des SIC classiques sans aucune aide. Donc de faire une partie d'insertion avec un soutien de l'État, même si le reste à charge pour la structure est quand même beaucoup plus important qu'en ACI. Parce qu'il y a quand même 80% de reste à charge. Alors qu'en ACI, il y a 30% de reste à charge. Et ensuite, on a des stratégies. Il y a aussi des stratégies de on va dire de concentration, alors il y en a qui sont plus entre guillemets agressifs dans une logique de croissance donc tout ce qui est autour des rachats des fusions etc il y en a qui sont beaucoup plus axés sur garder l'ADN de l'insertion sur de l'ancrage territorial où on va essayer de se regrouper avec d'autres acteurs soit des pôles territoriaux de coopération économique des PTCE ou des logiques de tiers-lieu pour garder à la fois l'utilité sociale et aussi l'utilité territoriale.
Yaël Du coup, je rebondis et je me retourne vers l'autre, Matthieu, qui est autour de la table, parce que là, ce que tu dis, Matthieu, sur par exemple le choix de faire de la concentration, il me semble, tu disais aussi, du coup Matthieu, qu'en fait, il y a aussi les entreprises, là, si on sort du milieu associatif, mais qu'on reste plutôt sur les métiers du bois, en fait, il y a ces mêmes logiques-là qui sont à l'œuvre. C'est déjà des entreprises qui sont en train de bouger d'un point de vue de la structure.
Matthieu Oui, le secteur du bois et du meuble, en particulier en France, il est quand même en crise. Là, en 25 ans, on a perdu 25 % des capacités de production de meubles en France et 25 % du chiffre d'affaires aussi qui est fait par ces meubles. Donc, globalement, c'est un secteur bien, qui est très concurrencée et qui, pour survivre, se concentre de plus en plus dans des grosses usines avec des coûts d'investissement qui sont vraiment extrêmement importants, plusieurs millions d'euros pour équiper un atelier. Et donc, il y a une certaine logique aussi pour nous qu'on a suivi de créer d'autres structures qui étaient semblables à celles de Soissons parce qu'en fait, développer un meuble en économie circulaire, c'est-à-dire faire les plans, identifier un sourcing, avoir le fait qu'en fait qu'on en produise un ou qu'on en produise mille, c'est le même coût. Et donc se dire, nous on a fait un travail pendant 10 ans à Soissons pour développer ces meubles qui marchent bien. En fait, aujourd'hui, les partager avec d'autres structures qui travaillent comme nous et avec lesquelles on pourrait se rassembler pour gérer des déchets industriels, ça avait beaucoup de sens. Et y compris sur l'accompagnement social, on est sur un métier qui est très technique. Et donc finalement, embaucher quelqu'un qui la veille ne connaissait rien au bois et le faire travailler le lendemain sur une scie qui peut être très dangereuse, c'est une scie d'expertise qu'on a développée ici et qu'on souhaitait proposer sur d'autres lieux parce que c'est vraiment extrêmement transformateur. On en est persuadé pour les gens d'être fiers de ce qu'ils font et travailler sur des beaux objets.
Yaël Je profite, Matthieu, que tu es encore avec nous une dizaine de minutes. Est-ce que tu peux peut-être nous repréciser un peu les différents statuts juridiques et peut-être ce que ça engage d'un point de vue de la comptabilité ou fiscalité? Parce que c'est vrai que quand on ne connaît pas le secteur, c'est un peu confusant.
Matthieu oui je comprends alors je peux parler il y a 5 typologies dans les structures d'insertion par l'activité économique, les SIE en 3 grandes catégories il y a tout ce qui est autour de la production de biens et services où on retrouve les ateliers chantiers d'insertion, les ACI et les entreprises d'insertion, les EI on a tout ce qui est entre une mutualisation ou une mise à dispo de personnel où on retrouve les associations intermédiaires les AI ou les entreprises de travail temporaire d'insertion, les ETTI qui se développe aussi parce que ça répond aussi à une espèce de flexibilité recherchée par également le législateur qui veut orienter l'insertion beaucoup sur une politique de l'offre c'est à dire qu'on va s'adapter au secteur en tension on a du mal à recruter on va s'adapter à des territoires on a du mal à recruter c'est pour ça également quand ont été créés récemment les entreprises d'insertion par le travail indépendant encore notre dernier statut le iti c'est carrément des personnes indépendantes je crois qu'exemple le plus connu c'est lui dans ma rue si je me trompe pas et on est moins sûr et sur la politique de la demande ou avec des publics bénéficiaires qui aurait besoin d'être plus inséré que d'autres même s'il peut y avoir de ci de là par exemple en ce moment il y a beaucoup de crédits vers tout ce qui est personnes en sortie de prison des personnes incarcérées pour faire le lien avec la politique carcérale pour revenir sur les spécificités peut-être présenter les plus importantes les ACI et les EI donc les ACI qui ont une aide assez substantielle donc c'est des aides au poste alors même si on constate les aides au poste diminuent, le nombre de postes diminue d'année en année et il n'y a quasiment plus d'agréments les nouveaux ateliers et chantiers d'insertion qui sont délivrés pour autant il y a une aide substantielle et on authorise les ateliers et chantiers d'insertion à aller chercher 40% de ressources propres, parfois avec dérogation 50% c'est assez aligné avec la fiscalité qui authorise les assos d'intérêt général à avoir des ressources lucratives accessoires de l'ordre de 30-40% donc ça leur permet d'avoir des aides publiques d'avoir du mécénat je pense à une structure chez nous dans les Landes qui avait la marque Emmaüs à l'époque qui a levé beaucoup de fonds au moment de sa création c'était la ferme Emmaüs Bodone qui a levé 500 000 euros de mécénat au moment de la création. Et ça permet d'avoir aussi des ressources lucratives, comme je le disais, jusqu'à 40-50%. Sur l'exemple des maïs-bodon, c'était de la vente de légumes. Parce qu'on a des terres maraîchères avec des femmes en fin de peine de prison. Donc, ils ont optimisé au maximum aussi les ventes. Donc ça, c'est les ACI et les EI peuvent emprunter beaucoup de formes juridiques, mais en règle générale, on a plus d'activités lucratives, donc c'est rare que les EI soient d'intérêt général. On est plutôt sur une logique de vendre des produits, des biens et des services de manière plus qu'accessoire. Donc là, on est dans la fiscalité entre guillemets classique, si ce n'est qu'il y a des aides au poste. Et pour revenir sur l'ACI, on a vu aussi une évolution du modèle. On a réussi à avoir des dérogations sur des ACI qui avaient besoin de lever des fonds, qui n'arrivaient pas à le faire avec le statut associatif, donc qui ont réussi à se transformer en SIC pour pouvoir lever des parcs sociales, des types participatifs, plus facilement des entre bancaires. Donc, on peut voir aussi des expérimentations pour toujours devancer la loi.
Domitille Tu voulais réagir, Matthieu, sur la partie levée de fonds? J'étais déjà un signe.
Matthieu Oui, c'était très intéressant. C'est en partie ce qui a guidé la création de la SIC. En effet, moi, je n'avais pas en tête qu'on pouvait, en tout cas, a priori, ça ne nous a pas été proposé, de transformer notre association en SIC et de pouvoir conserver les agréments chantiers d'insertion. Mais effectivement, je pense que si tout le monde est d'accord autour de la table, ça doit pouvoir se faire et c'est très intéressant de le faire.
Yaël Tu voulais réagir, Matthieu?
Matthieu Oui, souvent, c'est des négociations avec les financeurs qui octroient les conventions et les aides, conventionnement et les aides. Normalement, je sais que c'est uniquement les organismes sans but lucratif qui sont éligibles légalement. La loi est assez figée, donc on n'a pas encore réussi à faire changer la loi, mais on a réussi à, entre guillemets, faire assimiler une SIC à la notion d'organisme de droit privé à but non lucratif. On arrive quand même toujours à aller dans des espèces d'interstices avant que la loi ne change, ne soit plus favorable à l'insertion.
Yaël Oui, et puis quand même, on entend dans ce que tu dis qu'il y a quand même clairement un changement d'orientation politique dans la manière dont on fait l'insertion aussi.
Matthieu Oui, complètement. Quand je disais un peu les politiques de l'offre, quand on entend souvent dans les médias le choc de l'offre, il y a réellement ça. Il y a aussi l'arrivée d'acteurs lucratifs sur le champ de l'insertion à qui on va dire embaucher en masse des personnes en insertion, ça fera aussi au passage réduire les taux de chômage, ça augmentera le taux d'emploi, mais on n'est pas sur des logiques de long terme ou avec des structures. Enfin, on a des gros acteurs classiques qui se mettent sur l'insertion, des acteurs du travail temporaire qui se mettent sur l'insertion, mais on est plus là pour faire de la masse, de la quantité, et pas pour soutenir sur du long terme et sur des territoires, des réelles filières ou sur des choses aussi plus innovantes centrées sur le bénéficiaire. Je parlais de la politique plus de la demande du bénéficiaire, de l'usager. C'est-à-dire qu'on a vu, par exemple, le projet Territoire Zéro Chômeur, alors qu'il y a un dérivatif d'une insertion, c'est un expressif parallèle, les développeurs informatiques diraient un fourque. Là, on voit que c'est vraiment un projet qui vient de la société civile, mais ce n'est pas facile de dialoguer avec l'État, de dire qu'au lieu de donner des prestations d'assurance chômage, des allocations, on peut donner ça à des entreprises de l'ESS qui vont embaucher des personnes qui elles-mêmes vont choisir leur emploi sur leur territoire. Donc on voit que c'est, même si ça a été un projet un peu pionnier, très populaire, soutenu par des députés, on voit que sur du long terme, ce n'est pas facile de faire entrer ce dispositif dans le droit commun. Parce qu'il y a un pilotage très vertical de l'État.
Yaël Merci beaucoup Matthieu pour cet éclairage. Et du coup, je me disais là, en t'écoutant aussi, à Sèvres vous l'avez senti ce que Matthieu décrivait sur notamment la diminution des aides au poste dans le temps du coup parce que ça fait
Matthieu très nettement à mon échelle je suis arrivé en 2021 dans l'asso on était en sortie de Covid je suis même arrivé en 2020 et là tout était possible on nous a créé des postes en insertion il y avait beaucoup des FDI, fonds de développement d'inclusion qui permettaient de faire des investissements c'était vraiment développez-vous, c'est la solution de demain et je pense que c'est à partir de 2023 toute voile baissée, c'était l'inverse il n'y a plus d'argent vous n'en aurez plus vous ne pourrez plus développer de postes on va sûrement vous en retirer et alors les financeurs on a un dialogue assez libre avec eux de proximité et globalement ils sont tous assez francs et assez désolés de la situation que ce soit le conseil départemental la ville, la dette c'est un état de fait en tout cas au niveau local, personne n'a les mains dessus mais c'est vrai que là cette année on nous a annoncé en milieu d'année qu'on perdait 5% de poste parce que tous les Hauts-de-France perdent 5% donc c'était pareil pour toutes les structures depuis 3 ans si on est un petit peu en sous-consommation des équivalents temps plein on est de ce qu'on a consommé et pas de ce qui était conventionné. Donc ça, ça veut dire que soit on prend le risque d'embaucher un peu plus, mais dans ce cas-là, dès qu'on est un peu au-dessus, c'est nous qui payons. Soit on est un peu en dessous et dans ce cas-là, on perd des équivalents temps plein. Donc nous, ça fait deux ans qu'on en perd sur des dixièmes d'équivalents temps plein. Mais voilà, il n'y a plus de fonds de développement de l'inclusion. La subvention départementale a été divisée par deux cette année. Nous, on a perdu 100 000 euros de subvention l'année dernière. Donc c'est 10 % du budget pour vous donner une idée et puis tout ce qui existait est resté la plupart en nominal donc c'est à dire que la subvention du département qui était de 80 000 euros en 2021 les ans 2022 et les 2023 de 80 000 euros mais avec une inflation qui a fait que tous les prix avaient augmenté donc en réalité on a perdu énormément de subventions et tout le monde est très transparent sur le fait qu'il n'y a pas d'argent il n'y a plus d'argent nulle part et qu'il faut qu'on se débrouille pour en trouver donc voilà, dont acte C'est pour ça que ça fait 3 à 4 ans qu'on sent venir le truc et qu'on se dit soit on met la tête dans le sable et puis un matin on se réveille en disant il n'y a plus de sous. Soit on essaye de réfléchir à comment est-ce qu'on fait demain pour travailler toujours en insertion, toujours en inclusion, mais plus sur fond propre. On a aussi été transparent avec les élus, avec tous les décideurs publics sur le fait de dire en fait s'il y a moins de fonds, il y aura aussi moins d'insertion. Les gens les plus en précarité, on ne pourra pas les accueillir parce que c'est une fable de dire qu'une boîte normale, avec des charges normales, elle peut prendre quelqu'un qui a plus de difficultés que la moyenne dans la rue, qui n'est pas expert de son métier et fonctionner, en fait ça n'existe pas il y a n'importe quel patron aussi social soit-il tout le monde est tendu en ce moment et en fait c'est pas possible, donc moi je l'aurais toujours dit si vous divisez par deux les financements vous n'aurez pas le même résultat derrière donc ça coûtera différemment à la société parce qu'une personne au RSA, il me semble qu'elle reste en minimum quand elle rentre, elle reste au moins 15 ans je crois donc en fait c'est un dispositif qui coûte sur la durée mais ça c'est des coûts obligatoires pour le département ils sont obligés de payer les gens au RSA alors qu'ils ne sont pas obligés d'aider les structures d'insertion et comme leur budget eux-mêmes descendent, ils restent sur leurs dépenses obligatoires et pas sur des dépenses plus d'investissement comme investir dans une structure d'insertion pour sortir les gens du RSA
Yaël Et ce que tu disais aussi c'est que tu avais des fonds européens et en ce moment comme tu disais, comme il y a toutes les vannes qui se ferment tu as pas mal d'asso qui voient ça comme le Graal ouais j'allais dire le Graal ou l'option
Matthieu les fonds européens moi c'est la première chose que j'ai faite en arrivant c'était de répondre au dossier du fonds social européen et les gens que j'ai interrogés à l'époque m'ont dit écoute tu seras super content de les avoir et dès que tu les auras tu te demanderas comment est-ce que tu peux t'en sortir sortir du dispositif donc c'est assez vrai ils sont essentiels au fonctionnement de l'association aujourd'hui on ne tient pas sans ça et ça pose des questions par contre de trésorerie et de pilotage qui sont très complexes puisqu'on a les fonds en moyenne deux ans, voire trois ans après les dépenses qui ont été effectuées. Donc, ça veut dire qu'on nous demande de faire un pont de trésorerie de trois ans sur de l'argent qu'on n'a pas. Donc, en fait, c'est de l'argent qu'on emprunte, ce qui nous coûte et avec une incertitude qui est énorme. Donc, c'est vrai qu'en termes de stress, charge mentale et puis charge émotionnelle pour les dirigeants de structures associatives qui ont du FSE, c'est énorme parce qu'en fait ici à Soissons, on a 35 emplois et là sur 2024-2025 à l'heure où on parle, on n'a pas encore la confirmation qu'on a été subventionné depuis 20 mois ou 22 mois déjà donc en fait si là on apprend qu'on n'a pas les fonds, on met la clé sous la porte tout simplement donc c'est sûr que ça rajoute quand même beaucoup de pression et puis ça demande aussi d'être extrêmement rigoureux dans la gestion de ses comptes et de sa trésorerie, de son budget. S'il y a des dirigeants associatifs qui nous écoutent, je pense qu'ils se reconnaîtront. Mais quand on dit que c'est beaucoup plus simple, c'est tranquille de gérer une asso parce qu'il y a des subventions. J'invite tous les gens qui gèrent des boîtes classiques à venir un petit peu gérer une asso pour comprendre que ce n'est vraiment pas cool et que l'argent qu'on gagne avec le chiffre d'affaires, il est beaucoup plus simple que l'argent qu'on obtient avec les subventions. Qui par ailleurs permet un travail social, un travail d'intérêt public.
Domitille Peut-être maintenant qu'on a bien identifié d'où vous partiez, quels étaient vos besoins et pourquoi est-ce que vous avez fait ce travail, tu pourrais nous raconter comment vous avez mené la réflexion? Parce que ça a pris du temps, donc pourquoi autant de temps et quelles étaient les différentes étapes?
Matthieu Oui, ça a pris du temps parce que déjà, il a fallu se demander ce qu'on faisait, qui en était, et un peu repartir de zéro, on sent qu'il y avait une étape qui se tournait pour l'association. La page d'après n'était pas encore écrite et il nous revenait de l'écrire. On a beaucoup réfléchi. Est-ce que c'est important de faire du recyclé? Ou est-ce qu'on ne se complique pas un peu la vie? C'est déjà bien de faire de l'insertion. Est-ce qu'on ne pourrait pas faire de l'insertion avec du bois neuf? Ce serait déjà bien. L'insertion n'a jamais été questionnée parce que c'est tellement au cœur de ce qu'on fait. Tous les gens qui sont rassemblés ici, c'est pour donner une chance à des gens qui en ont besoin. Donc ça, pour le coup, c'est un fondamental. Mais il a fallu se le dire aussi. Et puis après, ça a été de trouver les moyens, de se dire veut pour demain, qu'est-ce qui va marcher? En fait, c'est aussi construire une stratégie d'entreprise, pour le coup, c'est de se dire puisque l'argent va arriver du chiffre d'affaires, comment est-ce qu'on fait du chiffre d'affaires sur un domaine qui n'existe pas? L'upcycling, c'est tout nouveau. Il n'y a pas de manuel de menuiserie en upcycling, il n'y a pas de traité business sur comment faire ça. En fait, on invente tous les jours, on crée. Il n'y a pas de grosses ou de très grosses structures. On fait partie des quelques pionniers et puis des plus grosses aujourd'hui qui faisons notre métier. Donc, en fait, on réfléchit avec les autres de temps et on a exploré beaucoup de chemins. On a fait des avancées, des reculs. Il a fallu embarquer aussi tout le monde, expliquer qu'on ouvrait d'autres structures. Ça ne voulait pas dire qu'en fait, on avait tellement d'argent ici qu'il fallait ouvrir ailleurs. C'était plutôt de se dire qu'il fallait qu'on atteigne une taille critique pour pouvoir vivre plus de notre métier de fabrication de meubles, donc ouvrir d'autres structures. Et puis, une intuition de Benoît qui a créé l'association, ça a été de se dire, C'était de voir tout de suite que c'est un métier qui est, encore une fois, très technique, très complexe, qui a besoin de beaucoup de talent, qu'on n'a pas toujours les moyens de rémunérer, qu'on n'a pas franchement les moyens de rémunérer à la hauteur de ses talents. Et en fait, pour intéresser du monde, pour avoir des talents qui nous rejoignent, il fallait aussi qu'on grossisse, qu'on travaille sur des projets intéressants, qu'on ouvre un petit peu les chakras. Et donc ça, c'est aussi l'idée de grandir. Et le fait de le faire, d'ouvrir des nouvelles structures. Donc, il y avait toujours l'idée quand même de proposer ce parcours d'insertion à d'autres, de faire aussi des meubles plus proches des gens. Notre but, ce n'est pas de faire une gigafactory à Soissons et puis d'envoyer des meubles en Chine recyclés. Ça n'aurait pas de sens. C'est plutôt que les déchets voyagent le moins possible et que les gens aient des meubles qui soient faits proches de chez eux. Et intégrer, ça, ça nous semblait important parce qu'il y a d'autres structures d'upsechnik avec lesquelles on s'entend très bien. Mais en fait, chacun a son agenda de prod, chacun a ses matériaux. Il y en a beaucoup qui font l'insertion, parfois de façon un petit peu différente, différents agréments. Et donc, en fait, on sentait, on avait l' pour permettre de se dire, si demain on nous commande 800 tables, je sais qu'elles soient faites à Soissons, à Metz ou à Auré, c'est la même et donc on peut se répartir la charge. Et en même temps, on a un besoin de décentralisation et une envie aussi de subsidiarité en fait, le fait de se dire que on ne voulait pas d'une tête de réseau qui impose à tout le monde comment faire de l'insertion, comment faire exactement tel meuble à chaque fois, parce qu'on sait que l'insertion, il faut être immédiatement proche du terrain des gens, de la réalité d'emploi de son bassin. Donc, on a un groupe, on essaie de jongler entre quelque chose de centralisé sur les fondamentaux, que ce soit la technique, la sécurité, la façon d'accompagner les gens, les objectifs, la philosophie. Et en même temps, dans les moyens, laisser beaucoup de place à l'initiative locale. Et en fait, on recrute des entrepreneurs. Les dirigeants de structure qu'on a recrutés, c'est des gens qui ont un profil ou d'intrapreneurs, si on veut. Ils veulent créer, ils veulent développer, ils veulent monter, ils veulent réfléchir avec leurs équipes. Et en même temps, ils veulent le faire de façon collective. Donc, c'est ce qu'on essaye de vivre avec la dualité entre la SIC et les structures filles.
Yaël Et c'était un peu peut-être là deux questions qui me viennent. Premièrement, est-ce que tu peux revenir sur le choix de ne pas juste avoir fait toutes tes structures vraiment au niveau local et proche? Parce que tu aurais pu dire aussi que tu absorbes tes 800 tables avec des ateliers qui sont dans un périmètre géographique proche. Et deuxièmement, j'imagine que pour créer une structure comme ça, tu disais que c'était en Bretagne, à Metz, assez loin quand même d'ici. Ça demande un ancrage local. Comment vous avez fait pour construire ça à distance?
Matthieu Alors, sur la première partie, on ne voulait pas ouvrir 12 structures en Picardie, même si Dieu sait que j'aime la Picardie. Là, c'est plutôt dans la logique métier. En fait, une zone de chalandise pour une fabrique de meubles, c'est plusieurs centaines de kilomètres. donc nous on est à 100 km de Paris on est à 2h de Lille, on est assez proche de Bruxelles en fait toute cette zone là on veut créer des modèles de manufacture upcyclé et solidaire donc la manufacture c'est quand même une vraie notion de productivité de production qui s'éloigne un petit peu de l'artisanat, qui permet vraiment de faire de la quantité et en même temps il y a quand même le fait à la main le manufacto qui est important, on veut que la machine serve l'homme mais pas l'inverse donc le but c'est pas de faire des usines Ford mais des ateliers productifs où on puisse faire du meuble recyclé, une véritable alternative au meuble neuf, pas juste un peu de déco pour faire beau. On savait qu'on devait ouvrir plutôt sur un niveau régional, une structure par grande région pour caricaturer un peu. Et sur les lieux, ça s'est fait à l'opportunité, à la rencontre. Parce que les dirigeants qu'on prend pour porter ces projets, il faut qu'ils aient beaucoup de qualité. Ce n'est pas simple. Il faut quand même qu'on soit très alignés. Et donc, on a commencé avec Antoine qui porte le projet en Bretagne, qui est donc breton, qui est menuisier, charpentier et éducateur spécialisé. Et donc, voilà, après, on a identifié sur le territoire spécifique où il est, c'est-à-dire à Oré, à côté de Vannes. On a travaillé avec la DETS parce que c'était une zone blanche d'insertion. Donc, on avait aussi à cœur d'aller à un endroit utile et d'aller dans un endroit où il n'y avait pas une structure qui faisait un peu la même chose que nous. Le but, ce n'est pas vraiment d'aller s'installer en face d'une menuiserie circulaire pour dire coucou, on fait la même chose que vous. d'aller dans des zones blanches d'insertion et d'économie circulaire. Et puis pour Metz, là, il y avait un appel à manifestation d'intérêt pour le Centre Pays d'Ancière de Metz pour reprendre une menuiserie associative qui avait fermée. Et j'ai appelé une ancienne stagiaire qui était de Strasbourg pour lui demander si elle voulait aller en prison avec nous pour ouvrir cet atelier. Elle a dit oui. Donc là, ça fait bientôt une année qu'elle y travaille.
Domitille Et le modèle, il est stable comme ça ou vous comptez augmenter le nom de structures qui rentreraient dans le groupe?
Matthieu Dans le business plan qu'on a fait à date, on atteint notre point d'équilibre à quatre structures filles. Aujourd'hui, on en a trois. On envisage une dernière ouverture et puis aussi la montée en puissance, l'essayant notamment à Soissons avec un déménagement qui va tripler l'espace disponible et donc la production. Après, on envisage aussi de densifier chaque site avec aussi, pourquoi pas, l'ouverture de structures complémentaires. On s'intéresse notamment au handicap à travers les entreprises adaptées. Là, il y a aussi deux idées. C'est aussi de combler un besoin, en particulier à Soissons, où il y a beaucoup de gens qui pourraient être employés dans ce type de structure qui n'ont pas de solution. Et aussi de se dire, on joue aussi sur plusieurs tableaux, plusieurs ministères de financement. Je parlais de l'ADN tout à l'heure. Aujourd'hui, notre ADN, c'est accompagner des gens qui sont exclus du marché de l'emploi. Donc ça peut être de l'insertion, ça peut être du pays tencière, ça peut être du handicap, ça peut être autre chose. Et fabriquer et travailler dans une logique écologique et de faire des choses intelligentes. Donc demain, il y aura aussi l'idée, pourquoi pas, de faire d'autres activités. C'est pour ça qu'on a appelé la structure chapeau, la tête de réseau SEVE et pas SEVE mobilier. Demain, on réfléchit aux questions de logement, notamment. Voilà, nous, on a pas mal de rêves, donc on a déjà plein d'idées dans 10 ans. Après, il faut aussi avoir idées pour aujourd'hui et pour demain, ça on en a aussi, mais voilà, on ne se ferme pas les portes, on sait que nous on est là pour aider les gens à s'insérer, à se réinsérer, et puis à travailler dans le sens d'une transition écologique juste. Et sur l'aspect social, en particulier à Soissons, qui est le territoire dont je viens, créer du CDI à Soissons, c'est déjà du social, en fait. C'est déjà quelque chose de réindustrialisé les Hauts-de-France, la Picardie, c'est vachement important parce que des territoires avec 20-30% de chômage, c'est des en désuétude. Donc, créer de l'emploi durable pour des familles à Soissons, c'est déjà un des objectifs du groupe.
Yaël Peut-être, est-ce que tu peux revenir aussi sur le choix du statut juridique des différents groupes, des différentes structures? Vous avez fait le choix de ne pas prendre le même, si je ne me trompe pas.
Matthieu Oui, historiquement, on est une association qui s'est faite assez naturellement puisque l'agrément visé était chantier d'insertion dans une logique non lucrative. Là, on sait effectivement, comme l'a rappelé Matthieu, que l'ouverture de chantier d'insertion, ce n'est pas du tout au programme. L'ouverture d'entreprise d'insertion, ce n'est pas trop au programme. Donc peut-être un tout petit peu plus, mais pas tellement. Et en fait, aujourd'hui, ouvrir de nouvelles associations ou des établissements secondaires, ça a posé une limite parce que nous, tous nos investissements qu'on a faits sur le site de Soissons à date ont été permis par les fondations d'entreprises et des appels à projets qui nous ont énormément aidés. Mais ça s'est fait sur 10 ans.
Yaël Et juste pour préciser ce que tu appelles investissement, là en l'occurrence, c'est...
Matthieu L'achat de machines de menuiserie qui sont des machines assez onéreuses et qu'on ne peut pas financer sur un résultat qu'on ne fait pas. Tout simplement. On est très reconnaissant à toutes ces fondations de nous avoir permis de faire notre métier, de le faire bien. Mais ce qui a pris 10 ans, on ne peut pas se permettre de lancer un nouvel atelier en Bretagne et de dire, dans 10 ans, tu auras une calibreuse qui est une grosse ponceuse qui permet un essentiel aujourd'hui pour produire en série. Donc, on avait besoin d'investir rapidement et donc d'ouvrir à une logique de capital. Donc là, c'est plutôt une entreprise, c'est une SAS. Et après, le lien avec la société coopérative qui est la tête de réseau est aussi plus simple avec les structures capitalistiques classiques puisque c'est un lien de capital. La tête de réseau est en SIC, c'est une société anonyme qui est sous forme SIC. Là, l'idée, c'était de créer une structure commerciale qui pourrait lever des fonds. Là, on a levé à peu près 500 000 euros, un petit peu plus cette année, pour ouvrir la Bretagne et préparer le lancement aussi à Metz d'une structure en milieu ouvert.
Yaël Et quand tu dis lever des fonds, ça s'est fait comment, auprès de qui?
Matthieu Alors ça, c'est aussi deux ans de travail. Le gros intérêt de la SIC, c'est qu'il est ultra protecteur de l'action sociale et environnementale qu'on mène. En fait, c'est très compliqué de détourner l'action d'une SIC, puisqu'il n'y a pas de valorisation de l'action, notamment. Aujourd'hui, on crée un groupe, on est 50 salariés. Si demain, on est 200 ou 300 et qu'on fait six fois plus de chiffre d'affaires et qu'on est rentable, l'action, si vous mettez 100 aujourd'hui, elle vaudra 100 demain. Donc ça, c'est super parce que ça évite d'avoir une orientation purement économique du projet. en tout cas purement axé sur le profit et le profit du capital. Donc ça, ça nous plaisait beaucoup. En même temps, du coup, il faut convaincre des financeurs de se dire aujourd'hui tu mets 100, merci, mais demain tu auras 100. Donc il y a une partie, il y a disons un petit tiers de l'Alevé qui est en part sociale, donc qui sont ces oiseaux rares. Alors c'est des gens essentiellement issus du territoire de Soissons qui suivent le projet depuis le début et qui ont envie de l'aider à passer cette étape-là et à consolider les parts sociales. C'est quand même le socle le plus solide de la composition du capital de la SIC. Donc, c'est quand même super d'avoir pluvé là, on est à 130 000 euros de capital. Il y a aussi des personnes, des entrepreneurs qui ont suivi un titre propre. Et puis, après, le reste, il y a de l'emprunt bancaire classique, notamment pour tout ce qui est actif. Et après, il y a un fonds d'investissement solidaire aussi qui a investi dans notre levée. donc voilà ces trois pôles de financement qui permettent d'atteindre un gros 500 000 euros cette année et qui est le qui est le plus dur parce qu'il fallait convaincre en fait c'est à dire quelque chose qui n'existait pas qui est en plus un peu compliqué j'essaye laborieusement de vous expliquer mais voilà il faut convaincre dire ok pour l'instant on avait une asso l'année prochaine on a trois lieux de production une SIC qui est aussi un modèle un peu nouveau et ça va marcher donc voilà tout ça c'est un gros travail de conviction déjà de nous-mêmes et puis ensuite des investisseurs donc ce qu'est chose fait aujourd'hui et là l'idée c'est de faire la preuve de concept sur l'ouverture des deux premières filiales en dehors de Soissons et ensuite de poursuivre le développement de chaque site.
Domitille Maintenant c'est-à-dire que tu n'as plus du tout aucun investisseur public dans ce que tu as cité? Tu n'as pas l'État qui est ouvert à la BPI des communautés de communes qui se sont mis dans la CIC ou au niveau de chacune des structures?
Matthieu Alors il y a France Active avec lesquelles on discute donc qui est un financeur alors qu' de ce champ là aujourd'hui on n'a pas de collectivité d'une part parce qu'on souhaitait rester assez libre vis-à-vis des mouvements politiques ça veut pas dire que demain il n'y en aura pas s'il y a des choses au niveau local qui sont intéressantes ou des des communautés de projets et par contre en effet la BPI ce sera aussi demain, aujourd'hui on était un peu petits pour les intéresser par contre demain en effet c'est quelque chose envisage. En tout cas, c'est sûr que les gens qui investissent chez nous, que ce soit y compris les partenaires bancaires, ils le font aussi dans une idée d'impact extra-financier, que ce soit l'impact social, environnemental, dont on va rendre compte. C'est de se dire que c'est de l'argent qu'on a à cœur de rendre et de rendre aussi avec un taux d'intérêt. Ça, ça fait aussi partie des choses qui nous feront plaisir parce que ça veut dire qu'on a réussi à s'en sortir et qu'on a réussi à vivre de notre travail. Mais voilà, on ne promet pas des taux de rentabilité de start-up.
Yaël C'est bizarre.
Domitille On a dérivé, mais l'origine, c'était de se dire aussi le statut juridique de chacune des structures firmes. Et tu n'en as dit qu'une.
Matthieu Il y a l'association de 1901 qui est existante, la SAS qui est en Bretagne, la SA, SIC, qui est la tête de réseau. Le but demain, ça va être certainement plutôt de développer des SAS parce que c'est le modèle qui permet le plus facilement de gérer des gouvernances via du capital. C'est plus simple qu'à travers l'association. On fait vraiment du sur-mesure pour intégrer le passif de l'association Le Bois de Demain, qui a été l'alpha et l'oméga de notre projet depuis 10 ans. Et puis après, de se tourner plutôt vers l'avenir avec d'autres modèles de SAS qui sont tout ASUS. Et demain, demain on peut intégrer d'autres modèles éventuellement c'est pas le but de faire de la complexité pour faire de la complexité mais c'est ce qui à date faisait le plus de sens par rapport aux possibilités déjà d'agrément à l'intégration de l'historique et puis avoir une gouvernance qui soit relativement simple et alors oui ça fait doucement sourire je pense mais en tout cas dans la complexité qui était un petit peu la donnée de départ qui se tienne qui fasse pas des couches et des strates pour faire des strates en fin de compte la gouvernance L'organe de décision aujourd'hui, c'est la SIC. L'association a transféré l'essentiel de ses pouvoirs à la SIC. C'est là que toutes les grosses décisions d'orientation d'investissement sont prises. Des grosses décisions RH s'y a à en prendre aussi. Et après, au niveau local, l'idée, c'est plutôt que chacun ait les marges de manœuvre pour gérer le faire, le comment au niveau local, dans les règles qui ont été définies collectivement, sachant que le local, notamment avec la représentation des directeurs et directrices de sites dans la SIC, participent à la gouvernance générale. Donc le but, c'est de se mettre d'accord sur une ligne et de la tenir et de se dire, ok, là, on a décidé de ramer vers la droite, on va vers la droite. Et par contre, que la décision de ramer vers la droite ou vers la gauche, elle soit prise collectivement. Mais qu'on avait vraiment cette conviction qu'il fallait pouvoir se dire à un moment donné, ok, les gars, là, on fait ça ou on ne fait pas ça.
Yaël Oui, parce que de ce que tu disais aussi, quand tu parlais du recrutement des directeurs de structures, ils ne sont pas que dans l'opérationnel pur. Il y avait aussi une idée d'ancrage, de développement.
Matthieu On leur donne un set de départ et on les accompagne autant qu'on peut. Mais eux, ils doivent vraiment avoir la volonté de créer leur boîte, de créer leur structure et de la faire vivre au plus proche de la réalité locale qu'ils rencontrent. C'est vraiment aussi un bonheur de voir que la philosophie générale du projet Sèvres, elle est respectée, elle est partagée par tous. Et la façon de la vivre et de l'interpréter, elle est faite aussi un petit peu différemment de chaque côté, en fonction des personnalités, des équipes, des membres de la direction.
Yaël Pardon, et du coup, je ne connais pas du tout le monde de l'insertion, mais là, ça me fait tilt. Tout à l'heure, on parlait des agréments que du coup, il n'y en avait plus trop. Et donc là, les nouvelles structures qui sont créées, elles ont quand même un agrément? Comment ça se passe? La structure à Metz, comme l'a rappelé Matthieu,
Matthieu Pour le coup, l'IAE en milieu pénitentiaire est encore porté. C'est quelque chose d'assez nouveau. Et l'idée de se dire que les détenus, ce serait mieux qu'ils aient l'opportunité de travailler, d'être accompagnés pendant leur période de détention pour préparer l'après. C'est plutôt une bonne idée. Donc là, c'est encore assez poussé. Donc là, on a un agrément chantier d'insertion à Metz. En Bretagne, là, on est en discussion pour un agrément entreprise d'insertion. Mais sur une quantité d'emplois qui sera bien moindre qu'à Soissons. Là, on parle plutôt de 5 ETP équivalents en temps plein. Là, on est à 16 à 60. Après, il y a aussi une question de taille de locaux et de possibilités. Les agréments, on continue à vouloir les avoir parce que c'est quelque chose qu'on connaît bien. C'est un financement qui est important pour faire de l'insertion. Ce temps-là, c'est juste le temps qu'il nous faut pour accueillir les gens, les former, gérer le turnover, les périodes de stage où ils ne sont pas là, leurs périodes de formation, tout le temps aussi extra-travail, extra-employés, et les travailleurs sociaux qui bossent avec nous. Donc voilà, demain, on n'est pas figé sur un type d'agrément, mais on sait que chaque antenne, d'une façon ou d'une autre, y compris si on n'a plus d'agrément parce que c'est une politique publique qui change, en fait, des gens à aider, ça c'est ce qu'on s'est dit, en fait, des gens qui galèrent, il y en aura toujours. Et si demain, l'IAE, ce n'est plus une politique publique, ben ok, c'est un choix national. Nous, d'une façon ou d'une autre, on trouvera une façon d'intégrer des gens qui sont en galère dans nos ateliers, parce que c'est notre ADN, donc sous une façon différente, qui y aura inventé aussi, certainement.
Domitille Et d'ailleurs, vous faites partie de réseaux d'entreprises d'insertion, de fédérations d'acteurs de solidarité.
Matthieu Oui, on est membre de Chantier École Haute-France depuis le début. Moi, je suis administrateur de Chantier École Haute-France. On est membre de Chantier École Grand Est aussi. C'est un réseau qui est spécifiquement lié au chantier d'insertion. On est membre de l'ameublement français, qui est plutôt sur notre deuxième métier, qui est la fabrication de meubles. C'est le réseau des producteurs de meubles made in France. Et puis là, on réfléchit à intégrer l'Urscope, plutôt sur l'union régionale et les sociétés coopératives, plutôt sur l'aspect coopératif, pour correspondre un peu aux différentes facettes de notre métier et des réalités qui sont vécues.
Yaël Mais donc, tu en as eu?
Matthieu Donc on en a eu, et on a été beaucoup challengés là-dessus, c'est-à-dire faites une SAS, émettez des statuts ASUS et tout ça.
Yaël Ou juste une coopérative simple, parce qu'en plus là, tu n'as pas de public, ce que tu disais pour le moment.
Matthieu Oui, mais en fait pour nous, le modèle SIC était tellement évident que c'était ça qu'il fallait faire, parce que ça correspondait tellement à l'identité du projet, et en fait il y a un truc qui est très fort, c'est Sèvres, ça n'a jamais été simple. De toute façon, depuis le début, c'est compliqué. C'est compliqué, c'est difficile, il y a plein de galères il y a beaucoup de bonheur aussi évidemment mais il y a un truc je pense qui a toujours animé qui a toujours animé l'asso et les gens qui l'a porté, c'est on est dans le juste en gros c'est bien de le faire c'est juste de ne pas jeter de la matière, c'est juste de ne pas écarter ces gens là, en fait c'est bien c'est profondément bon et donc ça, ça donne une énergie de fou et on aurait pu, clairement si on n'avait pas eu investisseurs et tout ça, on n'aurait pas fait de SIC et tout, il y a un effet de réel aussi qui existe mais en fait on était tellement persuadés que c'était ça qu'il fallait faire et c'était l'idéal qu'en fait on a porté notre bâton de pèlerin et je pense on a convaincu les gens, en tout cas on a convaincu suffisamment de personnes et je pense qu'ils nous ont rejoints dans l'idée de se dire bah oui en fait c'est ça qui a du sens même si notamment pour les financeurs c'est quand même un vrai acte de confiance qu'ils nous ont fait parce que c'est très limitatif de leurs droits mais en fait pour moi le fait de aussi se structurer dans une configuration qui est complexe mais qui a énormément de sens c'est pas annexe quoi c'est un peu comme une constitution pour un état le fait de se constituer comme ça ça irrigue profondément la façon dont on fait les choses, dont on décide dont on oriente la stratégie de la structure et donc moi j'étais vraiment très embêté de me dire ok on part sur un projet qui est plus capitalistique qui est plus entrepreneurial c'est super mais vraiment il ne faut pas qu'on perde l'âme de ce qu'on fait et j'aurais été chagriné de devoir faire un peu de concessions ou beaucoup de concessions sur ce chapitre là et en tout cas à date et je pense que le plus dur a été fait sur la conviction des investisseurs maintenant qu'il y a les premiers qui nous ont suivis après charge à nous de réussir avec l'argent qui nous a été confié mais si on réussit demain je pense qu'il y aura moins de doutes pour les autres de se dire il y a déjà des premiers qui se sont mouillés ça marche espère en tout cas. Tu touches du bois. Ouais, alors c'est une blague qu'on peut faire régulièrement, ça c'est bien. On touche du bois. On touche du bois un petit peu tous les jours, c'est peut-être pour ça que ça marche. Mais oui, en tout cas, c'est vrai que ça a donné lieu aussi à des débats, à des vrais débats de fond sur comment est-ce qu'on décide, qu'est-ce qui est bon, les convictions sur des gens qui avaient plutôt une vision entrepreneuriale classique des choses, d'autres qui avaient une vision plus associative. Comment est-ce qu'on crée, Comment est-ce qu'on prolonge l'initiative qui a eu lieu ici il y a dix ans? Et comment on lui donne la forme qui, demain, lui permettra de continuer à prospérer et puis de porter du fric?
Domitille Tu anticipes un peu ma question qui me venait en t'écoutant, qui était-ce qu'il y a eu des résistances des historiques de l'association qui voulaient rester sous format associatif, qui voulaient garder l'intérêt général? Des choses qui peuvent être des marqueurs identitaires assez forts, en tout cas dans certaines associations.
Matthieu Pas tant. Ça, on a eu une chance de dingue, je trouve, avec l'asso qu'on a, c'est que les gens sont vraiment au service. Ils sont vraiment au service de l'asso. Il y a peu d'égo, il y a peu de moins-jeux. Et en fait, les réunions, c'était essentiellement qu'est-ce qui va permettre de continuer à aider les gens? Et ça, c'est quand même super parce qu'on peut après avoir des divergences sur comment est-ce qu'il faut faire. Encore une fois, est-ce qu'on abandonne le recycler ou pas? Mais ce n'était pas des choses qui cachaient des ambitions personnelles ou des totems un peu. Voilà, il n'y avait rien de figé. Et ça, je pense que c'est vraiment une chance. C'est vraiment de se dire, bon, OK, qu'est-ce qu'il faut faire pour que ça marche demain? Et on a eu des questions sur la place des bénévoles. Historiquement, on a quand même beaucoup de bénévoles et des gens qui sont très impliqués, notamment beaucoup dans la réflexion, mais aussi beaucoup dans le faire, notamment pour les collecter de la matière, accompagner des salariés, faire des ateliers. Donc ça, on y tient.
Yaël Vous en avez combien à peu près? Je ne sais plus si tu l'as dit.
Matthieu Aujourd'hui, il y a une quinzaine de bénévoles actifs qui sont un peu équivalents aux membres du CRS. Sur le site de Soissons. Sur le site de Soissons, oui. Voilà, qui permettent de faire beaucoup. Donc là, la question qui s'est posée et qui se pose toujours un petit peu, d'ailleurs on a une réunion à ce sujet après-demain, c'est comment est-ce qu'on professionnalise la production en se rapprochant d'une production manufacturière tout en intégrant des bénévoles. Et ça, c'est une vraie question. C'est comment est-ce qu'on a besoin de processer, on a besoin de rigidifier un peu le cadre de production pour atteindre nos objectifs et atteindre le niveau de qualité qu'on se fixe. Et en même temps, c'est une richesse dingue, les bénévoles. Et comment conserver ça? Donc ça, c'est encore quelque chose qui est en réflexion parce que là, en fait, les dernières années, il fallait qu'on fasse plus de 25% à 30% de chiffre d'affaires par an pour exister puisque c'est le rythme de subvention qu'on perdait. Donc, c'est toujours quelque chose qu'on a fait. Donc, on a ce bonheur-là. Là, on refait encore, cette année, on va encore augmenter de façon conséquente le chiffre d'affaires. Aujourd'hui, ça sert juste à écoper l'argent qui s'en va. Donc, j'espère qu'à un moment, ça va permettre aussi d'améliorer les conditions de travail, les outils, plein de choses, les rémunérations. Mais, on s'est et on a encore cette question qui est un petit peu en suspens de rééquilibrer la place des bénévoles au sein du fonctionnement quotidien.
Yaël Et je rebondis aussi sur la question que posait Domitil tout à l'heure sur votre insertion dans les réseaux parce que là le choix que vous avez fait c'est un choix de créer des structures il n'y a pas eu du tout l'idée d'être fusionné avec d'autres structures?
Matthieu Si, il y a eu l'idée. On a été approché par des groupes d'insertion qui nous ont proposé de les rejoindre. Ce qui était une possibilité qu'on a tout à fait étudiée. Là-dessus, on l'a écarté parce qu'on avait la pêche de se dire qu'on voulait développer notre truc. En tout cas, d'essayer de notre côté. Et puis après, ça ne marche pas. Peut-être que demain, on rejoindra un grand groupe et ce sera peut-être une très bonne nouvelle. Mais en tout cas, aujourd'hui, on avait une intuition métier qui était quand même assez forte sur l'upcycling et qu'on avait envie de porter. et sur le fait d'intégrer d'autres structures demain ce sera peut-être l'histoire d'une structure qui fait de l'insertion et qui a un outil de production mais qui n'a pas forcément les marchés qu'il faut et tout ça et qui voudrait nous rejoindre, pourquoi pas tout est ouvert, après il faut gérer
Yaël aussi... Ceci est-il un appel?
Matthieu En tout cas ce qui est sûr c'est venons discuter il y a toutes les bonnes histoires qui se sont faites avec des gens, soit nous moi je suis allé voir énormément de structures on a beaucoup discuté on s'est beaucoup inspiré il y a plein de gens qui nous ont ouvert des portes de structures qu'on admire beaucoup et tout pour aller voir et c'est vraiment une richesse dingue j'en ai pas parlé mais dans le processus de réflexion aller voir ce qui se fait ailleurs ça a été essentiel et du coup c'est vrai que dès qu'il y a des gens qui nous demandent aussi de venir visiter ou quoi enfin c'est portes ouvertes on explique tout de toute façon on n'a rien à cacher
Yaël et d'ailleurs il était financé comment ton CDD quand t'es rentré dans l'asso?
Matthieu c'est la région Hauts-de-France c'est la région Hauts-de-France qui l'a financée
Yaël et du coup ton intitulé c'était vraiment réflexion sur le modèle économique
Matthieu ouais alors je crois que c'est un peu
Yaël c'est vous, c'est financement
Matthieu chef de projet développement et innovation mais en effet ma mission principale c'était de se dire ok on a un directeur bénévole depuis le début super, il va falloir passer la main et du coup comment est-ce qu'on paye le prochain là où en fait du coup l'assos ne gérerait pas du tout assez de financement pour ça donc voilà on continue de toute façon sur les appels à projets il y a une part, je ne l'ai pas mentionné mais on est soutenu aussi par la fondation Caritas pour les CMAJ via un programme qui s'appelle Acteurs de Transition qui accompagne des structures qui sont en train de développer une transition écologique et sociale donc tout à fait comme la nôtre on continue s'il y a des financements, ça c'est un véritable appel pour l'ADEME non mais en vrai on continue aussi à travailler sur la partie subvention de se dire on développe l'industrie de demain c'est aussi une conviction qu'on a, c'est la façon qu'on a de produire les meubles et de produire en général aujourd'hui elle n'est pas soutenable et nous on a quelques pistes en tout cas sur la partie mobilier pour faire mieux et pour faire différemment, on a besoin de passer à l'échelle on a besoin d'industrialiser et on n'a pas toutes les compétences, on n'a pas tous les financements et ça on a très envie de continuer à y réfléchir et de se donner les moyens de se dire effectivement le meuble upcycler demain c'est une vraie possibilité c'est pas juste un truc soit inaccessible en termes de prix, soit réservé à 0,2% de la population.
Domitille Donc ça me fait penser à deux questions. Comment est-ce que la fondation Caritas, elle vous finance si vous êtes une ski? Maintenant, les fondations, parce que je sais qu'il y a quelques années, elles avaient du mal à financer les coopératives.
Matthieu Oui, alors elles financent en effet plutôt l'association. Mais en fait, on a travaillé sur la SIC pendant longtemps en tant que salarié de l'association. Donc c'est vrai que, comme je disais, ça fait trois ans qu'on bosse dessus. où du coup, moi, j'étais directeur de l'association, avec tout ce qu'il y a à faire en tant que directeur du quotidien, et en même temps, à m'occuper de structurer, d'ouvrir d'autres antennes, de sélectionner des porteurs de projets, de convaincre les financeurs et tout ça. Donc, en fait, j'ai fait beaucoup de temps de travail qui n'était pas lié directement à l'activité de l'association de Soissons. Donc, c'est là-dessus que ce financement est arrivé.
Domitille Mais aujourd'hui, comme vous êtes toujours une association sur Soissons, mais vous n'êtes plus d'intérêt général, vous ne pourriez plus recevoir ce genre de financement? Ou vous pouvez toujours?
Matthieu Ça dépend des fondations. Ça dépend des fondations. Je crois que la fondation, il me semble que c'est la société générale, chez Camandine, elle est en train de travailler sur un dossier là-dessus, pour lequel c'est OK. Donc là, effectivement, par contre, ça a réduit fortement le nombre de fondations auxquelles on peut recourir.
Domitille Donc c'est aussi un appel aux fondations à réfléchir quelles sont les structures qu'elles peuvent financer avec l'évolution de plein de modèles.
Matthieu et on travaille beaucoup avec nos financeurs publics aussi c'est vrai que j'en ai pas trop parlé mais eux on les a beaucoup associés à cette réflexion de A à Z parce que ils sont encore une fois ils subissent aussi la baisse des fonds c'est pas quelque chose qui leur fait plaisir et du coup ce qu'on fait là on sort clairement des sentiers battus c'est pas du tout ce qu'est attendu d'un chantier d'insertion classique on fait des choses des choses assez innovantes c'est bizarre et tout ça et on a besoin de la confiance de nos financeurs publics sur le fait que on continue à porter du projet est le même et en fait on est en train d'inventer à notre petite échelle des modes de fer de demain puisqu'on voit que l'IAE est en crise le mode de financière classique est en crise toutes les structures ne vont pas bien donc on sait que ce qu'ils faisaient avant ne va pas marcher longtemps donc là on n'a pas encore la solution d'après mais on est en train de creuser ça c'est ultra important d'être soutenu par eux parce que se dire qu'on peut faire l'innovation y compris dans un champ qui est très réglementé comme l'IAE c'est hyper important pour trouver les modèles hybrides qui sauront tirer leur carte du jeu demain
Domitille et ma deuxième question si on a encore le temps c'est sur tes clients parce qu'on a parlé de vos salariés de vos financeurs de vos partenaires mais les clients ils viennent à vous parce qu'ils sont je suppose on a vu vous faites de très beaux meubles mais aussi est-ce qu'ils sont portés par le projet que vous avez que ce soit d'insertion ou d'upcycling
Matthieu ouais ouais ouais carrément merci les clients sans vous nous n'existerions pas c'est une réalité ouais ça c'est assez rigolo parce que quand je suis arrivé en 2020 il y avait un vrai sujet sur convaincre que ce qu'on faisait, c'était bien. En gros, beaucoup, quand Benoît a lancé l'asso entre 2016 et 2020, encore un petit peu en 2020, c'était beaucoup de doutes. Ouh là là, c'est l'insertion. Est-ce que ma table, elle va avoir quatre pieds? Ouh là là, c'est du recycler. Les meubles en palette, c'est sympa. Donc, il y avait beaucoup de préjugés qui étaient en grande partie infondés et aussi qui reposaient sur le fait que c'était un secteur qui était tout nouveau. Donc, en fait, on n'avait pas l'habitude de se dire que ça pouvait être joli et recyclé ou upcyclé. Aujourd'hui, plus du tout. C'est vrai que je n'ai plus jamais expliqué pourquoi est-ce que c'est important d'utiliser du bois recyclé plutôt que du bois neuf. Tout le monde est au courant. Et ça, c'est ce qui est arrivé en premier, je dirais, entre 2020 et 2022. La partie insertion, c'était toujours... Ouh là, ouais, bof. Parce que moi, la table, il faut vraiment qu'elle soit livrée à l'heure quand même. Et aujourd'hui, plus vraiment. Au contraire, ça devient... Nous, on a toujours tenu... D'ailleurs, on l'a laissé dans notre logo. On a un bonhomme qui s'étire, qui va vers le haut, qui avance. ça, ça a toujours été important de ne pas le cacher, d'en faire vraiment un argument, de dire aux gens qu'on faisait l'insertion, y compris quand c'était compliqué, parce qu'on était dans des secteurs très design, très chic, et parler d'insertion et de chômage en Picardie, bon, c'est pas toujours une coupe de champagne dans le marais, c'est deux mondes très différents, mais le fait justement de faire communiquer ces mondes, ça a toujours été ultra important pour nous, et de dire oui, en fait, l'insertion, c'est chouette, c'est pas en noir et blanc, il pleut, c'est germinal, non, les gens, ils sont sympas, ils rigolent, c'est chouette, il y a du talent, Et donc, mettre ça en avant, c'est ultra important. Et aujourd'hui, c'est un vrai argument aussi pour nos clients de se dire, OK, mon meuble, il a été fait, s'ils sont à Paris, à moins de 100 kilomètres de Paris, je peux aller visiter l'endroit. Ce n'est pas le meuble numéro 418 000, mais il a été fait par Vanessa et Thibault. Il y a tant d'heures d'insertion qui ont été permis par cet achat. Il y a tant de kilomatières qui ont été épargnées. On travaille aussi sur le bilan carbone de ce que ça peut représenter à chaque fois. Et ça, ça conscientise beaucoup l'achat. Et ça, on en est content aussi. Les meubles, on a tous autour de nous, mais on est de plus en plus loin des forêts et des menuiseries. Revenir aussi, faire un peu de pédagogie et vous expliquer qu'un meuble, ça a été avant un arbre et puis ça a été travaillé, c'est passé sur telle et telle machine et il s'est passé ça. C'est ultra important et ça change le rapport au produit. On est moins dans une logique de consommation et plus d'attachement. Je pense que l'attachement à nos produits, il permet aussi d'en prendre plus soin, de mieux les conserver et d'être dans une boucle circulaire. Parce qu'après, quand ils arriveront en fin de vie, on se dirait qu'ils pourront repartir pour une boucle. pas à l'infini, mais en tout cas pour au moins une prochaine boucle.
Yaël Surtout quand tu disais tout à l'heure que le modèle des menuiseries plus classiques allait plutôt aussi dans l'autre sens à faire des investissements de très très grosses machines qu'il fallait rentabiliser, mais du coup aussi avec à la fois moins de personnel et des commandes qui sont beaucoup plus à la chaîne, comme ce que tu décris.
Matthieu Oui, ça c'est une orientation en effet, comme dans plein de domaines industriels, en fin de compte, la robotisation, et ça implique, après, ça fait une pression. Mes collègues qui travaillent dans l'industrie linéaire, ce ne sont vraiment pas des métiers simples non plus, ils font aussi un super boulot, parce que la machine doit tourner 22h sur 24, et si elle tourne 21h sur 24, ils perdent de l'argent. Et ça, c'est sûr que nous, j'aimerais bien qu'un jour, on ait des machines numériques, parce que ça nous permettra de faire des choses qu'on ne peut pas faire, d'initier aussi nos salariés à de la meilleure technologie, et on a aussi l'idée que ce n'est pas parce qu'on est en insertion qu'on travaille sur des outils du 19e siècle, mais toujours dans une logique de l'homme et servir la production et pas l'inverse. Et nous, on sait qu'on a une matière qui est variable, qui n'est pas calibrée. Donc, on a besoin aussi de beaucoup de regards et de travail humain pour travailler cette matière à maximum, là où une machine numérique très spécialisée va avoir besoin d'un produit qui soit ultra calibré pour pouvoir fonctionner pleinement.
Yaël Trop bien. Merci beaucoup. Je vous propose qu'on s'arrête là et encore bravo pour ce chouette projet. Ça me fait dire qu'on a déjà fait un épisode bilan. Peut-être qu'on se verra dans trois ans pour que tu nous dises où ça en est et comment ça a évolué d'ici là. En tout cas, merci Matthieu et merci aussi l'autre Matthieu qui a dû nous quitter au milieu de l'épisode, de nous avoir accompagnés tous les deux et d'avoir répondu à nos questions pour ce nouvel épisode de Questions d'asso. Le podcast part et pour les asso. Et merci à vous de nous avoir écoutés. On espère que cet épisode vous aura été utile et que vous aurez pris plaisir à l'écouter. En plus, vous avez vu, il y a eu plusieurs appels qui ont été lancés. En tout cas, si notre discussion a pu faire écho à des situations que vous avez pu vivre, nous en invitons chaleureusement à nous le dire en nous envoyant vos témoignages à l'adresse hello-asso.com que vous retrouverez de toute façon dans la description de cet épisode. Et pour rappel, vous pouvez nous suivre sur votre plateforme de podcast préférée sur SoundCloud, Spotify, Deezer, Apple Music ou Peertube. Et vous pouvez également vous abonner à notre newsletter pour ne manquer aucun épisode. Et vous retrouverez toutes les informations, les liens et les ressources que nous avons évoquées durant notre discussion sur notre site web. Cet épisode a été réalisé avec le soutien de la MAIF. Aujourd'hui, c'est Guillaume Desjardins de Synchron TV qui était à la réalisation. Et la jolie musique que vous allez entendre maintenant est l'œuvre de Sound of Nowhere. Merci de nous avoir écoutés et rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode de Questions d'asso. Et en plus, ce sera la fin de la troisième saison. Merci.