Comment créer de l'engagement chez ses bénévoles ?

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Karl Questions d'asso ?

Yaël Le podcast par et pour les assos. En France, c'est près d'un quart de la population qui s'engage et fait vivre le monde associatif. C'est un chiffre conséquent, mais qui cache de grandes disparités. Au quotidien, il est difficile pour les associations de mobiliser de façon récurrente et continue leurs membres. Le bénévole d'une association n'est soumis ni à un contrat de travail, ni à une quelconque obligation de participation. Il participe selon ses envies, ses appétences, son temps disponible. En quelque sorte, tout se passe comme si l'association est en concurrence avec toutes les autres activités : professionnelles, activités ménagères, activités personnelles, amicales… tout ça. Donc comment l'association peut-elle susciter l'engagement ? Quel cadre mettre en place ? Comment créer et sécuriser l'implication des bénévoles sur le long terme ? Voilà, vous l'aurez compris, aujourd'hui on parle de l'engagement bénévole dans ce cinquième épisode de Questions d'asso, le podcast par et pour les assos, en partenariat avec la MAIF. Pour évoquer cette question, nous avons le plaisir d'accueillir Lorraine, de l'association MakeSense, spécialisée dans l'engagement associatif. Bonjour Lorraine.

Lorraine Bonjour Yaël.

Yaël Nous sommes également accompagnés par Stéphane, juriste de la MAIF, qui reviendra sur cette question du bénévolat sous un angle juridique. Bonjour Stéphane. Et pour animer ce podcast, j'ai moi-même le plaisir d'accompagner Karl. Salut Karl.

Karl Salut.

Yaël Cet épisode de Questions d'asso est réalisé par Guillaume Desjardins et Réha Simon de Synchrone TV, sur une musique de Sounds of Nowhere. Vous pouvez vous abonner à Questions d'asso sur votre plateforme de podcast préférée : Apple Podcasts, Google Podcasts, mais également Spotify, Deezer et Soundcloud. Et vous pouvez également réécouter ce podcast directement sur notre site web, www.questions-asso.com, où vous retrouvez une version textuelle de ce podcast – on s'y engage à chaque fois. Donc nous sommes très heureux d'être avec vous pour ce nouvel épisode, installez-vous confortablement et c'est parti ! Et on retrouve Karl pour l'édito.

Karl Ouais, alors aujourd'hui on ouvre un nouveau chapitre pour Questions d'asso, puisque après avoir parlé de modèle économique des associations, on initie un sujet également très important, voire même central, celui de la place des bénévoles dans ces associations. Alors commençons peut-être par rappeler ce qu'est un bénévole. On va évoquer le sujet sur un plan juridique avec Stéphane tout à l'heure, donc je vais sauter cette partie, et m'attarder plutôt sur ce qui fait la substance du bénévolat. Alors le terme bénévole, étymologiquement, ça vient du latin benevolus – ça fait toujours bien de placer un peu de latin dans un podcast – et ça signifie « favorable », celui qui est favorable, celui qui est bienveillant, celui qui veut du bien. À l'origine donc, le bénévole, ce n'est pas celui qui travaille gratuitement, c'est celui qui travaille pour une cause. Cette cause, elle peut être de différentes natures. Stéphanie Vermeersch, sociologue et directrice de recherche au CNRS, situe ainsi l'intervention du bénévole dans deux types de secteurs associatifs. Le premier, c'est le militantisme de proximité, qui se situe en fait à mi-chemin entre la politique – même si le bénévole refuse les affiliations partisanes – et le festif. Ici donc, c'est l'exemple par exemple de la Quadrature du Net, qu'on a reçue il y a deux mois, ou encore de nos deux associations, Le Mouton Numérique et Designers Éthiques. Et de l'autre côté, elle situe également l'intervention bénévole dans l'investissement caritatif, désidéologisé cette fois-ci, mais envisagé malgré tout en référence à l'engagement politique, en opposition duquel il se définit. Et ici, c'est par exemple les Restos du Cœur.

Karl Mais ce qui va aujourd'hui nous intéresser, au-delà de savoir où le bénévole s'engage, c'est pourquoi il s'engage. Et Stéphanie Vermeersch identifie deux motivations majeures chez les bénévoles, qui peuvent être parfois paradoxales. La première de ces motivations, c'est celle qui est éthique, une éthique qui est à la fois morale et personnelle, c'est-à-dire que le bénévole s'engage pour quelque chose auquel il croit et qu'il souhaite voir advenir. La seconde motivation, plus prosaïque mais tout aussi essentielle à mon avis, c'est le plaisir omniprésent lié au bénévolat – et je reprends ce terme de plaisir de Stéphanie Vermeersch. Elle note que le bénévolat s'exerce le plus souvent dans un contexte plaisant parce que l'activité menée est intellectuellement ou socialement plaisante. Ce plaisir vient probablement du fait que, contrairement à ce que laisse entendre le terme « engagement », le bénévole ne se donne pas vraiment en gage, comme le note la sociologue Dan Ferrand-Bechmann. En fait, le terme « engagement », il renvoie à la base au vocabulaire militaire – on s'engage dans l'armée, donc évidemment ce n'est pas pertinent dans le contexte associatif – et il ne se met pas non plus en gage, comme le serait par exemple un otage volontaire. Donc le bénévole s'offre, mais il s'offre en termes de compétences, en termes de temps, en termes d'image, en termes de réputation.

Karl Toujours selon Dan Ferrand-Bechmann, le bénévole n'est pas là pour gagner sa vie et échanger sa force de travail contre un salaire, il est également rarement là pour s'occuper, même si ça peut exister. En fait, il est là parce qu'il a choisi – il a choisi librement d'agir. Et cette action, c'est celle d'une cause, qu'il s'agisse de gérer une association, de rendre un service comme s'occuper d'une bibliothèque, ou de militer pour des revendications. Et donc ce que note justement Dan Ferrand-Bechmann, toujours, c'est que si l'on associe si souvent militantisme et bénévolat, c'est parce que l'action militante, finalement, elle est moins risquée pour un bénévole que pour un salarié. Le bénévole ne risque pas de perdre son salaire, ce qui lui permet de gagner sa vie. En ce sens, le bénévole prend moins de risques que le salarié. Et là où ça devient intéressant, c'est que les bénévoles sont pourtant, autant que les salariés, de véritables travailleurs. Ils travaillent – et elles et moi sommes bien placés pour le savoir. On parle d'organisation, d'efficacité, de statut, parfois de carrière. Bref, nous, bénévoles, adoptons les codes des travailleurs. Et donc les frontières entre le bénévolat et le salariat, elles sont ténues. Il y a énormément de bénévoles qui gardent des activités similaires quand ils glissent, au moment de la retraite, d'une activité salariale vers une activité bénévole. Je pense par exemple à certains médecins qui vont continuer à exercer à titre bénévole.

Karl Et pour autant – et c'est bien là, j'imagine, toute la difficulté du travail de Lorraine qu'on va recevoir dans un instant – on ne peut pas traiter un bénévole comme on traite un salarié. Toujours selon Dan Ferrand-Bechmann, de ce point de vue, les bénévoles sont souvent ambivalents, puisqu'ils demandent à la fois encadrement et liberté. Ils ne font pas du bénévolat pour faire du travail à la chaîne : à trop les encadrer, on risque de perdre une précieuse main-d'œuvre et de les décourager. Mais finalement, de l'autre côté, à trop leur laisser de liberté, on peut craindre une mauvaise mise en œuvre des actions de l'association, ce qui peut se révéler préjudiciable, notamment lorsqu'on traite de sujets ou de publics sensibles. Et c'est donc là un paradoxe fort de l'engagement bénévole, qui amène à une des principales difficultés de l'organisation des associations. Une des motivations ou un des désirs des bénévoles, c'est de rester libres de leur temps. Or, les structures associatives qui font appel à eux ont souvent des objectifs spécifiques, des contraintes, et parfois doivent traiter des cas d'urgence. Elles ont alors besoin de régularité, de présence, voire de compétences sur lesquelles elles peuvent compter. Et donc c'est précisément cette question qu'on vous propose de traiter aujourd'hui : comment engager ces bénévoles pour à la fois concilier leur volonté avec les besoins de l'association ? Et c'est pour ça qu'on est ravis d'accueillir Lorraine de l'association MakeSense. Rebonjour Lorraine. Merci d'être avec nous pour parler de cette question de l'engagement bénévole au sein des associations.

Karl Tu es toi-même responsable d'un des programmes d'engagement citoyen chez MakeSense. MakeSense, c'est une association qui développe – et donc je cite votre site web – « des programmes d'engagement spécifiques qui permettent à chacun d'opérer sa transition et de trouver des coéquipiers pour le faire ». Le tout sur des modalités qui ont l'air d'être assez variables en termes de temps et de compétences requises. Traiter de la question de l'engagement bénévole, c'est parce que visiblement vous êtes quand même des experts de cette question-là. Et donc peut-être pour commencer, et pour que celles et ceux qui nous écoutent puissent en savoir un peu plus sur vous et vous situer dans le vaste monde des associations, on va te proposer de dresser la carte d'identité de MakeSense à travers les trois questions qu'on pose à chaque association qu'on reçoit à ce micro. Et pour commencer, est-ce que tu peux tout simplement nous décrire ce qu'est l'activité de MakeSense ? Qu'est-ce que vous faites à MakeSense ?

Lorraine Alors MakeSense, c'est une association qui existe depuis dix ans, et ce qu'on veut faire, c'est donner les clés à chacun et à chacune pour pouvoir agir sur les sujets de société qui les touchent, en les formant sur des méthodologies et des outils pour que chacun puisse agir à son échelle. Et du coup ça peut passer par des activités de bénévolat, mais ça peut aussi vouloir dire devenir entrepreneur social et lancer un business à impact, ou gérer et développer des projets au sein de sa boîte. Et c'est pour ça que chez MakeSense, on a plusieurs types d'activités, on s'adresse à plusieurs types d'audiences. Donc on a des activités avec les citoyens – on en parlera beaucoup aujourd'hui. Mais l'idée c'est d'engager les gens et de leur donner toutes les clés et les outils pour qu'ils puissent agir sur les sujets de société qui les touchent. On accompagne aussi des entrepreneurs sociaux à développer des projets, de l'idée jusqu'au développement du projet, jusqu'au passage à l'échelle – on a tout plein de programmes d'accompagnement et d'incubation. Et on travaille aussi avec des entreprises pour les aider à se transformer de l'intérieur avec des méthodologies, que ce soit sur la transformation managériale ou sur l'animation de communautés en interne. Ce qu'on veut faire, c'est aussi former des professionnels à toutes nos méthodologies pour qu'ils puissent se saisir de nos outils pour réfléchir à comment impulser des dynamiques positives au sein de leur structure, que ce soit des collectivités, des entreprises, etc. Et de manière plus générale, l'idée c'est vraiment de pouvoir donner toutes les clés à chacun et à chacune d'agir à son échelle sur les sujets de société qui nous tiennent à cœur.

Yaël Peut-être juste pour avoir un petit point d'éclaircissement : quand tu dis que vous accompagnez des citoyens, c'est-à-dire qu'en fait n'importe qui vient vous voir en disant « j'ai envie de m'engager, aidez-moi ! » ? Ou est-ce que c'est une association qui vient pour que vous les aidiez à faire monter en compétences leurs membres ? C'est en gros – pardon pour repréciser – est-ce qu'un citoyen peut venir alors qu'il n'a pas de structure derrière ? C'est ça l'idée ?

Lorraine Oui, c'est les deux en fait. On va travailler avec des associations pour les aider à mieux engager leurs bénévoles, ou leur transmettre des apprentissages que nous on a eus sur nos dix ans d'animation de communauté de bénévoles, puisque ça fait dix ans chez MakeSense qu'on anime des communautés de bénévoles dans plus de 100 villes dans le monde – des groupes de personnes qui s'organisent dans leur ville pour agir sur les sujets de société qui les touchent. Ça peut être des thématiques qui sont importantes dans leur ville, ça peut être des projets qui leur tiennent à cœur, qu'ils ont envie de soutenir, ça peut être des événements qu'ils ont envie d'organiser. Et nous, ce qu'on a voulu faire depuis dix ans, c'est aider ces groupes de bénévoles à vraiment réussir à s'organiser, à avoir les bonnes méthodologies pour développer ensemble des projets et les faire avec d'autres personnes qui partagent ces questionnements et ces valeurs. Et donc du coup l'idée c'est de se dire qu'on n'a pas forcément besoin d'avoir une structure. Pour arriver chez MakeSense, l'idée c'est vraiment de dire « j'ai envie de m'engager ». On va parler à la cible de personnes qui se disent « j'ai envie de m'engager, mais je ne sais pas exactement comment le faire » – il y a tellement de possibilités autour de moi que je n'arrive pas à m'y retrouver. Et donc MakeSense va être là pour être ce tremplin vers l'engagement, pour venir guider les bénévoles et les citoyennes dans ces premiers petits pas vers l'engagement. Et du coup, on va les rediriger vers des associations, notamment depuis la crise sanitaire, c'est ce qu'on fait avec le programme dont on a discuté tout à l'heure, le programme Réaction, mais aussi ça peut être juste en leur donnant les outils pour comprendre leur écosystème, pour comprendre comment ils peuvent aider les projets dans leur ville, sans forcément avoir besoin d'une association derrière.

Lorraine Parce qu'en fait aujourd'hui c'est très intéressant ce que tu disais sur l'engagement, sur le bénévolat, sur pourquoi les gens ont envie de s'engager. Il y en a beaucoup qui ont envie d'agir de manière militante, il y en a beaucoup qui ont envie d'agir au sein des associations. Mais il y a aussi beaucoup de gens qui ont envie de comprendre comment, dans leur quotidien, sans forcément passer par l'engagement associatif, ils peuvent s'engager pour aider les personnes sans abri, pour aider des seniors isolés, etc., et que ça peut devenir quelque chose qui s'inscrit dans leur quotidien. Donc c'est assez vaste et c'est assez compliqué, parce que parfois on parle dans les milieux un peu startup, etc., mais chez MakeSense on a envie de s'adresser au plus grand nombre. Donc voilà.

Karl Et donc en fait, vous êtes un petit peu des experts de l'engagement associatif. Alors, deuxième question sur nos trois questions de carte d'identité : comment est-ce que vous êtes financés ? Notamment, tu parlais du fait que vous travaillez aussi avec des entreprises, donc ça veut dire que vous avez quand même une part lucrative dans votre association qui est substantielle.

Lorraine Complètement. Donc on a effectivement des prestations auprès des entreprises ou de collectivités ou d'autres structures. Ça représente à peu près 60 % de notre budget global. On a un peu plus de 20 % qui sont du sponsoring de nos différents programmes d'engagement, soit par des entreprises, des collectivités, etc. 10 % qui sont des subventions publiques, et 7 % qui sont des dons et mécénats de fondations ou de particuliers. Et donc du coup ça fait un budget global d'à peu près 3,5 millions d'euros. Et petite précision : sur nos programmes d'engagement, on est vraiment sur un financement qui est du sponsoring ou du don majoritairement. Et après on a aussi un système de licence où en fait toutes nos activités doivent reverser un certain pourcentage pour faire financer justement ces activités dites bénévoles, qui ne génèrent pas de revenus directement, comme pourraient le faire les prestations.

Karl Et donc le choix du statut associatif, c'est plus lié aux valeurs que ça porte qu'aux enjeux de business model, qui finalement sont presque plus proches de celles d'une entreprise.

Lorraine Alors, après, chez MakeSense, on a différentes structures juridiques justement parce qu'on a différentes formes d'activité. Mais le cœur de notre activité – et ça s'est créé comme ça – MakeSense c'est une association. Et on parle beaucoup de communauté internationale chez MakeSense pour décrire ça : les gens qui font partie de MakeSense, que ce soit des salariés, que ce soit des bénévoles depuis 5 ou 10 ans – il y en a qui nous suivent depuis le début –, ils le décrivent beaucoup comme une communauté internationale. Et je pense qu'on en reparlera peut-être un petit peu tout à l'heure, parce que ce sentiment de communauté est, je pense, clé dans pourquoi on arrive à engager des gens autant, et pourquoi les gens restent, pourquoi ça leur permet de refaire partie d'un groupe. Et du coup, c'est les questions qui nous passionnent nous chez MakeSense depuis dix ans. Et quand je vous disais tout à l'heure qu'on a consolidé vraiment une expertise autour de l'engagement de citoyens, c'est aussi beaucoup sur l'animation de communauté. Comment est-ce qu'on va créer, développer, structurer des communautés qui durent ? Et ça c'est une expertise qui aujourd'hui est très recherchée par plein de structures différentes : des entreprises, je vous disais tout à l'heure, mais aussi des collectivités, des entrepreneurs sociaux qui veulent fédérer autour de leur marque, des associations évidemment autour de leur communauté bénévole. Et du coup aujourd'hui on a vraiment défini des modèles assez théoriques aussi sur l'animation de communauté. On a lancé un club des communautés pour les aider avec des bonnes pratiques, des formations, des modèles pour pouvoir mieux engager leur communauté, mieux lancer leur communauté, mieux les développer.

Karl Et donc troisième question, pour en finir avec la carte d'identité : comment est-ce que vous êtes organisés ? Qui compose l'association ? Visiblement il y a à la fois des bénévoles et des salariés, c'est ça ?

Lorraine Oui. Alors MakeSense, on a 80 salariés en France et 120 dans le monde entier, puisqu'on a aussi des bureaux au Mexique, aux Philippines, au Liban et à Dakar. Et on s'organise en gouvernance partagée. Donc en fait chez MakeSense il n'y a pas de hiérarchie. C'est une organisation qu'on appelle horizontale. Ça veut dire qu'il n'y a pas de boss, il n'y a pas de N+2, N+10. Et du coup c'est des modèles qui sont assez innovants et sur lesquels on travaille beaucoup chez MakeSense en interne. Et donc au cœur de tout ce modèle-là, on a évidemment des salariés mais aussi des bénévoles qui nous aident à construire le projet.

Lorraine Depuis dix ans, donc on a engagé plus de 200 000 personnes. On a accompagné 8 000 entrepreneurs sociaux, on a travaillé avec plus de 250 partenaires institutionnels. Pour parler un petit peu plus de notre modèle de gouvernance – il va peut-être être un petit peu long, donc n'hésitez pas à m'interrompre –, chez MakeSense, on est persuadé qu'on est tous et toutes capables de pouvoir prendre des décisions et que ça ne dépend pas forcément de son niveau de séniorité, d'ancienneté au sein de la boîte, mais qu'il faut être bien outillé et bien accompagné pour pouvoir le faire. Donc les modèles de prise de décision collective se basent sur ce qu'on appelle la sollicitation d'avis. C'est la première chose qu'on va mettre en avant : le fait que chacun et chacune, comme je vous disais, est capable de prendre des décisions, mais qu'on n'est pas seul pour le faire. Et quand on prend une décision qui va impacter son équipe ou MakeSense, c'est moi, Lorraine, qui vais porter cette décision. Mais je vais solliciter l'avis des gens qui sont soit des experts sur la question, soit qui ont déjà vécu une expérience similaire, soit qui vont être impactés par la décision. Et donc c'est vraiment notre première couche de décision, et c'est celle qui est le plus utilisée aujourd'hui. Toutes les décisions sont transparentes et elles sont communiquées à tout le monde.

Lorraine Concrètement, on doit remplir une espèce de petit formulaire où on va préciser pourquoi on veut prendre cette décision, quels sont les risques pour l'association, quels sont les bénéfices, etc. Et solliciter l'avis des gens, qui ont une période de X temps pour s'exprimer par rapport à ça. Et après, basée sur tous ces retours, la personne qui a initié cette décision va dire : « moi, je vais prendre cette décision-là ». Et il y a une période un peu de mise en conflit – en fait, si jamais quelqu'un a une objection parce qu'il pense que ça va mettre en danger MakeSense, il peut se mettre en objection par rapport à cette décision-là. Et donc là, il y a plein de mécanismes différents qui s'enclenchent, mais si jamais il n'y a pas de consensus, de compromis trouvé entre ces personnes-là, ça va passer vers un organe qui s'appelle la Waterline chez MakeSense, qui est notre dernier organe, garant de l'image de marque de MakeSense, de la santé financière de MakeSense et du fait que ça se déroule bien au sein de l'association. C'est un comité qui a été élu via une élection sans candidat – c'est-à-dire que personne ne se présente, il y a que des gens qui sont éligibles à partir d'un certain nombre de critères, comme « ça fait deux ans que je suis dans l'association et je me projette à plus de deux ans ». Et donc il n'y a pas de campagne, pas de candidature. Voilà, on est en plein dedans avec les élections présidentielles – chez nous, ça ne se passe pas comme ça ! Je vous invite à chercher ce qu'est une élection sans candidat, c'est un processus très intéressant. Et du coup il y a quatre salariés et un bénévole qui font partie de ce comité-là. Ce comité peut être saisi par des gens quand on pense qu'il y a un danger pour l'association, sur une question qui peut être interne, externe, de budget, de RH, de décisions stratégiques. Ou alors il peut s'auto-saisir s'il voit qu'il y a un dysfonctionnement, qu'il y a quelque chose qui ne se passe pas bien.

Karl Et du coup, on va parler précisément de ces logiques d'organisation et de démocratie dans les associations dans notre prochain épisode, donc le mois prochain avec On est la Tech, justement. Et ce qui me faisait rebondir, c'est le fait que tu ne parles pas du tout de bénévoles ou de conseil d'administration.

Lorraine Non, pas de soucis. Il y a une quinzaine de bénévoles dans le monde, et c'est ce bénévole qui va être sollicité pour toutes les questions stratégiques. Et on peut les solliciter pour n'importe quoi. Donc on a vraiment voulu développer – moi quand je suis arrivée chez MakeSense, ça fait quatre ans et demi que je suis là, et j'ai toujours travaillé avec la communauté de bénévoles – j'ai toujours consulté les bénévoles pour n'importe quelle décision, notamment parce qu'ils nous aident à co-construire des programmes, des projets, qu'ils portent avec nous des événements ou des choses comme ça. Donc en fait la sollicitation elle est permanente.

Lorraine Mais pour des gens qui n'ont pas forcément l'habitude de travailler avec des bénévoles, ce qu'on a voulu instaurer, c'est vraiment la culture de la sollicitation des bénévoles, de leur demander leur avis, de leur demander ce qu'ils en pensent de tels projets qu'on veut mettre en place. Bien sûr, c'est quand ça implique des bénévoles et que ça a des répercussions sur eux qu'on va les solliciter, mais aussi pour nous donner des idées, de la matière pour réfléchir à comment MakeSense avance dans les prochaines années, comment ils nous aident à réfléchir aussi sur les projets importants à lancer, quelle est leur vision de MakeSense et à quoi ça sert pour eux. En fait on est vraiment en sollicitation constante avec eux. Et donc ce « community pool » il existe aussi depuis qu'on a refait notre gouvernance il y a 4-5 ans. Il évolue aussi beaucoup au fur et à mesure du temps. Et par exemple, moi sur mon programme dont on va parler tout à l'heure, je suis en lien assez permanent avec une quarantaine de super bénévoles qui coordonnent le programme avec nous. Et en fait c'est pas le programme de MakeSense : c'est le programme de MakeSense, des partenaires et des bénévoles, parce que c'est eux qui le co-construisent et qui le portent avec nous. Et du coup, quand on doit faire des visions, des roadmaps, quand on doit réfléchir à tel projet, quand on doit lancer une nouvelle idée, en fait c'est eux qu'on sollicite d'abord, parfois avant même nos collègues.

Yaël Merci beaucoup Lorraine pour toutes ces précisions. En plus ça fait vraiment bien le lien avec la suite et surtout le cœur du sujet d'aujourd'hui. Peut-être une question qui me vient en t'écoutant : tu parles beaucoup de sollicitation, voire même on pourrait penser de sur-sollicitation. Je me dis qu'il y a quand même une question de temps derrière. Comment est-ce que vous faites pour agir sur cette dimension-là ? Tu as beaucoup parlé en termes d'organisation, mais du coup, de ce que je comprends, tu mets les conditions pour que les personnes puissent s'engager, mais ça ne diminue pas le fait que les gens ont plein de contraintes autres. Comment vous gérez ça ?

Lorraine Complètement. En fait, quand on a des décisions à prendre ou des sollicitations ou des questions à leur poser, on ne va pas imposer ça. Par exemple, le community pool, quand on a des décisions à prendre, on crée un document sur lequel ils commentent quand ils ont le temps, on organise des temps en visio ou en présentiel quand c'est possible. Et en fait, ils viennent s'ils peuvent et ils nous donnent leur avis s'ils peuvent. On essaye aussi d'avoir différentes manières de les solliciter parce qu'on sait que les calendriers des uns et des autres varient. Et donc du coup ça peut être : « écrivez-nous votre avis sur ce doc », « faites-nous des notes vocales » ou « venez à ce temps-là ». Parfois ça démultiplie le temps que nous on y passe, mais en fait ça apporte de la richesse. Et on essaye de le faire de la manière la plus informelle possible aussi parfois, que ce soit un temps où on peut vraiment passer un bon moment et que ça leur donne envie de venir, et où ils vont se sentir vraiment contributeurs par rapport à toutes ces décisions-là. Donc voilà. Il y a quand même un vrai temps d'animation et de…

Yaël …coordination. Complètement.

Lorraine On anime, en fait, on ne fait pas pour eux – on est là vraiment pour leur donner les clés pour le faire. Pour répondre à des questions, mais aussi organiser des projets, on se voit comme un support à la communauté. Parce que ce sont eux qui font. Et donc le temps d'animation est clair. En fait, animer une communauté, c'est vraiment toute la mise en place d'activités, de rituels, de valorisation – on en parlera – mais voilà, c'est le rôle d'animateur de communautés bénévoles et c'est vraiment comme ça que je me vois aujourd'hui : on anime et on impulse la dynamique de communauté au sein des bénévoles pour qu'eux-mêmes fassent des choses.

Yaël Et cette vision, elle était déjà portée dès les débuts de MakeSense ? Ce qui amène la question un peu provocante : est-ce que les associations, en règle générale, ne sont pas capables d'internaliser ce temps d'animation ? Et du coup, le corollaire, c'est : si ce temps-là est externalisé, est-ce que ça ne pose pas des problèmes d'ingérence au sein des organisations qui vous sollicitent ?

Lorraine Alors MakeSense est vraiment née sur la conviction qu'on est beaucoup à avoir envie d'agir mais qu'on est peu à savoir comment le faire de manière très précise. Et donc du coup c'est née sur cette envie de donner les clés à chacun de pouvoir agir en créant cette communauté internationale. Donc en fait les tout débuts de MakeSense, c'était des bénévoles qui se sont saisis d'outils et de méthodologies pour les répliquer dans leur ville à eux, et qui ont créé des groupes d'action dans leur ville pour le faire. Donc on parle de MakeSense comme d'un « community-based model » : c'est né d'une communauté et c'est dans notre ADN. Et donc pour répondre à ta question, ce n'est pas du tout que les associations le font mal ou qu'on pense que nous on le fait mieux, c'est que nous on a commencé comme ça et que la première personne qu'on a embauchée chez MakeSense, c'était un community developer – donc vraiment le premier emploi salarié de MakeSense, c'était quelqu'un qui était là pour animer la communauté de bénévoles qui au début était éclatée dans le monde entier.

Lorraine Et après les suivants, ça a été des community developers par région, parce qu'on s'est dit que la priorité c'était de pouvoir venir en support à la communauté bénévole MakeSense. Et donc en fait aujourd'hui, de plus en plus, je pense qu'il y a des postes d'animation de communauté au sein des associations. Je ne dis pas que ça n'a jamais été le cas, mais en tout cas j'anime une petite communauté de responsables de communautés bénévoles – et c'est que des nanas, je le dis et chacun peut en tirer les conclusions. On est beaucoup à avoir ce poste-là aujourd'hui, et à rencontrer des enjeux, puisque ce n'est pas un métier qui est facile, c'est un métier qui est galvanisant, super excitant et stimulant, mais qui a tout plein d'enjeux. Et de plus en plus, je pense qu'il y a cette vision de : comment est-ce qu'on donne les clés et les outils pour animer ces communautés-là, et pour que les bénévoles soient eux-mêmes autonomes pour s'organiser, voire s'auto-organiser, parce qu'on en est presque là aussi aujourd'hui.

Lorraine Je sais qu'Entourage par exemple fonctionne aussi beaucoup sur un système où ils choisissent des animateurs dans une ville. Et en fait, je parlais avec une de nos bénévoles qui est aussi bénévole chez Entourage, et qui me disait : « En fait, on est libres de développer des projets. C'est même pas qu'on rend compte, c'est qu'on dialogue avec les personnes de chez Entourage, et on est là aussi pour impulser ça parce qu'en fait les gens nous font confiance sur ce qu'on peut faire. » Et en fait, moi, c'est ça que je trouve ultra intéressant et passionnant dans le métier d'animateur de communauté, c'est que quand on donne les clés aux bénévoles et qu'on leur dit « On te fait confiance, tu es capable », franchement ils font des merveilles. Et donc du coup, c'est ça qui est hyper important, c'est de leur donner cette impulsion-là. Avec après les bons outils d'animation de communauté derrière, évidemment, et ça c'est le rôle des associations, de leur donner le cadre, les outils, la structure, les méthodologies – j'en suis convaincue –, mais pour que eux-mêmes puissent se saisir des projets et les développer.

Lorraine Alors, après, ce n'est pas toujours valable partout parce qu'il y a des gens qui ont besoin d'être ultra accompagnés, il y a des gens qui viennent faire du bénévolat parce qu'ils ont envie d'être pris par la main et parce qu'ils ont envie qu'on leur dise quoi faire pour vraiment contribuer à une cause. Et donc on essaye aussi avec MakeSense de travailler avec différents types d'associations, autant des associations qui existent depuis 100 ans que des associations qui existent depuis pas très longtemps comme nous, pour réfléchir ensemble à ce que ça veut dire s'engager aujourd'hui, à ce que ça veut dire être bénévole, et à comment on le fait aujourd'hui.

Yaël Et ce que tu dis, ça fait quand même bien écho à ce qu'on a pu vivre avec Karl dans nos assos respectives, parce que je me souviens, il y a quand même ce moment où il y a les premiers membres qui arrivent et les gens sont hyper motivés pour faire des choses, mais derrière on ne sait pas quoi leur donner à faire. Et moi je me suis dit au début : c'est simple, viens avec ce que tu veux. Mais en fait il n'y a rien de plus démobilisant que de laisser un cadre aussi large. Et du coup ça a pris du temps – en tout cas pour moi côté Mouton Numérique, mais je crois qu'à Designers Éthiques c'était un peu pareil – pour essayer de poser un peu des cadres, mais sans non plus brimer.

Lorraine C'est un équilibre qui est difficile à trouver. Parce qu'en fait, comme tu disais tout à l'heure Karl, on a des objectifs, on a envie d'avancer. Voilà, et parfois ça ne dépend pas de nous. Et parfois c'est frustrant. Mais souvent ça fait de la magie, comme je vous disais tout à l'heure, parce que souvent les bénévoles sont tellement au contact du terrain qu'ils vont avoir beaucoup plus de recul ou beaucoup plus de nouvelles idées pour améliorer l'existant.

Yaël Alors du coup, est-ce que tu peux nous parler de ces outils et plus précisément du programme d'accompagnement dont tu as parlé ?

Lorraine Pour revenir un tout petit peu sur la question de l'engagement, nous, chez MakeSense, on se positionne sur la marche juste d'avant – je vous l'ai dit tout à l'heure. C'est vraiment l'idée de toutes ces personnes qui ont envie d'agir, qui ne savent pas trop comment, qui sont un peu perdues dans l'immensité de tout ce qui pourrait être fait, dans le nombre d'associations qui existent aujourd'hui pour agir sur des milliers de causes différentes. On veut vraiment s'adresser à ces personnes en leur disant : « Voilà comment tu peux commencer ton engagement. » Et donc notre ambition, c'est pas forcément que les bénévoles restent chez nous. Ça peut paraître assez paradoxal, mais on est contents si les bénévoles après vont pérenniser leur engagement chez les Petits Frères des Pauvres, chez La Cloche, chez Greenpeace, parce que c'est comme ça qu'ils ont envie de continuer à agir. Ce qu'on veut, c'est vraiment leur montrer ce qui existe aujourd'hui en termes d'engagement et leur faire prendre conscience de leur potentiel d'action.

Lorraine Donc moi, le programme que je porte, c'est le programme Réaction. C'est un programme qu'on a créé il y a un an et demi, au tout début du premier confinement. L'idée de ce programme, c'était vraiment que dans cette période, on s'est tous retrouvés complètement bloqués chez nous, pour beaucoup au chômage partiel avec beaucoup de temps. En regardant les infos, on voyait bien ce qui se passait : la situation terrible dans les EHPAD, les personnes sans abri enfermées dehors avec plus personne dans la rue, les soignants qui n'avaient pas de masque, etc. Ça paraît loin mais en fait ce n'était pas si longtemps que ça. Et voilà, il y avait tout ça qui était mélangé, et en même temps les grosses associations qui se retrouvaient un peu chamboulées dans leur manière de fonctionner à cause des normes sanitaires, qui avaient perdu une grosse partie de leurs bénévoles parce que c'était majoritairement des retraités qui ne pouvaient vraiment pas sortir de chez eux, etc. Voilà, tout ça mis ensemble fait qu'il y avait des gens qui avaient envie d'aider, des besoins de populations vulnérables. Mais les gens nous disaient : « Je ne sais pas quoi faire en fait, j'ai besoin d'être guidée dans mon passage à l'action. » Il y avait des centaines et des centaines, des milliers de citoyens qui étaient en attente de mission sur le site Réserve Civique, qui est maintenant devenu « Je veux aider », une plateforme du gouvernement qui a été lancée pour mettre en relation les associations avec des besoins et les bénévoles qui avaient envie d'aider. Et en parlant avec eux, on s'est rendu compte qu'il y avait vraiment des milliers de citoyens en attente et on s'est dit : comment est-ce que MakeSense peut contribuer à cette crise avec son expertise de l'engagement citoyen ?

Lorraine Et du coup on a décidé de lancer un programme. Il faut savoir que chez MakeSense, on avait déjà cette logique de programme depuis longtemps, et c'est aussi pour ça qu'on était prêts à lancer un programme aussi rapidement – en 72 heures. On avait déjà re-re-retravaillé la formule, le dispositif, comment ça fonctionne, les formations nécessaires, pendant des mois avec plein de mes collègues de l'équipe communauté. Et du coup, quand on s'est dit : « Qu'est-ce qu'on peut faire ? », la logique de programme est arrivée tout de suite. Les gens avaient envie d'être guidés, ils avaient envie de le faire en collectif parce qu'on était dans une période où on était complètement privés de lien social, et ils avaient envie de faire des choses de manière très concrète. Et du coup, on a lancé le programme Réaction. Très concrètement, le programme Réaction, c'est un programme – à l'époque ça durait une semaine, maintenant ça dure deux semaines. En tant que participant, on rejoint un groupe de 15 personnes qui, comme nous, ont envie d'agir sur une thématique mais qui ne savent pas trop comment. Donc on choisit une des thématiques. Et tous les jours, on va recevoir un email avec soit du contenu sur la thématique pour mieux la comprendre, soit des suggestions d'action très concrètes à effectuer avec des kits et des guides pour pouvoir la faire. On a une boucle WhatsApp avec son petit groupe de 15 personnes. Et on est guidé et accompagné par ce qu'on appelle chez MakeSense un ou une mobilisateur·mobilisatrice, qui est un bénévole MakeSense qu'on a formé à des méthodologies d'animation de communauté, et qui est là pas pour faire à la place des participants, mais pour encourager le groupe et donner une impulsion, et vraiment leur débloquer les freins sur le passage à l'action. Il y a des visios tous les 2-3 jours – et aujourd'hui on essaye de faire en sorte qu'ils se retrouvent dans un bar plutôt que derrière l'ordinateur, puisqu'on est tous fatigués des zooms et qu'on a envie de se retrouver dans la vraie vie.

Lorraine Et du coup ce programme a commencé la 2e ou 3e semaine du confinement. En fait, on a doublé ou triplé de volume toutes les semaines. Et précision très importante : ce programme, on ne l'a pas construit tout seul. Je vous le disais, la logique de programme, nous, on la maîtrisait. Mais en revanche, les solutions utiles à mettre en place pour aider les personnes sans abri, ce n'est pas du tout notre expertise, ça ne le sera jamais. Et c'est pour ça que dès la première minute, on a travaillé avec des associations partenaires et qu'on les a sollicitées pour co-construire le programme et le porter avec nous. Et c'est ça qui a changé aussi dans notre logique sur notre mode d'opération pendant la crise sanitaire : c'est que pour une des premières fois, on a directement travaillé avec des associations pour permettre aux gens d'agir de manière très concrète sur des causes. Avant chez MakeSense, c'était aussi beaucoup : comment tu vas sensibiliser tes proches sur des thématiques, comment tu vas aider des entrepreneurs sociaux qui développent des projets, qui trouvent des solutions sur les grands enjeux d'aujourd'hui. Là, on est passé sur une logique de : comment tu vas pouvoir directement faire une action qui va servir une cause et permettre de lutter contre l'isolement des seniors, contre le sans-abrisme, contre le réchauffement climatique, puisqu'après on a lancé le programme Climat.

Lorraine Donc ce programme a commencé pendant le confinement, on l'a porté, et au gré des confinements, déconfinements, couvre-feux, on l'a transformé en un programme d'engagement citoyen. Parce qu'on s'est dit qu'en fait, être guidé dans son passage à l'action, c'est un besoin qui existe, qui existait avant le Covid et qui existe encore beaucoup, beaucoup aujourd'hui. Et du coup, c'est resté un des programmes phares de MakeSense. Et la volonté, c'est vraiment de pouvoir aiguiller chacun à agir.

Yaël Merci, et peut-être dernière question avant de passer à la deuxième partie de cet épisode. Parce que là, dans les associations que tu as citées, il y avait Les Petits Frères des Pauvres, il y avait Greenpeace, c'est quand même des très grandes associations. Est-ce que vous arrivez à travailler avec des petites assos, beaucoup plus locales ? Et comment se passe l'articulation ? Parce que j'imagine que travailler avec vous demande de faire un chantier en plus à l'intérieur de l'asso et donc encore plus de temps.

Lorraine Carrément. Autour de la table – enfin de l'ordinateur –, pour trouver des solutions hyper urgentes à une crise vraiment urgente. Et maintenant qu'on a eu plus le temps, entre guillemets, de réfléchir, on est allé chercher des nouveaux partenaires, comme Les Petits Frères des Pauvres par exemple, pour pouvoir mieux articuler les besoins sur l'isolement des seniors post-crise. Et du coup, pour répondre à ta question, en fait nous on essaye de travailler avec des associations qui vont proposer des actions sur tout le territoire, puisque le programme Réaction c'est un programme qu'on peut faire depuis n'importe où en France, qui est gratuit. Et donc l'idée c'est d'avoir des actions que n'importe qui peut faire, qu'on vive dans une grande ville, à la campagne, vraiment peu importe. Par exemple, on travaille avec Naître un Sourire, qui est une association née au tout début du confinement, assez jeune, qui propose de manière très simple d'écrire des lettres envoyées à des seniors dans des EHPAD. Et en fait, c'est une des actions phares du programme Réaction « Aîné » qui plaît le plus, parce que les gens adorent ça. Pouvoir écrire des lettres, ça ne prend pas tellement de temps et ça donne un sourire à une personne âgée.

Lorraine Pour répondre à ta question, il y a plusieurs manières de cibler les besoins opérationnels, et c'est gagnant-gagnant en fait. Nous, on a besoin de l'expertise de ces associations. Et par exemple, ce partenariat avec Les Petits Frères des Pauvres, au-delà des besoins opérationnels et de leur stratégie d'engagement, on a d'abord réfléchi ensemble à : c'est quoi le besoin et les solutions aujourd'hui pour lutter contre l'isolement des seniors ? Et où est-ce que les citoyens sont le plus utiles à leur échelle, au coin de chez eux, pour agir ? Et donc on a développé du contenu pédagogique autour de comment je peux aller sonner chez mon voisin, comment je peux placarder des affiches, des initiatives « Solitude écoute » ou des choses comme ça chez les commerçants pour que les seniors puissent les voir, etc. Et l'idée c'est vraiment de responsabiliser – enfin de donner les clés – et de voir comment on travaille ensemble pour la cause, avec des associations qui ne travaillent pas forcément ensemble d'habitude, avec des actions qui sont complémentaires pour servir la cause.

Lorraine Et la deuxième chose, c'est : comment le fait de faire partie de ce programme va aider les associations elles aussi dans leurs besoins, dans leur stratégie d'engagement ? Parce qu'en fait MakeSense, c'est majoritairement une cible jeune – ça va être 70 % de moins de 35 ans. Et donc pour des associations comme Les Petits Frères des Pauvres où il y a un enjeu de renouvellement, de rajeunissement un peu de la population bénévole, ça peut être intéressant de s'allier à des structures comme MakeSense qui sont plus jeunes et qui vont parler à une cible jeune, et aussi de découvrir des méthodologies d'animation de communauté pour pouvoir les répliquer au sein de leurs propres associations. Donc voilà, en fait c'est du donnant-donnant, gagnant-gagnant, et on est beaucoup en échange permanent avec les associations pour imaginer toujours de meilleures solutions par rapport à la cause, mais aussi pour pouvoir les aider dans leur stratégie d'engagement et dans leur manière d'attirer et de mobiliser des bénévoles.

Karl Et donc peut-être pour passer maintenant à comment est-ce qu'on va embarquer ces bénévoles – tu nous as expliqué quels peuvent être les besoins des associations –, comment est-ce qu'on fait pour être sûr que les bénévoles répondent bien à ces besoins ? Est-ce que tu peux nous expliquer quel est le processus d'intégration de quelqu'un qui souhaite rejoindre le programme Réaction ? Concrètement, vous lui proposez quoi quand il arrive ?

Lorraine Oui. Alors, il y a différents niveaux de bénévolat. Donc du coup il y a le niveau participant, comme je vous le disais tout à l'heure : ces participants rejoignent un groupe de 15 personnes. Donc là on ne leur demande rien – on leur demande juste de s'inscrire et d'avoir un petit peu de temps. Pas beaucoup, mais quand même, parce qu'il faut qu'ils aient le temps de pouvoir faire les actions. L'idée c'est de proposer une forme de bénévolat qui est flexible et qui s'adapte au calendrier de chacun et de chacune. Parce que je pense qu'aujourd'hui les gens sont à la recherche d'une forme de bénévolat qui n'est pas forcément la même que celle qui existe depuis des décennies. Les gens ont un peu peur de l'engagement, mais aussi de l'engagement « je vais m'engager tous les samedis de 10h à 18h pour faire telle action ». Notamment les gens qui découvrent un petit peu le bénévolat, ils ont envie d'avoir ce côté flexible et de tester, parce qu'il y en a qui ne savent pas la forme d'action qui leur correspond le mieux. Donc aux participants, on leur demande de s'inscrire et de participer. On essaye de les responsabiliser sur le côté : « En fait, si tu t'es inscrit à ce programme pendant deux semaines, c'est important que tu participes. Parce que si tu ne réponds pas à la boucle WhatsApp, si tu ne viens pas au call, si tu ne fais pas les actions, tu ne vas pas vivre l'expérience à 360 – et c'est dommage pour toi mais aussi pour le collectif. »

Karl Et du coup, vous savez combien vous avez de taux de conversion ? C'est un terme très marketing, mais en tout cas de personnes qui participent effectivement.

Lorraine Ouais, alors on a à peu près 10 % de gens qui abandonnent. Et après pour un groupe de 15, c'est compliqué, et ça surprend nos bénévoles. Quand ils ont un call pour un groupe de 15, il peut y avoir 5, 6, 7 participants qui viennent au call – ce n'est pas forcément toujours les mêmes, parce qu'il y en a plusieurs pendant leurs deux semaines. Ce n'est pas toujours les mêmes qui répondent. Et en fait, parfois, ils se rendent compte au bout des deux semaines que la personne qui n'avait jamais répondu, jamais venue au call, avait fait plein d'actions, mais ne l'avait pas dit. Et du coup c'est aussi intéressant parce que chez MakeSense on parle beaucoup de « planter la graine ». Ça peut être frustrant parfois pour les bénévoles qui mobilisent les groupes d'avoir un participant fantôme. Mais en fait, ce qu'on essaye de leur dire, c'est que les participants, en ayant lu les contenus, en ayant lu les messages que vous postez sur les boucles WhatsApp, ont quand même planté quelque chose. Et peut-être que vous n'allez pas voir le résultat dans les deux semaines, mais peut-être que ça va germer dans un mois, dans six mois. Ce qui est dur pour nous, c'est la mesure d'impact de tout ça.

Lorraine Du coup pour continuer sur l'accompagnement des participants : ces deux dernières semaines, avec l'équipe, on a travaillé les messages de responsabilisation, à savoir : « Ce n'est pas parce que le programme est gratuit que c'est complètement à la carte et qu'il y a des bénévoles qui prennent de leur temps pour t'accompagner. » Parce que nous on veut développer le côté bénévolat flexible, mais on s'est rendu compte qu'à trop leur dire « C'est à la carte, vraiment, viens en fonction de ton temps », ça peut avoir des répercussions négatives pour les bénévoles qui encadrent le programme. Donc il y a ce côté un peu responsabilisant sur lequel on a envie d'insister, parce qu'on pense que c'est important.

Lorraine Et après, pour les mobilisateurs, ces personnes qui accompagnent les groupes de 15 personnes, ils bénéficient d'une formation avec MakeSense sur l'animation de communauté. C'est une formation un peu hybride composée de différentes choses. Il y a des modules vidéo qu'on a préparés avec tous les experts MakeSense en animation de communauté, pour les aider sur la posture, les former sur la facilitation en ligne, sur la gestion de la communication au sein d'un groupe, etc. L'idée c'est que quand ils lancent leurs groupes, ils sont prêts, ils n'ont pas de stress. Ils ont aussi tout un kit composé de toutes les réponses aux questions qu'on nous a posées depuis un an et demi – on le retravaille en continu, on rajoute un petit truc dans le kit dès qu'il y a une nouvelle question. Ça fait qu'au tout début, les gens nous posaient 40 000 questions et maintenant tout est super clair. L'idée, c'est vraiment qu'ils trouvent, étape par étape, jour après jour, les réponses à leurs questions. Ils ont une checklist de qu'est-ce qui se passe quand je lance ma boucle, le premier jour du programme, quel message template je vais pouvoir mettre sur la boucle WhatsApp. Et après ils ont des sessions en visio avec MakeSense, trois au total – juste avant de lancer leur boucle, au milieu, et à la fin.

Lorraine L'idée c'est à la fois de leur donner des infos mais aussi de les faire interagir entre eux. La formation de mi-parcours par exemple, c'est vraiment : on allume le zoom, tout le monde prend un café, et on leur dit « Racontez-nous comment ça s'est passé. Quels sont les défis que vous avez, quelles sont les belles histoires que vous avez ? » Et en fait, chez MakeSense, c'est les meilleures formations, parce que ce sont eux qui, de manière fluide, vont donner eux-mêmes les solutions, et c'est beaucoup plus puissant parce que c'est leur expérience à eux.

Lorraine Et je finis : j'évoquais tout à l'heure les super mobilisateurs, ces super bénévoles qui s'engagent sur un mandat beaucoup plus long, de plusieurs mois. On a testé pour la première fois un mandat de Supermob de 4 à 5 mois. En fait, ce sont des équipes de bénévoles qui vont coordonner chacune des thématiques. Eux sont vraiment en charge d'animer le programme, d'améliorer le contenu au fur et à mesure, de faire avec nous la gestion des partenaires, etc. Et eux, ils s'engagent vraiment beaucoup plus sur un temps long. Il y a eu tout un week-end de formation, on leur donne beaucoup de formations en continu, on leur fait vivre des expériences particulières, on leur fait parler avec des gens inspirants, il y a des speakers inspirants qui viennent, etc., pour valoriser un peu leur expérience. Mais c'est avec eux vraiment qu'on co-construit le programme.

Yaël Comme je le disais tout à l'heure, pour des activités qui sont très opérationnelles – aller coller des affiches, aller voir des gens, faire du porte-à-porte, des actions très délimitées –, je me dis qu'avant d'arriver à ce stade et d'avoir des actions bien délimitées, ça demande quand même que les structures aient déjà bien défini leurs objectifs. Et là après, pour les assos plus militantes, ça va très vite redéfinir. Il y a besoin d'avoir toute une phase d'analyse du problème avant de le traduire en objectif, avant de le traduire en opérationnel, ce qui peut du coup être un peu frustrant parce que ça prend beaucoup de temps, voire démobiliser. Mais en fait la partie réflexion – « on va discuter du pourquoi on est là, de ce qu'on critique, de ce qu'on veut changer » – est en fait peut-être la plus importante.

Lorraine Alors oui, après, le pourquoi on est là, et en fait les visios dans le programme – je vous disais qu'il y en a deux à trois – servent aussi à ça, notamment pour le programme Climat. Les gens ont beaucoup envie et besoin de parler de leur éco-anxiété, par exemple, ou de pourquoi ils se trouvent un peu paralysés face à tout ça. Et le programme sert aussi à ça : te donner les clés concrètes, mais aussi et surtout, tu le fais en collectif. Et c'est la force du groupe qui va faire que tu te sens porté pour pouvoir faire tes actions, mais aussi que tu vas te retrouver dans une boucle avec une quinzaine de personnes qui partagent tes questionnements et ton anxiété sur certains sujets, quand tu n'as pas forcément dans ton cercle proche l'espace pour en discuter. Et c'est ça que les gens adorent. Ils viennent et sont très contents parce qu'ils font leurs actions de manière très concrète, et « c'est génial, je rencontre des gens », des gens avec qui ils vont aller faire tout ça.

Lorraine Donc il y a aussi cet aspect de discussion. Et quand on a lancé le programme au tout début, on avait mis des suggestions d'action qu'on avait imaginées avec les bénévoles. Et en fait, il y a plein de groupes qui n'ont pas du tout suivi ce qu'on avait mis dans le programme et qui se sont auto-organisés, qui ont développé des idées eux-mêmes pour sortir un tout petit peu du cadre qu'on avait mis dans les emails avec les associations, et qui ont imaginé des trucs dingues qu'on a ensuite mis dans le programme. Et encore aujourd'hui il y a des gens qui sortent complètement de ce qu'on propose au quotidien. Par exemple, j'ai l'exemple d'Hector l'année dernière, à peu près à cette période-là, qui s'est dit : il commençait à faire super froid, lui était dans le programme « Personnes sans abri » – « je vais organiser une opération grand froid ». Et en fait, le fait d'être dans une boucle avec 15 personnes, il a hyper vite trouvé 4-5 personnes qui étaient super motivées pour se pointer devant chez Decathlon un samedi après-midi, imprimer deux-trois affiches et harceler les gens : « S'il vous plaît, achetez une paire de chaussettes en plus pour qu'on aille les redistribuer à des personnes qui en ont besoin. » Et en fait ils ont récolté 2 000 euros de produits juste avec ce groupe de 5-6 personnes. C'est à la fois la force du groupe – le fait qu'Hector a trouvé dans sa boucle WhatsApp des gens prêts à le suivre –, et les méthodes pour le faire. Il m'a appelé, il m'a dit : « OK, j'aurais besoin juste de ça. Comment est-ce qu'on peut organiser ça ? » Et ça s'est fait comme ça. Donc il y a aussi ce côté auto-organisation. MakeSense, depuis dix ans, c'est ça aussi : on va leur donner les outils, les méthodologies, et en fait ce qu'ils vont faire, c'est ce qu'ils ont envie de faire.

Yaël C'est aussi ce qu'ils ont envie de faire parce qu'ils pensent que c'est le plus urgent, le plus pressant, ou ce qu'ils font par rapport aux causes sur lesquelles ils ont envie d'agir. Et je reviens peut-être sur une question qu'on a un peu abordée, pour la préciser, sur le profil des gens qui s'engagent. Puisque tu disais que vos programmes sont à destination aussi bien des personnes qui sont au chômage, en situation de précarité, que des personnes qui sont plus aisées ou qui ont plus de ressources. Concrètement, est-ce que vous avez des chiffres ? Est-ce que vous arrivez vraiment à inclure tout le monde dans ces programmes sur le long terme et à faire travailler les gens ensemble ?

Lorraine Oui. Alors je pense qu'on peut toujours s'améliorer sur la diversité de nos profils et qu'on a beaucoup de réflexions par rapport à ça. De manière générale, quelques chiffres : on a 64 % de femmes. Je le redis aussi. Au sein des programmes Réaction, je vous disais à peu près 70 % qui ont moins de 35 ans, mais donc 30 % qui ont plus aussi – et c'est un peu une nouveauté chez MakeSense aussi, parce qu'avant c'était vraiment majoritairement des 18-35 ans. Et à peu près une moitié d'actifs, une vingtaine de pourcent qui sont au chômage, 25 % d'étudiants, etc. On n'a pas de stats sur les CSP. En revanche, ce qui est intéressant, c'est que 50 % des gens sont en Île-de-France et donc 50 % hors Île-de-France, et 90 % ne font pas de bénévolat régulièrement. Donc en fait c'est ça aussi notre profil, c'est vraiment ces gens-là. Et au sein des programmes, on a une diversité de profils : des étudiants, des parents, des gens qui travaillent dans des boîtes et qui trouvent quand même le temps de le faire.

Karl Et dans la manière dont tu verbalisais les différents types de profils, j'avais l'impression que vos participants, c'est presque vos usagers, vos utilisateurs, et que vos bénévoles, c'est surtout les mobilisateurs et les super mobilisateurs. Je ne sais pas si c'est quelque chose que tu partages, et justement comment est-ce que vous arrivez à aller chercher ces mobilisateurs et super mobilisateurs ? Parce que finalement trouver des gens qui viennent volontairement donner du temps pour les participants, c'est relativement facile – ou en tout cas ils ne s'engagent pas pour beaucoup – mais pour les autres, comment est-ce qu'on fait pour aller les chercher ?

Lorraine C'est super intéressant ce que tu dis. Chez MakeSense, avant, le format phare c'était le Hold-Up, un atelier de créativité pour aider un entrepreneur social à résoudre un défi. Et du coup, tu devenais bénévole MakeSense, tu devenais un « gangster » quand tu organisais toi-même un Hold-Up. Les participants n'étaient pas considérés vraiment comme des gangsters – il fallait passer à cette phase de toi-même, tu organises, etc. Et du coup aujourd'hui, je pense que cette logique est assez similaire. C'est vrai qu'on passe beaucoup de temps à former les mobilisateurs et les super mobilisateurs. Et les participants, ce sont des gens qui bénéficient aussi beaucoup des programmes. En fait, c'est aussi pour eux qu'on fait tout ce qu'on fait aujourd'hui, c'est pour qu'il y ait des centaines, voire des milliers, voire des centaines de milliers de citoyens qui fassent ce programme. Parce que la volonté derrière le programme Réaction, c'est qu'il y ait des milliers de citoyens qui fassent ça. Parce que par exemple : on a 2 millions de seniors isolés en France – si demain on est 2 millions à appeler un senior deux-trois fois par semaine, il n'y a plus de seniors isolés en France. Et donc, c'est comme ça qu'on veut résoudre les grands problèmes chez MakeSense : en engageant massivement la population sur des enjeux sociétaux et environnementaux.

Lorraine Mais pour revenir à ta question, comment est-ce qu'on les cherche ? Déjà, on travaille beaucoup sur comment on présente les opportunités de bénévolat chez MakeSense. Ça peut paraître simple, mais la personne qu'on veut cibler, parfois, elle va juste voir une pub ou un truc qui va lui donner envie ou pas de s'engager. Donc on travaille beaucoup nos techniques de marketing, de communication et de recommandation des proches. C'est un peu comme ça qu'on fait aussi du recrutement de bénévoles, c'est assez compliqué et assez nouveau chez MakeSense – on a embauché quelqu'un en marketing pour la première fois il n'y a pas si longtemps. Et donc c'est une complémentarité entre toutes ces stratégies. Comment est-ce qu'on fait des campagnes de communication qui sont attirantes et qui vont parler au plus grand nombre ? À la rentrée, on a lancé toute une campagne autour des « raisons d'agir » : « Quelle que soit votre raison d'agir, vous avez raison. Engagez-vous. » L'idée derrière c'était de dire qu'on a tous une bonne raison de s'engager, ça peut être pour se sentir utile, ça peut être pour rencontrer des gens, etc.

Lorraine Et comme je vous disais tout à l'heure, on s'adresse à tout le monde. Les techniques de marketing, c'est aussi : comment est-ce qu'on va créer des parcours d'inscription ? Au-delà des parcours d'engagement – c'est assez peu probable que quelqu'un qui ne connaît pas du tout MakeSense voit une pub pour le programme Réaction sur Facebook ou sur Instagram et s'inscrive direct –, il faut planter la graine et que ça germe. Et après c'est aussi beaucoup : comment est-ce qu'on va être très clairs sur ce qu'on recherche, notamment quand on recrute des mobilisateurs ou des super mobilisateurs ? Par exemple, pour le mandat, on a fait toute une campagne de recrutement avec des fiches missions, c'était hyper clair et détaillé, avec des sessions d'information sur c'est quoi le rôle de mobilisateur. On fait aussi des calls individuels pour les gens qui ont envie de comprendre mieux, pour qu'ils puissent passer le pas. Tout ça demande du temps, mais c'est aussi pour s'assurer que l'offre de bénévolat correspond à ce que les gens ont envie de faire derrière et qu'ils soient engagés sur le long terme.

Karl Et donc ça veut dire que vous faites des fiches de mission. Est-ce que tu peux décrire ce que sont ces fiches de mission ?

Lorraine Par exemple, pour le rôle de super mobilisateur, on avait fait toute une fiche sur notre plateforme jobsformakesense.org, qui permet de mettre en relation des gens qui ont envie de bosser dans l'impact et des structures qui proposent des jobs à impact. Donc on crée des fiches missions sur cette plateforme, et les gens peuvent candidater. Par exemple, pour ce rôle de super mobilisateur, on avait décrit la durée du mandat, les missions associées, le type de profil – les critères c'était : « Tu as le temps, tu as envie. » Il n'y a pas de critère du type « Tu as fait cinq ans d'études ». Et on avait fait pour ce processus de recrutement des entretiens avec les personnes qui avaient candidaté, donc vraiment pour ce rôle sur le temps long – 5 mois, etc. Pour les mobilisateurs, les gens peuvent juste s'inscrire, mais on a fait l'effort aussi dans le formulaire d'inscription de vraiment détailler le rôle, de faire des vidéos. Le but c'est que l'offre soit claire et lisible, mais aussi que les gens puissent parfois parler à un humain pour poser leurs questions. Parce qu'en fait, t'as beau avoir le site le plus nickel du monde, il y aura toujours des gens qui ne lisent pas la FAQ. Donc voilà.

Karl C'est intéressant Lorraine, parce que tu parlais effectivement de jobs, ce qui rebondit sur l'aspect plutôt légal de la question. Et donc on va passer justement à la question d'expert pour détailler ce que sont ces enjeux juridiques liés au statut du bénévolat. C'est parti pour la question d'expert. Aujourd'hui, notre expert, c'est Stéphane. Salut Stéphane.

Stéphane Salut Karl.

Karl Tu es donc juriste au service Association de la MAIF, et tu nous rejoins pour parler précisément des différents statuts de membres d'une association. Alors le sujet qu'on souhaitait évoquer avec toi, c'était cette question de la différence entre un adhérent et un bénévole. Souvent on utilise ces termes de façon un peu indifférenciée alors qu'a priori c'est bien des statuts qui sont différents. Donc la question finalement elle est simple : qu'est-ce que c'est qu'un adhérent ? Qu'est-ce que c'est qu'un bénévole ? Quelles sont les différences entre les deux ?

Stéphane Alors c'est moins une condition de statut que d'action mise en œuvre. En fin de compte, l'adhérent, si on commence par lui, c'est la personne qui va bénéficier des services ou prestations offerts par l'association. Pour un adhérent d'une association sportive, je vais faire tel sport et je vais adhérer à une association. Une association qui va proposer des paniers bio, je vais adhérer et je vais effectivement bénéficier des paniers bio organisés par l'association. Cette relation se matérialise d'une manière générale formellement par ce qu'on appelle un bulletin d'adhésion dans le monde associatif classique. Donc il y a un contrat, je verse une somme d'argent, et en échange j'ai le bénéfice du projet associatif. Le bénévole, lui, est à l'origine du projet associatif. Il va s'engager au bénéfice du projet associatif, d'une manière en général totalement libre, désintéressée et souvent sans cadre formel. C'est-à-dire : « Moi je viens, j'ai des compétences, je vais les mettre au profit du projet associatif. » Pour reprendre l'exemple de l'association sportive : le bénévole qui a des compétences sportives de par son expérience personnelle va devenir entraîneur des adhérents. Et s'il n'y a pas d'éléments formels, il y a ce qu'on appelle par la jurisprudence une « convention tacite d'assistance ». Il y a quand même des liens de droit créés par cette relation humaine entre le bénévole et l'association, et l'adhérent. Donc il y a effectivement cette différence : on n'est pas dans le même champ de la vie de l'association. Le bénévole construit le projet, l'adhérent par principe en bénéficie.

Yaël Et donc, du coup, dans ce que tu viens de dire, en fait le bénévole n'a pas obligatoirement de cotisation.

Stéphane Pas forcément. C'est après des choix qui vont être faits – on va peut-être y revenir – sur comment l'association perçoit son projet associatif et comment elle perçoit l'engagement des personnes qui vont contribuer au projet ou en bénéficier. Mais ça, c'est un choix, on va dire, statutaire et un choix politique, au sens noble du terme. Et les premiers bénévoles, ce sont quand même ce qu'on appelle les mandataires sociaux, ceux qui ont construit l'association, qui ont conçu le projet, qui l'ont structuré dans le cadre de la loi 1901. Je parle du bénévole au sens large – je ne parle pas du bénévole dirigeant, président, trésorier, secrétaire, qui est mandataire social, qui a des responsabilités particulières. Là, on est sur l'engagement. Mais oui, ça va être aussi un choix politique. Et on peut à la fois être bénévole et être adhérent. Ce qu'il faut effectivement retenir, c'est que qu'il y ait un contrat, un bulletin d'adhésion ou non, il y a une relation particulière entre l'association et le bénévole. Il y a des engagements réciproques. L'engagement du bénévole et de l'adhérent, c'est globalement de respecter les statuts. Voilà, on doit respecter les statuts et le projet associatif, qu'on soit à l'origine, qu'on soit participant – donner des cours de danse, cultiver les fruits et légumes – ou qu'on achète le panier bio.

Karl Donc j'ai des règles à respecter, malgré tout. Et peut-être avant d'en arriver justement à ce contrat de bénévolat, il y a des cas où c'est quand même important que les bénévoles soient aussi adhérents. Et toi précisément tu travailles à la MAIF, donc dans l'assurantiel, et justement le fait que le bénévole soit adhérent, si j'ai bien compris, c'est ce qui lui permet aussi d'être couvert dans les actions qu'il réalise pour l'association.

Stéphane Alors, couvert, oui et non – ça dépend. Effectivement, il y a un grand principe de la loi 1901, c'est la liberté associative et donc la liberté d'adhérer, ou la liberté d'être bénévole. Il y a des associations qui ont décidé parfois de contraindre un bénévole à devenir adhérent. Alors, en fonction de la mission que l'on a, mais c'est aussi une manière, quand on le contraint, de formaliser le projet associatif, le statut et l'objectif dans lequel on va. Parce que même si on est sur des engagements, on veut agir d'une manière avec sa propre personnalité, sans forcément s'inscrire dans un cadre précis – il y a quand même besoin d'avoir des règles de vie sociale, on ne peut pas faire tout et n'importe quoi. Donc le fait souvent de contraindre un bénévole à adhérer, c'est aussi une manière de dire : « Ok, il y a le projet, mais il y a quand même quelques règles qu'on a définies collectivement. » Et puis ça donne des droits aussi. Souvent ça donne un droit de vote. Donc toi aussi tu peux interagir, et si dans le projet qui a du sens pour toi tu veux faire évoluer les conditions de mise en œuvre, participe au vote et pourquoi pas engage-toi au bureau. C'est aussi une manière de générer un bénévolat actif et pas seulement passif. Et c'est souvent pour ça que certaines associations obligent à avoir cette adhésion, même si on est bénévole.

Stéphane Après en termes de protection, si c'est ta question, le cadre juridique est globalement le même. Il y a une relation, je le disais tout à l'heure, contractuelle. Ce qui veut dire que l'association a ce qu'on appelle – je suis obligé de faire un petit peu de droit, je suis désolé – une obligation dite de sécurité par rapport à ses adhérents ou ses bénévoles, qu'il y ait un contrat, un bulletin d'adhésion ou non. Et donc elle doit tout mettre en œuvre pour protéger, c'est ce qu'on appelle une obligation de moyens de sécurité, et effectivement respecter les règles de sécurité en vigueur. Ce qui veut dire que le bénévole ou l'adhérent, si jamais il a un souci corporel, un accident, et veut mettre en cause l'association, il devra malgré tout prouver qu'il y a eu un défaut dans les obligations de sécurité. À l'inverse, il est protégé – lorsqu'il va agir pour le compte de l'association, on va considérer que l'association c'est un peu son employeur : comme il agit pour le compte d'elle, par principe c'est l'association qui sera responsable, sauf à prouver qu'il a agi en dehors des règlements et des statuts, ou pour des intérêts totalement personnels. Donc la protection est la même, qu'il y ait ou pas contrat. Dès qu'on s'engage, et c'est ça qui est intéressant, c'est que le droit rejoint quelque part la volonté humaine : il y a un engagement, l'association est responsable.

Yaël La réglementation est la même. Et si le contrat n'est pas nécessaire, comment ça se passe s'il y a quelqu'un qui dit s'engager au nom d'une association alors que l'association ne veut pas ou ne veut pas le faire dans ce sens-là ?

Stéphane Alors, ça c'est ce qu'on appelle la théorie du mandat apparent. On peut dire « je viens de telle association ». Alors après, ce sont des éléments de fait. Si l'association arrive à prouver qu'il n'y a eu aucun lien juridique de droit avec un élément formel ou de fait – c'est qu'il est inconnu de personne, il n'y a aucun témoin qui l'a vu, il n'y a rien qui existe – elle pourra démontrer que vis-à-vis de toi, si jamais il te cause un préjudice, lui est totalement extérieur à ça. Et l'association pourra totalement être retirée de toute mise en cause.

Karl Et alors tout à l'heure tu parlais de contrat de bénévolat. Concrètement, qu'est-ce que c'est en fait ?

Stéphane Le contrat de bénévolat a cette volonté de dire : « Voilà, je valorise le bénévole. » Donc je te dis, en tant que bénévole, que ce n'est pas que des faits, des actes, c'est aussi un engagement. Et je structure un peu ton engagement. C'est-à-dire : « Tu vas devenir bénévole. En fonction de tes possibilités et de mes besoins, tu vas venir, comme on disait tout à l'heure, tous les samedis de 14h à 16h. Tu vas pouvoir avoir accès à tel matériel. Tu vas pouvoir, par rapport à tes compétences, donner des cours. » Donc on va structurer l'engagement de la personne. À l'inverse, l'association va pouvoir aussi s'engager vis-à-vis du bénévole à peut-être l'accompagner, le former, valoriser ses compétences, entretenir le bénévolat. Et puis aussi il y a des choses un petit peu matérielles : s'il y a des frais d'essence pour venir, structurer qu'il y aura un remboursement. Voilà. Donc c'est une manière à la fois de sécuriser l'association pour que le bénévole ne fasse pas tout et n'importe quoi, et à la fois de valoriser le bénévolat. Il n'est pas souvent fait, mais quand il est fait, c'est plutôt dans cette philosophie-là. De toute façon, quelqu'un qui tape à la porte d'une association, qu'il y ait ou pas de contrat formel, il va s'engager. Mais ça mérite effectivement cette structuration. Alors ce n'est pas un contrat de travail, bien entendu, puisqu'on est toujours sur une démarche libre et non rémunérée – ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de remboursement des frais, comme je disais, mais voilà.

Karl Mais c'est cette limite. Des fois on dit que ce contrat de bénévolat permettait de se prémunir de la requalification d'une activité bénévole en salariat, est-ce que c'est vrai, dans quelle mesure ?

Stéphane Alors, se prémunir : ce qu'on va regarder, ça va être l'effet. Si ce contrat de bénévolat reprend les critères d'un contrat de travail, c'est-à-dire que systématiquement le bénévole va agir sous la responsabilité d'un autre bénévole – là il peut y avoir un lien de subordination –, qu'il doit rendre des comptes systématiquement à chaque fois qu'il a fait une action – là aussi on va se rattacher à un lien de subordination –, et qu'en échange de son engagement, il pourrait avoir éventuellement une petite indemnité – là on peut se rapprocher de la rémunération –, ce sont les deux critères qui font qu'on est sur un contrat de travail : le lien de subordination, c'est-à-dire un pouvoir d'autorité, même dans des structures horizontales, il y a quand même un N+1. Voilà, quand il est présent, de droit ou de fait, on peut avoir un élément de requalification. Et l'autre élément, c'est la rémunération, que ce soit en nature ou en argent. Je reviens sur ce lien de subordination parce qu'il y a aussi un lien de préposition – c'est un peu du juridique. Le bénévole est quand même le préposé de l'association. C'est-à-dire qu'il agit librement, mais sous couvert d'orientations données par l'association, qui renvoient aux statuts et au règlement intérieur. Et c'est ce qui le protège aussi : c'est parce qu'il y a ce lien de préposition qu'il est protégé par l'association s'il cause un dommage à un tiers dans le cadre de son activité.

Stéphane Donc la requalification est possible, mais ça veut dire que la relation est tellement définie, et qu'il y a la subordination qui est l'élément principal, que la requalification n'est pas forcément appuyée sur des éléments écrits uniquement, mais ça peut être aussi des éléments de preuve, des témoignages et d'activité. Donc il faut faire aussi attention à l'association quand on est trop motivé par rapport à son projet associatif – faire attention quand on est bénévole dirigeant, ou quand on a parfois un orgueil un petit peu fort parce qu'on a aussi des actions et des responsabilités dans la vie privée, dans la vie professionnelle, et qu'on transpose ses compétences à la gestion associative. Il faut faire attention à ça, parce que là il peut y avoir un risque de requalification. Pourquoi on requalifie ? C'est quand il y a un conflit entre le bénévole et l'association, et que ce conflit amène le bénévole à dire : « Moi j'étais en vérité un salarié et je veux des indemnités de licenciement. » C'est ça l'objectif derrière. Et en amont, c'est le conflit.

Yaël Merci beaucoup Stéphane pour toutes ces clarifications. J'avoue que ça me remet pas mal en perspective ce qu'on fait, parce qu'effectivement la distinction ne serait-ce qu'adhérent et bénévole, chez nous on ne l'a pas du tout faite. Donc voilà, ça mettra de nouvelles perspectives. Et sans transition, on va passer à la dernière partie qui sera peut-être un petit peu courte parce que le temps presse, plus directement peut-être sur la valorisation du bénévolat. C'est un sujet qu'on avait déjà abordé, je crois, dans le premier ou deuxième épisode de Questions d'asso. Donc Lorraine, à MakeSense – peut-être une double question mais qui est liée – est-ce que par rapport à ce qu'a dit Stéphane, vous faites un peu cette distinction, ou en tout cas vous avez cette attention sur la qualification de ce qu'est un bénévole, mais aussi comment vous allez valoriser cet engagement ? Aussi à la fois pour susciter l'engagement et ne pas perdre le bénévole en cours de route.

Lorraine Alors nous, on n'a pas d'adhérents chez MakeSense. C'est des questions sur lesquelles on réfléchit en ce moment, parce que je suis d'accord avec ce que tu dis Stéphane, ça permet de poser un cadre et de favoriser l'engagement et d'avoir des contreparties, comme voter ou avoir son mot à dire sur la stratégie, etc. Mais ce sont des choses qu'on fait déjà, donc c'est plus des questionnements qu'on a en ce moment. Et après nous, on travaille beaucoup la valorisation des bénévoles. Chez MakeSense, quand on forme au développement de communauté, la valorisation c'est même un des cinq piliers sur lesquels on va travailler. Parce que pour nous, on a vraiment la conviction que c'est essentiel aujourd'hui de valoriser les membres de sa communauté et de valoriser ses bénévoles.

Lorraine Ça se manifeste de plusieurs manières. On va déjà beaucoup en parler nous-mêmes autour de nous, en poster sur les réseaux, etc. Aujourd'hui c'est très important parce que moi je ne peux pas garder pour moi tout ce que nos bénévoles font d'incroyable – j'ai envie de pouvoir mettre en avant tout leur investissement et tout ce à quoi ils contribuent. Je trouve ça dingue qu'il y ait des gens qui depuis un an et demi nous aident à co-porter le programme vraiment avec nous. Des bénévoles, donc Pascal, Vanessa, Vincent, tous ces incroyables super bénévoles qui sont là depuis un an et demi et qui portent le programme avec nous. Donc je fais plein de posts LinkedIn. On les met en avant pour raconter leur histoire et donner envie aux autres de pouvoir le faire.

Lorraine Et après, par exemple, pour le côté mobilisation, on va proposer aux gens d'obtenir, s'ils le souhaitent, un certificat de mobilisation citoyenne. En fait, ils se font former pendant deux ou trois semaines, ils développent des compétences, ils apprennent des choses. Et on voulait leur donner la possibilité de pouvoir le mettre en avant sur leur CV, sur leur LinkedIn, auprès de recruteurs, etc.

Karl Juste, ce certificat, c'est quelque chose que vous-même vous éditez ou c'est quelque chose de l'État ?

Lorraine Non, pour l'instant c'est vraiment juste la reconnaissance de MakeSense et de l'écosystème. Donc c'est signé par nous, c'est un certificat MakeSense. Mais il y a plein de gens qui l'ont acheté – c'est un certificat qui est payant aujourd'hui – et qu'ils utilisent pour valoriser des compétences qu'ils ont acquises via le bénévolat. Puisqu'on en parlait un petit peu, mais le bénévolat c'est donner, mais c'est aussi beaucoup recevoir : tu le disais dans ton intro, c'est passer de bons moments, c'est du plaisir, etc. Mais c'est aussi apprendre et développer de nouvelles compétences qu'on peut utiliser dans sa vie pro ou dans sa vie perso. Et pour moi ça c'est hyper important parce qu'il y a plein de gens qui viennent aussi chez MakeSense pour ça, dans une période de transition, pour développer des nouvelles compétences – l'animation de communauté, la créativité, l'autonomie, la prise d'initiative, le lâcher-prise –, qui sont des compétences tellement importantes aujourd'hui.

Yaël Peut-être juste pour clarifier un peu ce point-là : ça veut dire que vous arrivez à suivre un peu ce que font les bénévoles ? Parce que tu dis que c'est payant, c'est-à-dire que toutes les personnes qui sont chez vous peuvent dire « j'ai envie d'un certificat »…

Lorraine On les voit en formation, en fait. On les voit trois fois en formation, on a des retours de leurs super bénévoles, on est vraiment en contact avec eux. Donc on est capable de dire : si quelqu'un a été complètement fantôme et n'a pas du tout fait son rôle, on ne va pas lui donner le certificat alors qu'il n'a pas rempli ses devoirs. Pourquoi le faire payer ? C'était aussi un moyen pour nous de générer des revenus directs par rapport au programme et de donner de la valeur au certificat. Les gens viennent l'acheter s'ils estiment que la formation qu'ils ont reçue – qui était gratuite – était de qualité, et comme moyen de redonner à l'association.

Stéphane Et est-ce que vous êtes organisme de formation ?

Lorraine Alors sur certaines de nos activités, oui.

Stéphane D'accord. Ce qui permet de justifier ce certificat, qui a du sens et de le valoriser, peut-être même en VAE, ça peut…

Karl Mais du coup ça veut dire que c'est un certificat que vous donnez aux mobilisateurs mais pas aux participants.

Lorraine Non, pas aux participants, jamais. C'est vraiment les gens qui ont suivi la formation avec nous. Et après, dernière chose : par exemple pour nos super bénévoles, ce qu'on va faire c'est beaucoup de la recommandation aussi pour les gens avec qui on a collaboré depuis longtemps sur des mandats de 4-5 mois ou qui sont là depuis un an et demi, et qui sont parfois en recherche d'emploi. Quand ils ont une opportunité, que c'est chez des gens de notre écosystème, d'autres associations, et qu'ils ont besoin d'une recommandation, on leur fait. J'ai passé pas mal de coups de fil pour recommander. Et c'est comme ça qu'on a eu des super belles histoires : Nasim qui est partie travailler chez Je veux aider, Marine qui est partie travailler chez Singa en animation de communauté bénévole, Gaspard à la Croix-Rouge. Ce sont des gens qui viennent se former chez nous et qui vont pouvoir derrière confirmer une transition professionnelle vers des métiers à impact en utilisant ces compétences d'animation de communauté qu'ils ont développées chez nous dans d'autres structures. Et ça, c'est hyper gratifiant. La boucle est bouclée, quoi.

Yaël Super, eh bien écoute, merci beaucoup Lorraine. Je propose que ce soit le mot de la fin. Donc merci Lorraine, merci Stéphane de nous avoir accompagnés et d'avoir répondu à nos questions pour ce nouvel épisode de Questions d'asso, le podcast par et pour les assos. Et merci à vous de nous avoir écoutés. On espère que cet épisode vous aura été une fois de plus utile et que vous aurez pris du plaisir à l'écouter. Si notre discussion a fait écho à des situations que vous avez pu rencontrer et que vous avez des témoignages, n'hésitez pas à nous les communiquer directement sur l'adresse mail hello@questions-asso.com, que vous retrouverez dans le lien de l'épisode. Pour rappel, vous pouvez nous suivre sur votre plateforme de podcast préférée : Soundcloud, Spotify, Deezer, Apple Podcasts ou Google Podcasts. Vous pouvez également vous abonner à notre newsletter pour ne manquer aucun épisode, et vous retrouvez toutes les informations sur notre site, où toutes les ressources évoquées dans l'épisode seront aussi mentionnées. Cet épisode a été réalisé avec le soutien de la MAIF. Aujourd'hui, c'est Guillaume Desjardins et Réha Simon de Synchrone TV qui étaient à la réalisation, et la jolie musique que vous allez maintenant entendre est l'œuvre de Sounds of Nowhere. Merci de nous avoir écoutés, et rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode de Questions d'asso, sur les questions de gouvernance.

Karl Questions d'asso.

Yaël Le podcast par et pour les assos.