► Épisode 5

Comment créer de l’engagement chez ses bénévoles ?

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En France, c'est près d'un quart de la population qui s'engage et fait vivre le monde associatif. C'est un chiffre conséquent, mais qui cache de grandes disparités au quotidien.

Il est difficile pour les associations de mobiliser de façon récurrente et continue leurs membres. Le bénévole d'une association n'est soumis ni à un contrat de travail, ni à une quelconque obligation de participation. Il participe selon ses envies, ses appétences, son temps disponible. Tout se passe comme si l'association était en concurrence avec toutes les autres activités professionnelles, activités personnelles, amicales, etc.

Comment l'association peut-elle susciter de l'engagement ? Quel cadre mettre en place ? Comment créer et sécuriser l'implication des bénévoles sur le long terme ?

Pour parler de ce sujet, nous avons donc le plaisir d’accueillir Lauren, de l’association makesense.

Enregistré le
10 novembre 2021
Réalisation par
Guillaume Desjardins & Reha Simon, synchrone.tv
Sur une musique de
Sounds of Nowhere - “It Goes On...”
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Creative Commons Attribution (2.0)

La question d'expert

Quelle différence entre un adhérent et un bénévole ?

Stéphane Courtois, juriste à la MAIF, répond à nos questions sur les différences de statut entre adhérent et bénévole.

À propos de l'épisode

Aujourd’hui, on ouvre un nouveau chapitre pour Questions d’Asso, puisqu’après avoir beaucoup parlé du modèle économique des associations, on initie un sujet également très important - central même : celui de la place des bénévoles dans ces dernières.

Commençons peut-être par rappeler ce qu’est un bénévole. On va évoquer le sujet sur un plan juridique avec Stéphane tout à l’heure, donc je vais sauter cette partie, et m’attarder plutôt sur ce qui fait la substance du bénévolat. Le terme “bénévole” étymologiquement vient du latin benevolus - c’est toujours bien de placer un peu de latin - qui signifie : Favorable, bienveillant, celui qui veut du bien. À l’origine donc, le bénévole n’est donc pas celui qui travaille gratuitement, mais celui qui travaille pour une cause.

Cette cause, elle peut être de différentes natures. Stéphanie Vermeersch, sociologue et directrice de recherche au CNRS, situe ainsi l’intervention du bénévole dans deux secteurs associatifs : un militantisme de proximité – situé à mi-chemin entre le politique, mais dont le bénévole refuse les affiliations partisanes, et le festif, c’est l’exemple de la Quadrature du Net qu’on recevait il y a deux mois. Et de l’autre côté, elle situe l’intervention bénévole dans l’investissement caritatif, désidéologisé mais envisagé malgré tout en référence à l’engagement politique en opposition duquel il se définit. Et ici, c’est l’exemple des Resto du Coeur.

Mais ce qui aujourd’hui va nous intéresser, au-delà de savoir où le bénévole s’engage, c’est pourquoi il s’engage. Stéphanie Vermeersch identifie deux motivations majeures chez les bénévoles - mais qui peuvent être paradoxales : la première est celle d’une éthique, à la fois morale et personnelle - c’est-à-dire que le bénévole s’engage pour quelque chose auquel il croit et qu’il souhaite voir advenir. La seconde motivation, plus prosaïque mais tout aussi essentielle à mon avis : c’est le plaisir omniprésent lié au bénévolat. Et je reprends ce terme de plaisir, de Stéphanie Vermeersch. Elle note ainsi que le bénévolat s’exerce le plus souvent dans un contexte plaisant, parce que l’activité menée est intellectuellement ou socialement plaisante.

Ce plaisir vient probablement du fait que contrairement à ce laisse entendre le terme “engagement”, le bénévole ne se donne pas vraiment en gage, comme le note la sociologue Dan Ferrand-Bechmann. Le terme engagement renvoie au vocabulaire militaire (on s’engage dans l’armée), évidemment non pertinent en contexte associatif, et il ne se met pas non plus en gage comme le serait un otage volontaire. Le bénévole s’offre, en termes de compétences, de temps, d’image ou de réputation.

Toujours selon Dan Ferrand-Bechmann, le bénévole n’est pas là pour gagner sa vie et échanger sa force de travail contre un salaire, il est également rarement là pour s’occuper (ça existe), il est là parce qu’il a choisi librement d’agir. Et cette action, c’est celle d’une cause. Qu’il s’agisse de gérer une association, de rendre un service (comme s’occuper d’une bibliothèque), ou de militer pour des revendications.

Et donc ce que note justement Dan Ferrand-Bechmann, c’est que si l’on associe si souvent militantisme et bénévolat, c’est parce que l’action militante est moins risquée pour un bénévole qu’un salarié. Le bénévole ne risque pas de perdre son salaire, ce que lui permet de gagner sa vie. En ce sens, le bénévole prend moins de risques que le salarié.

Là où cela devient intéressant, c’est que les bénévoles sont pourtant comme les salariés, de véritables travailleurs. Ils travaillent. Yaël et moi sommes bien placés pour le savoir, nous parlons d’organisation, d’efficacité, de statut, parfois de carrière. Bref, nous - bénévoles - adoptons les codes des travailleurs.

Les frontières entre le bénévolat et le salariat sont ténues. Combien de bénévoles gardent des activités similaires quand ils glissent dans la retraite et font sans salaire ce qu’ils faisaient auparavant contre rémunération ?

Pour autant, et c’est bien là j’imagine toute la difficulté du travail de Lauren que nous recevons dans quelques instants, on ne peut pas traiter un bénévole comme un salarié.

Toujours selon Dan Ferrand-Bechmann, de ce point de vue, les bénévoles sont souvent ambivalents, demandant à la fois encadrement et liberté. Ils ne font pas du bénévolat pour être à la chaîne. À trop les encadrer, on risque de perdre une précieuse main-d’œuvre, mais à trop leur laisser de « liberté », on peut craindre une mauvaise mise en œuvre des actions de l’association, ce qui peut se révéler préjudiciable, notamment lorsque l’on traite de sujets ou de publics sensibles.

Et c’est donc là un paradoxe fort de l’engagement bénévole, qui amène à une des principales difficultés de l’organisation des associations. Une des motivations ou un des désirs des bénévoles est de rester libres de leur temps. Or, les structures associatives ou les associations qui font appel à eux, ont souvent un objectif spécifique, des contraintes et parfois doivent traiter des cas d’urgence. Elles ont alors besoin d’une régularité, d’une présence, voire de compétences sur lesquelles elles peuvent compter.

Alors comment précisément engager ses bénévoles pour concilier leurs volontés avec les besoins de l’association, c’est la question qu’on a souhaité posée à Lauren, de makesense.

Ressources

  • Vermeersch, S. (2004). Entre individualisation et participation : l'engagement associatif bénévole. Revue française de sociologie, 45, 681-710. https://doi.org/10.3917/rfs.454.0681
  • Ferrand-Bechmann, D. (2011). Le bénévolat, entre travail et engagement: Les relations entre salariés et bénévoles. VST - Vie sociale et traitements, 109, 22-29. https://doi.org/10.3917/vst.109.0022
Vignette de l'épisode
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